Santé

[Série] Covid-19 : le grand enjeu de la production locale de vaccins (4/5)

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L’infirmière Ahmed Hamdan Zayed et le Dr Abdel Menoim Selim, les deux premiers Egyptiens à recevoir le vaccin Sinopharm COVID-19 fabriqué en Chine, lors d’une conférence de presse, à l’hôpital Abu Khalifa d’Ismailia, en Égypte, le 24 janvier 2021.

L'infirmière Ahmed Hamdan Zayed et le Dr Abdel Menoim Selim, les deux premiers Egyptiens à recevoir le vaccin Sinopharm COVID-19 fabriqué en Chine, lors d'une conférence de presse, à l'hôpital Abu Khalifa d'Ismailia, en Égypte, le 24 janvier 2021. © Fadel Dawod/NurPhoto/AFP

Alors que les campagnes de vaccination contre le coronavirus s’accélèrent à travers le monde, le continent semble à la traîne… Et s’interroge sur sa capacité à distribuer les doses, mais aussi à plus long terme à en produire sur son sol pour sortir de la dépendance.

D’abord, il y a eu Covax, vaste dispositif international censé garantir l’accès équitable de tous les pays au vaccin. Mais très vite, le chacun pour soi et le « nationalisme vaccinal » ont repris le dessus et chacun a compris qu’il lui faudrait se débrouiller. L’Afrique a alors vu arriver ses « amis » chinois, russes et indiens, prêts à lui venir en aide.

Surtout, plusieurs grandes capitales se sont jointes à l’appel international visant à supprimer les droits de propriété intellectuelle sur les vaccins anti-Covid, ce qui permettrait une production bien plus massive et rapide, y compris par les laboratoires présents sur le continent.

L’Afrique peut-elle produire des vaccins ?

Forts de leurs réseaux, certains pays d’Afrique du Nord se positionnent déjà comme potentiels distributeurs de vaccins contre le Covid sur le continent. À ce stade, on parle plus de les conditionner, c’est-à-dire d’en réceptionner une forme concentrée et de la diluer, ce qui réduirait notamment les coûts de transport. Ces pays pourraient-ils devenir de véritables hubs ?

Tout dépendra des contrôles qualités et des quantités livrables. « Je ne pense pas qu’il soit envisageable de court-circuiter les Européens et les Américains, aux niveaux de preuve plus élevés », tempère Selidji Agnandji, directeur du Centre de recherches médicales de Lambaréné (Cermel) au Gabon.

La Chine a signé début janvier une lettre d’intention de coopération autour des vaccins anti-covid avec l’Égypte, incluant leur production sur le site de Vacsera. Au Maroc, les laboratoires Sothema et Pharma 5 sont mis en avant pour collaborer avec Sinopharm. À terme, Galenica pourrait quant à lui travailler avec la Russie.

Il existe une volonté politique d’avancer sur ce sujet stratégique en lançant un institut du vaccin au Maroc

« Il existe une volonté politique d’avancer sur ce sujet stratégique en lançant un institut du vaccin au Maroc, réunissant les compétences du pays mais ainsi des Marocains de l’étranger », anticipe Mohammed Amine Serghini, enseignant-chercheur à la faculté des sciences d’Agadir.

Le nom de Moncef Slaoui, le virologue promu par Donald Trump à la tête de l’initiative visant à accélérer la production de vaccins aux États-Unis, est logiquement avancé, même si comme le soulignait tout récemment Jeune Afrique, les liens du médecin avec son pays d’origine sont aujourd’hui assez distendus.

En Afrique du Sud, le laboratoire Aspen a déjà signé un accord de production avec Johnson&Johnson, qui décidera de leurs marchés de distribution. Le gouvernement milite pour une levée des droits de propriétés des vaccins Covid et a investi avec le consortium biotech Biovac dans un institut de production de vaccins.

D’autres vaccins en cours d’évaluation – avec une technique de fabrication proche de celle de sérums déjà produits en Afrique –, pourraient y être conditionnés, voire, à terme, y être développés. La Tunisie et le Sénégal pourraient notamment capitaliser sur les transferts de compétence déjà mis en place sur d’autres vaccins.

Sortir des logiques d’urgence et d’investir massivement dans l’industrie pharmaceutique

« L’architecture sanitaire mondiale ne fonctionne plus en 2021, tempête la kenyane Yvonne Mburu, immunologue et directrice du réseau de professionnels de la santé et de scientifiques Nexakili. C’est le moment pour les décideurs africains de sortir des logiques d’urgence et d’investir massivement dans l’industrie pharmaceutique avec un cadre juridique et entrepreneurial favorable. »

Le continent pourra-t-il vacciner en masse ?

Les espoirs se fondent sur l’expérience et les infrastructures déjà acquises sur le continent dans le cadre des programmes de vaccination élargie (PEV) du Gavi et de l’Unicef. Mais ceux-ci visaient majoritairement des enfants, quand les personnages âgées sont le public prioritaire de la vaccination Covid.

L’OMS a alerté fin novembre sur le faible niveau de préparation des pays africains à des campagnes de vaccination contre ce virus, estimé à 33 %. Moins de la moitié des États disposaient alors de structures de coordination prêtes et avaient planifié la vaccination des populations prioritaires.

S’y ajoutaient le manque de plans de communication et de financement et d’outils de collecte et de suivi de données. Or, il y a urgence, compte tenu des craintes liées à l’apparition de nouveaux variants plus résistants.

En se basant sur le tarif des doses Covax, l’OMS évalue le coût du déploiement des vaccins sur le continent à 5,7 milliards de dollars rien que pour les populations prioritaires. S’y ajoutent les coûts d’injection et de livraison mais aussi de mobilisation des ressources humaines.

Dans ce contexte, l’immunité collective (au moins 60 % de la population vaccinée) reste un idéal onéreux et lointain. D’autant que l’argent déployé contre le coronavirus l’a déjà été au détriment d’autres programmes. Priorité devrait être donnée aux groupes à risques, sans négliger d’autres infections aux conséquences toutes aussi importantes comme le paludisme ou le VIH.

À la difficulté d’accéder aux doses s’ajoutent des défis de conservation de certains vaccins. Celui de Pfizer/BioNtech doit par exemple être maintenu à une température de -­70 °­C, sans rupture de la chaîne du froid. Le coût des congélateurs adéquats limite leur acquisition. Coupures d’électricité et poussières compliquent leur maintenance.

« La RDC a montré que c’était faisable à l’échelle de quelques dizaines de milliers de doses avec le vaccin Ebola mais cela ne me paraît pas envisageable à long terme à une plus grande échelle »,  estime Guy Vernet, directeur de l’Institut Pasteur de Bangui, en Centrafrique.

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