Politique

RDC : les pro-Tshisekedi reprennent la main sur l’Assemblée nationale

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Mis à jour le 3 février 2021 à 22:48

Jean-Marc Kabund-a-Kabund (UDPS) et Jaynet Kabila (soeur jumelle de Joseph Kabila et députée FCC), lors du vote pour le nouveau bureau de l’Assemblée nationale, le 3 février 2021. © DR / Assemblée nationale

Les députés congolais ont procédé à l’élection du bureau définitif de l’Assemblée nationale. Sans surprise, les candidats du président Félix Tshisekedi, seuls en lice, prennent le contrôle de la chambre basse.

Après avoir âprement négocié la répartition des postes dans le « ticket » présenté par l’Union sacrée, la nouvelle coalition de Félix Tshisekedi, les députés congolais ont voté à une large majorité en faveur des candidats du président pour le bureau définitif. Sur les 500 députés que compte l’Assemblée nationale, 481 étaient présents, ce mercredi 3 février, pour ce vote qui a conclu la session extraordinaire démarrée le 5 janvier.

Le résultat de ce scrutin n’est une surprise pour personne. Si plusieurs autres candidatures avaient été déposées en fin de semaine dernière, seules celles de l’Union sacrée avaient finalement été retenues, engendrant au passage une nouvelle polémique. Seul le poste de rapporteur adjoint, réservé à l’opposition, a fait l’objet d’une bataille entre deux candidats.

Christophe Mboso N’Kodia Pwanga, le doyen de la chambre basse, prend – comme prévu – la présidence de l’Assemblée. Ces deux derniers mois, il a joué un rôle central dans le démembrement de la majorité détenue jusque-là par Joseph Kabila. Depuis le 9 décembre, c’est en effet ce député de 78 ans, élu du Kwango et ancien membre du Front commun pour le Congo (FCC), qui dirige le bureau d’âge de l’Assemblée nationale.

C’est lui qui a dirigé la plénière lors de laquelle Jeanine Mabunda a été destituée de son poste de présidente de l’Assemblée, en décembre. Lui également qui présidait les débats lorsque les députés ont voté la motion de défiance envers le Premier ministre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, le poussant à démissionner.

La revanche de Kabund

Cette élection du nouveau bureau de l’Assemblée sonne aussi comme une revanche pour Jean-Marc Kabund-a-Kabund, qui secondera Mboso au poste de premier vice-président. Le président intérimaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, de Félix Tshisekedi) retrouve en effet le poste dont il avait été chassé, en mai 2020, par le biais d’une pétition réclamant sa déchéance. Personnage-clé de la nouvelle Union sacrée, Kabund a œuvré dans l’ombre au ralliement de nombreux transfuges du FCC.

Comme prévu également, le poste de deuxième vice-président est revenu à Vital Banywesize Mukunza Muhini, candidat de l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A, le parti de l’informateur, Modeste Bahati Lukwebo). Il avait initialement été envisagé que le poste échoie à un membre de la plateforme Ensemble de Moïse Katumbi. Mais ce dernier convoitait, pour son parti, la présidence de l’Assemblée. Ne parvenant pas à l’obtenir, Ensemble a préféré ne pas jouer de rôle dans le nouveau bureau et se contenter de la questure, où a été élue Angèle Tabu Makusi.

Le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, autre poids lourd de l’opposition à avoir rejoint Félix Tshisekedi, s’est pour sa part vu confier le poste de rapporteur : c’est son candidat, Joseph Libula Lembi, qui a été élu. Seule candidate n’appartenant pas à l’Union sacrée, Colette Tshomba, qui représentait le FCC, a remporté le poste de rapporteur adjoint du bureau.

Candidats recalés

Tout s’est donc passé comme prévu pour Félix Tshisekedi même si les pro-Kabila ont à nouveau dénoncé la procédure jugée non-transparente. Plusieurs dossiers avaient en effet été écartés par le bureau d’âge avant la publication de la liste définitive des candidats. Les deux autres élus qui postulaient au poste de président ont notamment été recalés.

Fabrice Bandenonga, qui postulait en tant qu’indépendant pour le poste de président, a été écarté car il n’avait été investi ni par son parti ni par son regroupement. Quant à Jean Kimbunda, candidat du FCC au perchoir, il s’est vu reprocher l’absence de lettre de consentement de son parti et sa candidature à un poste « réservé » à la nouvelle majorité.

Autre personnalité recalée, Jacques Ndjoli, député du MLC, qui avait déposé une candidature concurrente à celle de son propre parti pour le poste de rapporteur. Il avait aussi reçu le soutien du G13, ces 13 députés qui ont mené des consultations pour obtenir des réformes électorales et ont rejoint Tshisekedi. Ces élus ont d’ailleurs vivement réagi à la mise à l’écart de Ndjoli, se disant « vivement préoccupés par le rejet suspect de la candidature par une mystérieuse commission ». « Il n’y a pas de changement possible par le recours aux pratiques décriées autrefois », ont-ils ajouté. Ces premières critiques présagent-elles de futures tensions autour du partage du reste des postes ?

Bientôt un Premier ministre ?

Car Félix Tshisekedi a beau s’être assuré du contrôle de ce nouveau bureau qui doit, en principe, lui permettre d’avancer sur certaines réformes après deux années de coalition laborieuse, il va désormais devoir avancer sur un autre chantier périlleux : la formation d’un nouveau gouvernement. L’entourage du chef de l’État assure qu’il souhaite nommer son nouveau Premier ministre avant de prendre la présidence de l’Union africaine, lors du sommet qui aura lieu à Addis-Abeba les 6 et 7 février.

Plusieurs noms ont circulé au cours des dernières semaines. Celui de Modeste Bahati Lukwebo, qui a récemment achevé sa mission d’informateur et a identifié la nouvelle majorité du président congolais, est cité avec insistance. Celui de Dany Banza, ancien membre du G7 de Moïse Katumbi, aujourd’hui ambassadeur itinérant de Tshisekedi, circule également, tout comme celui de Jean-Pierre Bemba. Mais, comme pour la présidence de l’Assemblée nationale, Félix Tshisekedi souhaite éviter de nommer un concurrent potentiel pour les prochaines échéances électorales.

Plusieurs frictions ont déjà eu lieu entre Tshisekedi, Katumbi et Bemba. Ces derniers ont d’ailleurs pris leur temps pour formaliser leur ralliement à l’Union sacrée. L’un comme l’autre souhaitent en effet suivre de près le contenu des futures réformes, notamment concernant la Commission électorale nationale indépendante.

Si le plus dur sera sans doute de donner de la cohérence à cette nouvelle majorité, Félix Tshisekedi a presque achevé son offensive près de deux mois après avoir rompu avec Joseph Kabila. Dernier pilier de l’ancienne majorité FCC, Alexis Thambwe Mwamba, président du Sénat, est visé depuis le 2 février par une pétition réclamant sa déchéance. Elle a été signée près de 60 sénateurs sur 108. Comme pour la destitution de Jeanine Mabunda et Sylvestre Ilunga Ilunkamba, les pro-Kabila dénoncent à nouveau un passage en force contraire à la Constitution.

Alors que la session extraordinaire de la chambre haute s’est achevée mardi, une plénière a été convoquée ce jeudi 4 février pour installer le doyen d’âge du Sénat. Ce dernier sera chargé d’examiner les pétitions qui visent l’actuel bureau. Interrogé par Jeune Afrique, Thambwe Mwamba avait pourtant assuré que la session extraordinaire n’avait pas compétence pour traiter ces pétitions qui n’étaient pas inscrites à l’ordre du jour.