Politique

France-Russie : les dessous d’une mini-guerre froide en Centrafrique

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 17 février 2021 à 16h25
Un  membre du service de sécurité russe de Faustin-Archange Touadéra, en décembre 2020.

Un membre du service de sécurité russe de Faustin-Archange Touadéra, en décembre 2020. © ALEXIS HUGUET / AFP

La guerre d’influence entre Paris et Moscou ne cesse de prendre de l’ampleur à Bangui. Dernier épisode en date : l’infiltration supposée d’un sous-traitant de la défense française par le renseignement russe. Voici les détails de cette affaire.

L’information est passée inaperçue en dehors des milieux très fermés des sous-traitants techniques du ministère français de la Défense et de l’Otan. Fin novembre, la société Global Technologies, un des fleurons français de l’installation de réseaux télécoms dans les zones à risque, s’est vu retirer ses habilitations par les autorités françaises.

Cette société, dirigée par Jean-Paul Steinitz et sous-traitante du groupe français Thalès, fournissait notamment les réseaux de communication cryptée aux troupes françaises et à celles de l’Otan en Afghanistan, en Irak ou encore au Sahel. Mais son contrat, qui était en renégociation avec Thalès en octobre, n’a pas été renouvelé.

Selon nos informations, la raison de la non-prolongation des habilitations de Global Technologies est à chercher du côté de Bangui. Jean-Paul Steinitz y a en effet développé un réseau d’affaires et a récemment signé avec la Centrafrique un contrat portant sur le développement du réseau de télécommunications locales.

Un mystérieux beau-père russe

Surtout, l’homme d’affaires de 72 ans a mis en contact la présidence centrafricaine avec un cadre d’Alrosa, une grande société diamantaire russe. Un gemmologue qui n’est autre que son actuel (et récent) beau-père. Et c’est cette proximité familiale avec un ingénieur russe qui a alerté les milieux du renseignement français.

Toujours selon nos informations, Paris n’a pas apprécié de voir l’un de ses sous-traitants faire le jeu du géant diamantaire russe. Alrosa a d’ailleurs signé un contrat avec Bangui au mois de décembre, à l’occasion d’une mission centrafricaine à Moscou de Jean-Claude Rameaux Bireau, ministre conseiller chargé de l’Économie à la présidence, et Pascal Bida Koyagbélé, ministre délégué chargé des Grands Travaux et des Investissements stratégiques.

Soupçonnant en outre Moscou d’être parvenu à placer un agent du renseignement au sein d’une société en contrat avec son armée, la Défense française et Thalès ont alors choisi de mettre fin à toute collaboration avec cette dernière, malgré les protestations de bonne foi de Steinitz. Ce dernier, contacté par Jeune Afrique, n’a pas souhaité réagir.

De son côté, Thalès n’a pas pour autant perdu le marché des communications cryptées françaises et de l’Otan. Global Technologies a été remplacée par d’autres sous-traitants et le groupe vient de signer un contrat avec l’organisation transatlantique pour construire son « cloud militaire ».


A la suite de la parution de notre article, Jean-Paul Steinitz nous a fait parvenir les précisions suivantes :

« Je m’inscris en faux contre l’affirmation selon laquelle ma société et moi-même serions des agents russes infiltrés auprès de la défense française. Le père de ma compagne – qui n’est pas mon mystérieux beau-père puisque je ne suis pas marié – a effectivement travaillé pour cette société Alrosa en lakoutie (Sibérie). C’était en 1991, il avait 25 ans, il en a aujourd’hui 59. Il a quitté cette société en 1997 et n’a depuis aucun rapport avec elle. Il est aujourd’hui acheteur pour une société de fabrique de bijoux.

Global Technologies ne fait le jeu de personne et sûrement pas celui de cette société Alrosa, avec laquelle elle n’a aucun rapport. Global Technologies ignore tout des contrats signés par Alrosa en RCA alors que l’article laisserait croire qu’il y a un lien de cause à effet. Global Technologies n’a d’autres réseaux d’affaires en Centrafrique que les intervenants techniques et les décideurs de l’opérateur historique centrafricain des télécommunications.

En ce qui concerne notre relation avec Thalès, d’autres contrats en cours ne nécessitant pas d’habilitations – hors celui qui nous liait à la Force internationale d’assistance et de sécurité en Afghanistan – se déroulent normalement (Irak, Arabie Saoudite, Europe, France…). Contrairement à ce qui est affirmé dans cet article, le groupe Global Technologies n’a jamais exécuté un contrat visant à fournir des réseaux de communications cryptées à l’armée française ou à l’OTAN et elle n’était pas en renégociation avec Thalès au mois de novembre. Les contrats signés directement par Global Technologies avec l’OTAN se poursuivent avec les mêmes intervenants. »

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