Politique

Union sacrée en RDC : le pari réussi de Félix Tshisekedi

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Mis à jour le 29 janvier 2021 à 18h16
Le président congolais Félix Tshisekedi, le 15 novembre 2019 à Berlin.

Le président congolais Félix Tshisekedi, le 15 novembre 2019 à Berlin. © Michele Tantussi/Getty

Le Premier ministre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, a démissionné 48 heures après avoir été destitué par l’Assemblée nationale. Le président, Félix Tshisekedi, qui a aussi reçu le rapport de son informateur, Modeste Bahati Lukwebo, confirmant sa nouvelle majorité, a désormais les mains libres pour former un nouveau gouvernement.

Sylvestre Ilunga Ilunkamba était coincé. Reçu par Félix Tshisekedi dans l’après-midi du 29 janvier, le Premier ministre congolais a officiellement remis au chef de l’État sa démission et celle de son gouvernement.

Destitué par l’Assemblée nationale le 27 janvier, le Premier ministre congolais, qui avait en principe vingt-quatre heures pour quitter son poste, avait initialement opté pour le bras de fer. Contestant la légitimité du bureau d’âge pour examiner la motion de censure qui le visait – et qui a été votée par 367 députés – le chef du gouvernement avait au départ affirmé qu’il ne comptait pas abandonner ses fonctions.

Revenu sur sa décision le lendemain, Sylvestre Ilunga Ilunkamba attendait d’être notifié de sa destitution par l’Assemblée pour rendre son tablier, ce qui a été fait ce vendredi. Nommé en mai 2019 après d’intenses tractations entre le président congolais et son ex-allié Joseph Kabila, Ilunga Ilunkamba était un des derniers piliers de la majorité détenue par l’ex-chef de l’État. Un mois et demi après la chute de Jeanine Mabunda, le départ du Premier ministre est une illustration de plus de l’inversion du rapport de force au profit de Tshisekedi.

L’Union sacrée « identifiée »

Un signal favorable qui vient accompagner une autre bonne nouvelle pour le président congolais. Le jeudi 28 janvier, Modeste Bahati Lukwebo, nommé informateur le 1er janvier et chargé de constituer une nouvelle majorité autour du président congolais, a remis ses conclusions à Félix Tshisekedi. Cela s’est fait lors d’une cérémonie organisée au Palais de la nation, à Kinshasa, et sans surprise le chef de l’État en ressort renforcé.

« Nous avons pu identifier une coalition majoritaire au sein de l’Assemblée nationale au sein de l’Union sacrée », a déclaré Modeste Bahati Lukwebo. Disant pouvoir compter sur 24 regroupements politiques, il a annoncé qu’il allait remettre au chef de l’État « la liste des 391 députés nationaux [sur un total de 500] qui vont constituer cette majorité ».

Désormais débarrassés des partisans de son prédécesseur, qu’il accusait d’avoir entravé son action durant les deux premières années de son mandat, Félix Tshisekedi a désormais la voie libre pour former son gouvernement.

Reste maintenant à observer la cohérence de l’ensemble et à répartir les postes, ce qui pourrait s’avérer délicat. “Il faut préparer les esprits : il y aura beaucoup de candidats mais on ne pourra pas retenir tout le monde”, a d’ailleurs affirmé Bahati Lukwebo, après son entretien avec Félix Tshisekedi.

En attendant, les négociations pour la composition du ticket du bureau définitif de l’Assemblée national ont fait l’objet d’intenses tractations. Selon nos informations, la présidence de l’Assemblée nationale, que convoitait Moïse Katumbi, revient à Christophe Mboso Nkodia Puanga, un transfuge du FCC qui a joué un rôle déterminant dans la débâcle de son ancienne coalition et qui dirigeait, depuis la chute de Mabunda, le bureau d’âge de l’Assemblée nationale.

Le chef de l’État a choisi de confier la direction des institutions « à ceux qui ne lui feront pas d’ombre, qui lui seront redevables et avec lesquels il n’y aura pas de couac », explique un membre de son entourage.

« Pour éviter que son leadership ne soit affaibli par la persistance de la crise institutionnelle, le président va nommer très bientôt un nouveau Premier ministre », poursuit notre source, en précisant que cette nomination devrait être annoncée avant que Félix Tshisekedi ne prenne la présidence tournante de l’Union africaine, le 7 février.

La nomination du Katangais Guylain Nyembo Mbwizia au poste de directeur de cabinet, en remplacement de Vital Kamerhe condamné à vingt ans de prison, répondait à la même logique d’apaisement.

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