Politique économique

Dette : Brazza veut retrouver la confiance du FMI

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Mis à jour le 01 mars 2021 à 11h39

Par  Olivier Caslin

Spécialiste des transports et des questions économiques multilatérales. Il suit également l'actualité du Burundi, de Djibouti et de Maurice.

Les pratiques pétrolières peu orthodoxes et les montants de dettes cachés ont rendu les experts du FMI méfiants (ici à Pointe-Noire).

Les pratiques pétrolières peu orthodoxes et les montants de dettes cachés ont rendu les experts du FMI méfiants (ici à Pointe-Noire). © Antonin Borgeaud pour JA

Le Congo a retrouvé l’aide du FMI en juillet 2019 avant de la voir suspendue six mois plus tard, faute d’accord avec ses créanciers Glencore et Trafigura. La situation pourrait se débloquer au cours de ce premier semestre.

Le Congo pensait bien avoir réussi le plus difficile avec l’approbation par le conseil d’administration du FMI, le 11 juillet 2019, d’un accord en sa faveur d’un montant de 448,6 millions de dollars au titre d’une facilité élargie de crédit (FEC).

Nul doute qu’avec ce quatrième plan de sauvetage accordé par le Fonds, auquel venaient s’ajouter les centaines de millions de dollars apportés par la Banque mondiale, la BAD et l’AFD, le Congo allait enfin avoir les moyens de tourner la page de la crise financière et économique qui tourmente le pays depuis 2014 et la chute du prix du baril.

Mais si, comme prévu à Washington, la première tranche de 44,9 millions de dollars a été immédiatement décaissée, aucune autre n’a suivi depuis. Et, faute de liquidités, l’économie congolaise prend aujourd’hui l’eau.

Pas d’aide d’urgence face au Covid-19

L’irruption du Covid-19 en mars 2020 a exercé une pression supplémentaire sur les maigres finances publiques du pays, que le FMI n’a pas contribué à atténuer en refusant d’allouer au Congo la facilité de crédit rapide (FCR) destinée à faire face aux conséquences financières liées à la pandémie qui avait pourtant été accordée à la plupart des pays africains.

Dans une déclaration publiée le 26 février, l’institution de Bretton Woods reconnaît pourtant que « la pandémie de Covid-19 a eu des conséquences humanitaires et économiques négatives pour le peuple congolais. L’économie s’est contractée de 8 % en 2020 du fait de la pandémie et des mesures pour la freiner – telles que la fermeture des frontières, les couvre-feux et la distanciation sociale – ainsi que de la baisse des prix et de la production du pétrole ».

« Le Fonds n’a pas voulu prendre le risque de voir cette aide utilisée par le gouvernement pour payer les traders », explique un banquier de la place.

Régulariser la situation avec les traders

Les pratiques pétrolières peu orthodoxes et les dettes cachées en 2015 (ou plutôt leurs montants, sous-évalués), ont contribué à porter le taux d’endettement du pays à un niveau « insupportable » et ont rendu les experts du FMI méfiants. Et, bien qu’ils reconnaissent les efforts réalisés par le gouvernement en matière de gestion des finances publiques, ils relient tout prochain décaissement à une réduction de la dette publique, qui « reste insoutenable ».

« Après avoir atteint 100 pour cent du PIB en 2020, la dette publique devrait baisser pour se situer autour de 87 pour cent du PIB » en 2021, estime le FMI qui relève que le Congo a reçu un allègement du service de la dette des créanciers officiels pour 2020 et la première moitié de 2021 dans le cadre de l’Initiative de suspension du service de la dette du G20 (ISSD), et souligne que Brazzaville est parvenu à rembourser ou à rééchelonner la plupart de ses arriérés extérieurs depuis le début de 2020, et n’en a pas accumulé de nouveaux.

Pour espérer atteindre l’objectif fixé à 70 % du PIB dans les deux ans, le Congo cependant n’a pas d’autre choix que de régulariser sa situation avec les négociants pétroliers. Un accord a été trouvé avec Orion en avril 2020, mais Trafigura et Glencore détiennent encore ensemble plus de 1 000 milliards de F CFA (1,5 milliard d’euros) de créances, soit un sixième de la dette globale du pays.

Pas d’accord avant plusieurs semaines

Une solution semble être en passe d’être trouvée avec le premier, mais elle serait liée à un accord avec le second qui n’est pas à l’ordre du jour. « Encore faudra-t-il que les éventuels accords soient compatibles avec le programme de réformes soutenu par le Fonds », rappelle notre banquier, qui n’envisage pas de retour de l’aide internationale avant le mois d’avril.

« Les autorités congolaises et l’équipe du FMI ont réalisé des avancées significatives dans les discussions sur les politiques et les réformes nécessaires pour parvenir à la considération de la première revue du programme appuyé par la FEC. Les discussions se poursuivront pendant les prochaines semaines », assure Pritha Mitra, qui a conduit du 18 au 25 février une mission virtuelle à Brazzaville.

Parmi les progrès relevés par cette délégation, une bonne résistance des recettes non pétrolières, notamment grâce à l’introduction des paiements électroniques et à un élargissement de l’assiette fiscale, note le FMI qui table sur une croissance de 0,2 % en 2021.

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