Politique

Maroc : le Nigeria va-t-il revoir sa position sur le Sahara ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
Mis à jour le 05 février 2021 à 14h23
Mohammed VI et Muhammadu Buhari, à Abuja, le 2 décembre 2016.

Mohammed VI et Muhammadu Buhari, à Abuja, le 2 décembre 2016. © MAP

Le 31 janvier, Mohammed VI s’est entretenu avec le président nigérian, Muhammadu Buhari. À la veille du sommet de l’Union africaine, peut-on s’attendre à une inflexion d’Abuja sur le dossier du Sahara ? Éléments de réponse.

Le 31 janvier 2021, Mohammed VI et Muhammadu Buhari, le président du Nigeria, se sont parlé au téléphone. Dans un tweet publié le jour même, la directrice de la diplomatie publique au sein du ministère marocain des Affaires étrangères, souligne que les deux chefs d’État « ont salué la dynamique positive » des relations bilatérales et ont exprimé leur détermination à concrétiser deux projets le plus rapidement possible : la construction d’un gazoduc entre le Nigeria et le Maroc, et la création d’une usine d’engrais au Nigeria.

Décision américaine

À quelques jours du sommet ordinaire de l’Union africaine (UA), prévu les 6 et 7 février à Addis-Abeba, et même si la diplomatie marocaine affirme « n’avoir aucun élément d’information sur le sujet », Mohammed VI et Buhari ont très certainement évoqué la question du Sahara. C’est en tout cas l’opinion de Khalid Chegraoui, chercheur associé au Policy Center For the New South, à Rabat.

Alger s’inquiète du contexte, d’autant que la RD Congo, pays ami du Maroc, prend la présidence de l’UA

De fait, dans la foulée de la décision américaine de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara et du prochain sommet de l’UA, les événements se précipitent. Ce sera d’ailleurs la RD Congo, pays ami du Maroc, qui prendra la présidence de l’UA. Ce contexte inquiète l’Algérie et le Polisario, qui redoutent que ne soit formulée une proposition de suspension de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) des organes de l’UA.

Positions plus nuancées

La preuve, le lendemain de l’entretien téléphonique entre le souverain marocain et le président nigérian, le chef du Polisario a dépêché Mohamed Ould Salek, son « ministre des Affaires étrangères », au Nigeria, puis en Angola. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cet émissaire en est reparti bredouille.

L’Angola et le Kenya estiment dorénavant que la question du Sahara relève des Nations unies et non de l’UA

À la fin de novembre 2020 déjà, Sabri Boukadoum, le ministre algérien des Affaires étrangères, avait reçu une quasi fin de non-recevoir au Nigeria. Alors qu’il s’attendait à un soutien du président Buhari contre l’intervention marocaine à Guerguerate, le président nigérian lui aurait fait comprendre qu’il souhaitait désormais adopter une position de « neutralité » dans le dossier du Sahara, et aurait également réaffirmé sa volonté de mener le projet de gazoduc Maroc-Nigeria à son terme.

En janvier, Boukadoum a reçu peu ou prou le même message de la part de l’Angola et du Kenya, qui estiment dorénavant que la question du Sahara est du ressort des Nations unies et non de l’UA.

« À l’exception de l’Algérie, tous les pays africains ont nuancé leur position sur le Sahara. La question reste très importante sur la scène africaine, mais les dirigeants du continent ont compris qu’elle faisait aussi obstacle à des enjeux plus importants : le développement économique, la coopération, l’intégration… Une nouvelle dynamique, plus pragmatique, s’est installée, avec davantage d’écoute, d’entente et de compréhension. Notamment de la part du Nigeria, qui a vécu une situation de séparatisme terrible dans les années 1970 et qui peut parfaitement comprendre les préoccupations du Maroc quant au concept d’État-nation et de centralité de l’État », souligne Khalid Chegraoui.

Partenariats entre le Maroc et le Nigeria

Depuis quelques années, le Nigeria se montre beaucoup plus conciliant avec le royaume chérifien. Après la visite de Mohammed VI à Abuja, en 2016, Muhammadu Buhari avait fait part de sa volonté d’être un « grand frère », un « médiateur », dans le conflit entre maroco-algérien. Dans la foulée, des dizaines de partenariats économiques ont été signés entre Rabat et Abuja, qui les engagent sur le long terme. Reste à voir jusqu’à quel point.

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