Politique

Frontière Cameroun-Nigeria : bientôt un tracé définitif ?

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Mis à jour le 30 janvier 2021 à 16:18

La Cross River sépare le Nigeria du Cameroun. Ici près de la station frontalière de Mfum. © La Cross River sépare le Nigeria du Cameroun. Ici près de la station frontalière de Mfum.

Le 15 février s’ouvrira à Abuja une session cruciale de la commission mixte Cameroun-Nigeria, qui sera présidée par le représentant spécial de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas. Qui espère bien parachever le processus de délimitation des frontières avant la fin de son mandat, courant 2021.

Né de la dispute pour la presqu’île riche en hydrocarbures de Bakassi, le différend frontalier avait abouti à un conflit armé entre les deux pays. À la suite de l’arrêt rendu le 10 octobre 2002 par la Cour internationale de justice (CIJ) et des accords bipartites signés ensuite, le secrétaire général des Nations unies créa une commission mixte en novembre de la même année. Elle fut chargée de faciliter la mise en œuvre des décisions juridiques et politiques. Un processus d’abornement de la ligne de démarcation longue de 2 100 kilomètres fut enclenché. Il est quasiment achevé aujourd’hui.

Cependant, subsiste un problème : les experts de la commission buttent sur treize points correspondant à 100 kilomètres du tracé. Il faut rappeler que c’est à la suite d’un accord signé en 1913 entre les deux grandes puissances coloniales qu’étaient à l’époque la Grande-Bretagne et le Reich allemand que les frontières terrestre et maritime entre le Cameroun et le Nigeria furent tracées.

Sortir de l’impasse

Le conflit frontalier de Bakassi étant né des divergences sur l’interprétation à donner aux instruments de délimitation, les parties ont sollicité la juridiction de la CIJ. Celle-ci a tranché mais, même après la décision des juges de La Haye, les membres des deux délégations proposent parfois des interprétations contredisant celles de la Cour, ce qui crée une impasse.

« À première vue, c’est sur des points de détail que les experts ne s’accordent pas. Mais attention, sur le terrain, ces points peuvent déterminer de quel côté de la frontière se retrouvera tel ou tel village, telle ou telle communauté ethnique transfrontalière », explique un membre de la commission. Selon nos informations, les deux délégations ont d’ores et déjà donné l’assurance de s’accorder sur cinq points. Cette issue heureuse sera officialisée à Abuja.

Il restera néanmoins huit points à négocier pendant cette session organisée dans la capitale nigériane. Parmi eux, certains auront un impact sur les permis d’exploitation pétrolière accordés par l’un ou l’autre des deux pays à des compagnies internationales.

Vers une carte définitive

Si les travaux de février prochain parvenaient à aplanir l’ensemble des questions litigieuses, le Cameroun et le Nigeria seraient alors prêts à déposer auprès de l’ONU une carte frontière définitive.

Environ 70 % des tracés ne sont pas précisément définis en Afrique

Que la frontière entre les deux pays soit nettement définie et délimitée n’est pas banal sur un continent où, selon le Programme frontière de l’Union africaine créé en 2007, environ 70 % des tracés ne sont pas précisément définis ni matérialisés sur le terrain. Certains sont même considérés comme inconnus.

Ce sera la dernière assise présidée par Mohamed Ibn Chambas, le représentant spécial du secrétaire général pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Son mandat s’achèvera courant 2021 et il souhaite boucler le dossier avant son départ.