Économie

RDC : Dan Gertler parviendra-t-il à redorer son blason avec l’initiative YaBiso ?

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Mis à jour le 29 janvier 2021 à 18h00
Dan Gertler sur le site de la mine de cuivre de Mashitu, au Katanga.

Dan Gertler sur le site de la mine de cuivre de Mashitu, au Katanga. © Simon Dawson/Bloomberg/Getty

Promettant de partager ses revenus extractifs avec « ses frères congolais », l’homme d’affaires controversé propose à la population de prendre des parts dans la société qu’il vient de créer. Explications.

Annoncée à grand renfort de communication – panneaux d’affichage, spot TV et clips vidéo destinés aux réseaux sociaux – l’initiative « Ya Biso » (« c’est à nous » en lingala) lancée par le controversé Dan Gerler est destinée selon son promoteur à permettre aux citoyens congolais de prendre part aux bénéfices de l’activité minière dans leur pays.

L’entrepreneur israélien, proche de Joseph Kabila et confronté à un affaiblissement du poids politico-économique de l’ancien président, avait annoncé début novembre 2020, lors d’une vraie-fausse conférence de presse, qu’il allait lancer une formule originale pour partager ses revenus extractifs avec « ses frères congolais ».

Il a fallu deux mois à Dan Gertler et ses alliés pour créer une société de droit congolais – dénommée logiquement YaBiso – et d’en évoquer les objectifs, dans un communiqué diffusé le 4 janvier 2021. Selon son communiqué, Dan Gertler a transféré à YaBiso 30 % des droits à percevoir des royalties de la mine de cuivre et cobalt de Metalkol, repris à la Gécamines pour 83 millions de dollars en 2017.

Prêts à taux 0

L’homme d’affaire propose aux citoyens congolais – seulement aux personnes physiques, pas aux entreprises – de prendre des parts dans cette société – de 50 à 10 000 euros par individu -, dont tout ou partie pourra être financée par un prêt à taux zéro de YaBiso, avec « une période de grâce de cinq ans » sur les remboursements.

Face à cette opération inédite en RDC, du côté de la société civile, on n’est pas prêt à donner le bon Dieu sans confession à l’Israélien, accusé par les ONG Global Witness et Africa Panel Progress d’avoir réalisé plus de 1,3 milliard de dollars de bénéfices indus en achetant, du fait de ses accointances politiques, des licences extractives à prix cassé, revendues au tarif du marché à des groupes internationaux.

Et ce, même si une partie des sanctions américaines pesant pour cette raison à son encontre ont été levées par l’administration Trump dans les derniers jours du mandat de l’ex-président des États-Unis.

Portion congrue

Pour les membres de la coalition le Congo n’est pas à vendre (CNPAV), trois questions majeures demeurent sans réponse.

« En premier lieu, nous nous interrogeons toujours sur la manière dont a été obtenu par l’homme d’affaires le droit à percevoir des royalties, normalement réservé à la Gécamines ; pour quelle somme – il parle de 83 millions de dollars, les documents contractuels rendus publics indiquent 55 millions de dollars – ; et avec quelles conditions de paiement », explique Jean-Claude Mputu, porte-parole de CNPAV.

Et ce dernier de faire valoir par ailleurs que cette opération présentée comme souverainiste et philanthropique, ne concerne que 30 % des royalties de Metalkol, piloté par le kazakh Eurasian Resource Group.

« Non seulement il lui reste 70% de ces royalties, mais aussi et surtout toute une kyrielle d’actifs et de contrats liés aux mines et au pétrole en RDC, qui n’ont d’ailleurs pas tous été révélés », estime le même interlocuteur. « Quand bien même cette opération serait bénéfique aux Congolais, elle ne concerne qu’une infime part de la richesse qu’il a accaparé dans le pays », fait-il encore valoir.

L’investissement participatif, un concept encore peu développé en RDC

Ensuite, les modalités de vente des actions, avec la proposition de financement assortie, interrogent. « Dan Gertler ne partage pas, il vend des parts d’une société. Il propose, certes, un prêt à taux zéro pour les acquérir, mais il faudra tout de même le rembourser », fait remarquer la Belge Elisabeth Caessens, de l’ONG de transparence Resource Watch, basée à Kinshasa.

Faute de plus d’éclaircissements, les responsables de la société civile doutent d’un véritable engouement populaire pour l’initiative de Dan Gertler, pourtant clé pour le succès de YaBiso.

Enfin, la coalition doute du business model de l’initiative. « Avec un capital autour de 27 millions de dollars à se répartir, il lui faudrait séduire des milliers voire des dizaines de milliers de Congolais pour faire de YaBiso une réussite de l’investissement participatif en RDC, un concept totalement inédit dans un pays où l’épargne individuelle est faible, en dehors des personnes les plus aisées, mais dont l’engagement sera limité à 10 000 dollars. Cela paraît inatteignable comme objectif, d’autant plus, qu’en dépit de sa campagne de communication, le Congolais moyen ne semble pas prêt à confier ses économies à Dan Gertler… », estime ainsi Jean Pierre Okenda, membre de CNPAV.

D’ailleurs, l’entrepreneur israélien controversé a indiqué qu’il faudrait encore attendre environ trois mois avant que les mécanismes pour entrer au capital de YaBiso soient en place, compte-tenu du caractère singulier de cette opération.

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