Politique économique

Dette : après le Tchad, l’Éthiopie contrainte à la renégociation

| Par et - (FT)
Prévention anti-Covid dans le centre-ville d’Addis-Abeba, le 1er septembre 2020.

Prévention anti-Covid dans le centre-ville d'Addis-Abeba, le 1er septembre 2020. © Michael Tewelde/Xinhua/REA

Afin d’être à même de mobiliser ses ressources pour vacciner sa population contre le Covid-19, Addis-Abeba a demandé au G20 une restructuration de sa dette… Tout en s’efforçant de rassurer ses prêteurs privés.

Considérée comme l’une des économies les plus prometteuses d’Afrique, l’Éthiopie a pourtant, par la voix de son ministère des Finances, annoncé le 1er février son intention d’amorcer des discussions avec ses créanciers officiels pour réduire « les vulnérabilités de la dette et diminuer l’impact du surendettement ».

Le pays, dont la dette extérieure publique totale s’élevait à 27,8 milliards de dollars à la fin de 2019, selon la Banque mondiale – dont 8,5 milliards de dollars dus aux créanciers bilatéraux officiels et 6,8 milliards de dollars aux créanciers commerciaux, parmi lesquels 1 milliard de dollars dus aux détenteurs d’obligations –, cherche à réorienter ses ressources vers l’organisation d’une campagne de vaccination contre le Covid-19, alors qu’aucune injection n’a encore eu lieu dans le pays, a confié au Financial Times un haut fonctionnaire du ministère des Finances.

Réformes ralenties

Dans le cadre de son modèle de développement dirigé par l’État, l’économie éthiopienne a connu une croissance de près de 10 % par an pendant la plus grande partie des deux dernières décennies, jusqu’à l’arrivée du Premier ministre Abiy Ahmed, en 2018. Ce dernier avait promis des réformes libérales de grande envergure, notamment la privatisation de l’énorme monopole des télécommunications. Mais les tensions ethno-politiques et un conflit au Tigré, dans le nord du pays, ont ralenti ses plans.

Les deux dossiers constitueront un premier test du nouveau cadre esquissé par le G20

La déclaration d’Addis-Abeba fait suite à l’annonce, la semaine dernière, d’une demande officielle de N’Djamena d’une restructuration de sa dette, et alors que la Zambie est devenue en novembre 2020 le premier pays africain à faire défaut sur sa dette depuis le début de la pandémie.

Les dossiers éthiopien et tchadien constitueront un premier test du nouveau cadre d’allégement de la dette esquissé en novembre par le G20, qui exige des emprunteurs qu’ils concluent un accord sur leur dette avec leurs créanciers privés au moins dans les mêmes proportions que ce qui leur sera accordé par les prêteurs bilatéraux.

Quel rôle pour les créanciers privés ?

Un engagement que la source du Financial Times au sein du ministère éthiopien des Finances s’efforce de relativiser, évoquant un ajustement « très peu probable » et en tout cas « mineur » pour le privé, qui serait négocié dans la foulée d’un « partage équitable des charges entre tous les créanciers bilatéraux officiels » d’Addis-Abeba.

L’Éthiopie essaye d’explorer les options d’un allégement plus large de sa dette

L’égalité de traitement entre tous les créanciers est pourtant le point majeur de l’accord du G20 en novembre dernier. Si nombre de pays, y compris des États bénéficiaires de l’Initiative de suspension du service de la dette (ISSD) mise en place par le G20 et le Club de Paris, ne veulent pas d’une renégociation de leur dette auprès des bailleurs privés de peur que cela restreigne leur accès futur aux marchés financiers, nombreux sont ceux également qui pointaient le risque que l’allégement de la dette garanti par les prêteurs officiels soit utilisé pour rembourser d’autres dettes.

« L’Éthiopie essaye d’explorer les options d’un allégement plus large de sa dette. Ce qui n’est pas clair en l’état, c’est la façon dont cela va fonctionner en pratique, » décrypte Kevin Daly, directeur des investissements chez Aberdeen Standard Investments.

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