Économie

Congo : Pointe-Noire touchée… mais pas coulée

Réservé aux abonnés | | Par - Envoyé spécial à Pointe-Noire
Si quelques chantiers continuent d’avancer à Brazzaville, le secteur du BTP est au point mort à Pointe-Noire.

Si quelques chantiers continuent d’avancer à Brazzaville, le secteur du BTP est au point mort à Pointe-Noire. © Antonin Borgeaud pour JA

Entre la chute des cours du brut et le Covid-19, la capitale économique congolaise a perdu des points de croissance et des emplois, notamment dans le secteur des hydrocarbures. Mais les activités portuaires devraient permettre de garder le cap.

Au Congo, quand Pointe-Noire tousse, c’est toute l’économie du pays qui s’enrhume. Déjà sérieusement encrassé depuis 2014 et la crise provoquée par la chute des cours du pétrole, le poumon économique du Congo a été grippé par la pandémie en 2020. Et le ralentissement est plus visible encore au bord de l’Atlantique que partout ailleurs dans le pays.

Si quelques chantiers continuent d’avancer à Brazzaville, le secteur du BTP est au point mort à Pointe-Noire. Le seul le projet en cours est celui du nouveau siège du Port autonome (PAPN), qui doit être livré dans les semaines à venir, dix ans après son lancement. Un édifice de prestige en forme de navire de verre loin de faire l’unanimité en cette période compliquée, y compris auprès du million de Ponténégrins.

« Dans la foulée du départ des expatriés des compagnies pétrolières, la ville a perdu 50 000 emplois ces cinq dernières années », constate Sylvestre Didier Mavouenzela, le président de la Chambre de commerce et d’industrie locale. Au personnel de maison, se sont ajoutés les sous-traitants d’un secteur pétrolier sans projet d’envergure en perspective depuis l’entrée en production de Moho-Nord en mars 2017. Une chute de l’activité encore creusée par un mois et demi de confinement au début de 2020, « à un moment où l’économie de la ville commençait tout juste à retrouver une stabilité », regrette le représentant consulaire d’un secteur privé local aujourd’hui en souffrance.

Passage obligé entre Tanger et Le Cap

Seul le port n’a semble-t-il pas ralenti la cadence malgré le contexte. Les effets de la pandémie sur le commerce mondial ont même eu des répercussions favorables sur l’activité du PAPN, qui a récupéré une partie du trafic sud-africain dérouté en raison du Covid-19, ainsi que la plupart des volumes du fret aérien destiné au marché domestique.

Les volumes à l’import ont culminé à 100 000 EVP en 2014, contre 65 000 en 2019

Au final, les terminaux portuaires ont réceptionné 930 000 conteneurs équivalents vingt-pieds (EVP) en 2020, un résultat global légèrement supérieur à celui de 2019 (920 000) mais qui, dans le détail, souligne la méforme de l’économie locale.

« Hors transbordement, les volumes à l’import ont culminé à 100 000 EVP en 2014, contre 65 000 en 2019 », précise Laurent Palayer, directeur général de Congo Terminal, l’opérateur concessionnaire du terminal à conteneurs, détenu par Bolloré Transport & Logistics (BTL), le danois AP Moller et la Société congolaise de transport (Socotrans). Comme pour mieux souligner l’absence de grands projets industriels dans un pays qui ne peut pas compter non plus sur l’investissement public pour se relancer.

La pression fiscale se fait toujours plus pesante, plus sournoise

Le secteur privé local comptait pourtant bien sur le coup de pouce promis par l’État, mais en vain, jusqu’à présent. « Au lieu de cela, la pression fiscale se fait toujours plus pesante, plus sournoise », regrette un membre de l’Union patronale et interprofessionnelle du Congo (Unicongo). Et Pointe-Noire de se sentir délaissée et livrée à elle-même, si loin d’une capitale à laquelle elle reste encore mal reliée commercialement, entre une route flambant neuve mais au péage prohibitif (la RN1) et une voie de chemin de fer qui date du début du XXe siècle (le CFCO).

Mais la cité océane peut se fier à son sens de l’entrepreneuriat pour se réinventer, comme elle le fait au sein de l’incubateur Total Startup Center, ouvert fin 2019. Elle peut aussi s’appuyer sur son port qui, en venant d’attirer l’armateur italo-suisse MSC sur ses quais, devient plus que jamais un point de passage obligé entre Tanger et Le Cap. En même temps qu’un point d’ancrage commercial sans équivalent dans la région, capable d’apporter un peu d’air frais au poumon de l’économie congolaise et, donc, à l’ensemble du pays.

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