Santé

[Série] Covid-19 : la diplomatie vaccinale des « amis » de l’Afrique (2/5)

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Face aux grands laboratoires occidentaux dont les doses sont déjà réservées, Russes, Chinois et Indiens se posent en solution idéale.

D’abord, il y a eu Covax, vaste dispositif international censé garantir l’accès équitable de tous les pays aux vaccins anti-Covid. Mais très vite, le chacun pour soi et le « nationalisme vaccinal » ont repris le dessus et chacun a compris qu’il lui faudrait se débrouiller. L’Afrique a alors vu arriver ses « amis » chinois, russes et indiens, prêts à lui venir en aide.

Russe, Chinois et Indiens

L’industrie pharmaceutique occidentale n’étant ni en mesure ni vraiment désireuse de fournir des vaccins aux pays africains, d’autres intervenants ont pris le relais. « Les Russes et les Chinois sont de nouveaux entrants sur les marchés internationaux, signale la chercheuse française Nathalie Ernoult, responsable des bureaux régionaux pour la campagne d’accès aux médicaments essentiels au sein de MSF. Pékin produit beaucoup de vaccins depuis longtemps mais en exportait peu. La situation des Indiens est différente : ils ont toujours été là, ils produisent de très grandes quantités et sont présents sur le marché. Enfin, il ne faut pas oublier le Brésil. »

Les Russes comparent leur Spoutnik-V aux kalachnikov : « simple mais efficace »

La plupart de ces fournisseurs fabriquent des vaccins à « virus atténué », la technologie la plus ancienne, mais aussi la plus éprouvée, et si quelques doutes ont pu émerger à propos de « vaccins au rabais », ils semblent aujourd’hui balayés. Les produits de Gamaleya, Sinovac ou Sinopharm sont a priori efficaces et sûrs. Les Russes comparent d’ailleurs leur Spoutnik-V aux fusils kalachnikov : « simple mais efficace »…

« Ils ont surtout un avantage sur les grands laboratoires occidentaux, renchérit Achal Prabhala, coordinateur en Inde du projet international de mise à disposition de médicaments AccessIbsa : ils veulent vendre leur vaccin aux pays pauvres, et ils sont capables de produire les quantités nécessaires. »

Seuls l’américain Novavax et les anglo-suédois d’AstraZeneca/Oxford ont « promis, dès le début, de réserver une partie de leur production aux pays à faibles revenus, poursuit Achal Prabhala. Ils ont ainsi autorisé plusieurs industriels dans le monde, dont le Serum Institute of India (SII), à produire un total de 2 milliards de doses en 2021 et 2022, à destination des pays pauvres ».

La polémique enfle autour du manque supposé d’efficacité du vaccin d’AstraZeneca

Le premier stock de vaccins mis à disposition dans le cadre du dispositif international Covax comprend d’ailleurs une écrasante majorité de doses AstraZeneca fabriquées en Inde et en Corée du Sud. Mais, alors que la polémique enfle autour du manque supposé d’efficacité de ce vaccin – dont l’Afrique du Sud vient de suspendre l’utilisation et sur lequel l’OMS devait se pencher en urgence ce lundi 8 février –, l’idée selon laquelle les pays aux revenus faibles se voient offrir des produits de « second choix » risque de refaire son apparition.

« Diplomatie vaccinale »

« Les pays africains seront parmi les premiers bénéficiaires d’un vaccin fabriqué en Chine », assurait Xi Jinping le 17 juin, lors d’un sommet entre son pays et le continent. Sept mois plus tard, le président est bien décidé à tenir ses promesses. Dès le début de la pandémie, les laboratoires de l’empire du Milieu ont été parmi les premiers à se lancer dans la course aux vaccins.

Pour accélérer la dernière phase de tests, ils ont noué des partenariats avec plusieurs pays fortement touchés par le virus, dont le Maroc et l’Égypte. En acceptant de participer à des essais cliniques, ces deux pays ont bénéficié d’un accès prioritaire à plusieurs millions de doses du vaccin Sinopharm. L’Égypte a déjà reçu 50 000 premières doses offertes par les Émirats arabes unis, qui ont eux aussi misé sur le vaccin chinois et des doses sont attendues (ou parfois déjà livrées) en Tunisie, aux Seychelles, au Nigeria, en Algérie…).

Pour Pékin, les vaccins sont un outil supplémentaire pour poursuivre son implantation en Afrique

Avec cette « diplomatie vaccinale », le pays, où la pandémie a débuté, veut se présenter comme une solution à la crise. Déjà, en mars, le richissime fondateur d’Alibaba, Jack Ma, avait fait don de millions de masques et de matériel médical au continent, devenant ainsi le visage de l’aide de Pékin en Afrique. « Pour la Chine, les vaccins sont un outil supplémentaire pour poursuivre son implantation en Afrique et rétablir la balance entre elle, l’Europe et les États-Unis », explique l’épidémiologiste Yap Boum.

Autre symbole du « soft power » grandissant de Pékin sur le continent : la construction du siège de l’Africa CDC à Addis-Abeba, en Éthiopie, lancée en décembre dernier. « L’Afrique est ouverte à tous les partenariats avec les pays qui pourraient nous venir en aide », assure John N. Nkengasong, son directeur.

Si l’agence de presse Chine Nouvelle assurait en octobre que Pékin ne « transformera pas les vaccins en arme géopolitique », le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a effectué ses premiers voyages officiels de 2021 en Afrique : au Nigeria, en RDC, au Botswana, en Tanzanie et aux Seychelles, premier pays du continent à avoir démarré sa campagne de vaccination… avec Sinopharm.

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