Montage JA

Cet article est issu du dossier

[Série] Arabie saoudite : l’histoire secrète de l’ascension de Mohammed Ben Salman

Voir tout le sommaire
Politique

[Série] Comment MBS a évincé son cousin Mohammed Ben Nayef (3/5)

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 23 décembre 2021 à 10:34

Mohammed Ben Salman (à g.) baise la main de son cousin, Mohammed Ben Nayef, à qui il vient de succéder au rang de prince héritier. À La Mecque, le 21 juin 2017. © Saudi Press Agency Handout/MaxPPP

Maître du contre-terrorisme en Arabie saoudite, Mohammed Ben Nayef est nommé prince héritier en 2015. Son jeune cousin, MBS, met alors au point une stratégie pour lui ravir le titre et l’écarter de la succession au trône. Récit d’une chute annoncée.

Deux ans. C’est le temps qu’il a fallu à Mohammed Ben Salman (MBS), fils du roi Salman, pour écarter son cousin, Mohammed Ben Nayef (MBN), de la succession au trône d’Arabie saoudite. La partie n’était pas gagnée d’avance. En 2015, MBS a 30 ans, son cousin, 56. Le premier, qui n’a pourtant aucune expérience en matière militaire, vient d’être désigné ministre de la Défense ; le second, ministre de l’Intérieur depuis trois ans, a déjà fait une brillante carrière dans la sécurité et le renseignement.

« Ils m’ont sauvé les fesses plus d’une fois »

Dans les années 2000, Mohammed Ben Nayef s’est en effet imposé comme l’expert du contre-terrorisme en Arabie saoudite. Formé par le FBI et Scotland Yard, il a commencé sa carrière à l’Intérieur, où il a chapeauté les services de renseignements, puis pris la tête du ministère. À ce titre, il a collaboré étroitement avec la CIA. Il a tissé des liens avec David Petraeus, directeur de l’agence sous Obama, et dispose de réseaux au sein du département d’État.

En 2015, quand le roi Salman le nomme prince héritier, MBN semble le candidat idéal aux yeux de Washington

Apprécié des Américains, MBN passe pour l’un des rares princes saoudiens à maîtriser les dossiers dont il a la charge. En 2010, il avertit la CIA que des bombes ont été placées à bord de cargos qui font route vers les États-Unis.

Jon Finer, le directeur de cabinet du secrétaire d’État John Kerry, est impressionné par la capacité de MBN à livrer régulièrement des informations cruciales sur les activités des jihadistes. « Ils m’ont sauvé les fesses plus d’une fois », confie un membre du département d’État américain basé à Riyad en évoquant l’équipe de MBN.

En avril 2015, lorsque le roi Salman le désigne prince héritier, MBN semble le candidat idéal aux yeux de Washington. En Arabie saoudite, l’heureux élu est considéré comme un héros national.