Politique

Algérie : les véritables conditions de détention de Khaled Drareni, journaliste et numéro d’écrou 22244

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 28 janvier 2021 à 12:50

Des Algériens brandissent une banderole à l’effigie du journaliste Khaled Drareni lors d’un rassemblement de protestation contre son emprisonnement dans la capitale Alger, le 14 septembre 2020. © Billal Bensalem/NurPhoto/AFP

Contrairement aux rumeurs, le journaliste Khaled Drareni n’a pas été transféré à El Harrach et se porte plutôt bien. Voici comment il vit en prison.

Selon nos informations, Khaled Drareni est toujours détenu à la prison de Koléa, à une trentaine de kilomètres à l’ouest d’Alger et ce, depuis son incarcération le 29 mars 2020. Le journaliste purge une peine de deux ans pour « incitation à un attroupement non armé » et « atteinte à l’intégrité du territoire national. Le 27 janvier, le député Ramdane-Youssef Tazbit, (Parti des Travailleurs, de Louisa Hanoune), avait alerté sur les conditions de détention « intenables » de Drareni. Il a indiqué que celui-ci avait perdu du poids et que son état de santé s’était fragilisé.

Détenu dans un quartier en isolement, où il côtoie des prisonniers condamnés pour des actes terroristes il serait par ailleurs, toujours selon ce député, privé de courrier depuis cinq mois. Les témoignages recueillis par Jeune Afrique auprès de deux membres de son collectif d’avocats, qui compte quelque 140 conseils, ne rapportent pas un durcissement de ses conditions de détention.

Codétenus et moral

Selon l’un de ses avocats, qui lui a rendu visite à Koléa le 27 janvier, Khaled Drareni est en bonne santé, bien qu’il ait effectivement maigri. Dans cet établissement pénitencier, où est notamment incarcéré l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, le journaliste est placé dans un pavillon isolé des autres détenus, pour des raisons de sécurité. Il occupe une cellule individuelle équipée d’un téléviseur, de toilettes et d’un lavabo.

Dans le même couloir, il a côtoyé l’agitateur politique et candidat à l’élection présidentielle de 2019 Rachid Nekkaz, qui a finalement été transféré le 26 janvier à la prison Labiodh Sidi Cheikh, dans la wilaya (département) d’El Bayadh, à 600 kilomètres au sud-ouest d’Alger. Le pavillon dans lequel sont incarcérés des détenus qui purgent des peines pour actes terroristes est situé à une trentaine de mètres de celui de Khaled Drareni, qui porte le numéro d’écrou 22244.

En raison du protocole sanitaire lié au Covid-19, ce dernier n’a pas droit aux journaux ainsi qu’au couffin que les familles étaient auparavant autorisées à acheminer aux prisonniers, lors des visites qui ont lieu tous les quinze jours. La livraison de son courrier a également, pour les mêmes motifs, été suspendue avant d’être rétablie.

« Il a un moral d’acier, précise un avocat qui est récemment allé le voir. Il a droit à deux sorties quotidiennes dans la cour de la prison et il reçoit des livres et bénéficie de la visite de ses parents ». Avant d’ajouter, en plaisantant, que la seule torture qu’il subit est le journal télévisé de la chaîne publique, qu’il regarde chaque soir à 20 heures. Pour améliorer l’ordinaire de la cantine de l’établissement, il a droit, comme tous les détenus, à des achats hebdomadaires dans la supérette de l’établissement pénitencier à hauteur de 3 000 dinars (environ 19 euros)

Services secrets

Correspondant en Algérie de Reporters sans frontières (RSF) et de TV5 Monde et fondateur du site d’informations Casbah Tribune, Khaled Drareni, 40 ans, a été arrêté le 7 mars 2020 lors d’une manifestation à Alger. Il avait auparavant été longuement entendu, à deux reprises au moins, dans les locaux des services secrets situés sur les hauteurs d’Alger. Il avait été questionné au sujet de ses activités de journaliste, ainsi que sur le Hirak et sur ses accointances politiques.

Condamné le 10 août en première instance à trois ans de prison, sa peine a été réduite à deux ans lors de son procès en appel, dont le verdict est tombé le 15 septembre, journée internationale de la démocratie. Ses avocats, qui ont introduit un pourvoi en cassation, sont en attente de la décision de la Cour suprême. « Cette instance pourrait se prononcer dans plusieurs mois », prévient l’un de ses conseils, qui souhaite garder l’anonymat.