Politique

[Édito] Denis Sassou Nguesso, candidat inoxydable ?

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Par  Cécile Manciaux

Journaliste à Jeune Afrique depuis 2008, Cécile Manciaux est rédactrice en chef adjointe, responsable de la section « Grand format » de l’hebdomadaire. Ses principaux centres d'intérêt : l’aménagement et le développement urbain, le droit électoral, les religions, les trésors linguistiques.

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Denis Sassou Nguesso, en 2019.

Denis Sassou Nguesso, en 2019. © Mikhail Metzel/TASS/Sipa USA/SIPA

Alors que va s’ouvrir la campagne pour la présidentielle du 21 mars, à laquelle Denis Sassou Nguesso se porte candidat pour un quatrième mandat, les jeux semblent déjà faits. Contexte sanitaire et économique oblige, les Congolais ont la tête ailleurs. Et les plus franches critiques ne viennent pas de l’opposition…

Entre l’état d’urgence sanitaire, dont l’effet anesthésiant sur la mobilisation militante et la campagne électorale se fait déjà sentir, la crise économique et financière d’une ampleur inédite qui oppresse une grande partie des cinq millions et demi de Congolais et l’atonie d’une offre politique réduite au strict minimum, la présidentielle du 21 mars ne s’annonce guère des plus palpitantes. Rien ou presque qui rappelle la fièvre de 2016, quand une partie de l’électorat du Grand sud avait fait vaciller le pouvoir à Brazzaville et à Pointe-Noire, allant jusqu’à l’emporter dans la cité océane.

Face à Denis Sassou Nguesso (DSN) en lice pour le quatrième de ses mandats consécutifs, seules deux personnalités dont la notoriété dépasse les frontières de leurs fiefs régionaux ont fait acte de candidature : Parfait Kolélas, qui se présente pour la deuxième fois, et Mathias Dzon, dont ce sera là le premier essai. Opposants certes, mais tous deux anciens ministres de DSN et donc consanguins dans une classe politique où l’on se déchire le jour pour mieux se compromettre la nuit, ils feront campagne avec des moyens exsangues – autant dire sans illusions.

Leader du deuxième parti du Congo et chef de file de l’opposition, Pascal Tsaty Mabiala a, lui, préféré s’abstenir. Autant parce qu’il considère ce scrutin comme acquis d’avance au président sortant, que pour des motifs moins dicibles : un nouvel échec risquerait fort de le contraindre à céder les rênes de sa formation.

Une sorte de contre-pouvoir moral

En réalité, le contradicteur le plus sérieux de Denis Sassou Nguesso ne fait (en principe) pas de politique et ne présente aucun candidat. Le 2 février, les évêques catholiques du Congo ont rendu public un tonitruant « Message sur les élections de mars 2021 », dans lequel ils s’érigent en une sorte de contre-pouvoir moral, administrant quelques bons points à l’exécutif (sécurité, gestion de la pandémie de Covid-19, baisse du prix du ciment), mais aussi une volée de bois vert. Ils émettent de « sérieuses réserves » sur la validité d’une élection tenue « dans les circonstances actuelles », critiquant au passage le fichier électoral et la commission électorale, avant d’appeler au « dialogue politique le plus large possible », lequel devrait déboucher sur… une alternance.

Ce coup de sang d’une institution jusqu’à présent moins remuante que son équivalente de la rive gauche du grand fleuve s’explique certes par l’attachement des prélats congolais à la doctrine sociale de l’Église, mais aussi par quelques frustrations intimes : les évêques n’apprécient guère ce pouvoir qui semble leur préférer les Églises de réveil et ils n’ont pas supporté de se voir interdire de célébrer les messes de Noël pour cause de pandémie, sans avoir été consultés au préalable.

Machine électorale

Aux commandes du Parti congolais du travail, une machine électorale implantée sur tout le territoire, Denis Sassou Nguesso s’apprête donc à entrer en campagne dans un climat morose. Il a d’ailleurs déjà commencé, multipliant les inaugurations et les visites de chantiers, de l’université de Kintélé, qui porte son nom, au nouveau siège du Parlement (« made by China ») en passant par le Brazzaville Mall, le plus grand centre commercial du Congo, tout en s’activant de concert avec son homologue angolais João Lourenço pour un règlement de la crise centrafricaine.

Histoire de démontrer qu’en ces temps incertains, son pays a plus que jamais besoin d’un capitaine qui sache tenir la barre. Convaincra-t-il ses concitoyens de lui accorder une fois de plus leur confiance ? Une chose est sûre : si DSN est réélu, il ne le devra qu’à lui-même, avec toute la latitude nécessaire pour renouveler enfin une caste dirigeante usée et en partie discréditée.

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