Dossier

Cet article est issu du dossier «[Série] Arabie saoudite : l'histoire secrète de l'ascension de Mohammed Ben Salman»

Voir tout le sommaire
Politique

[Série] Top modèles, concert de Pitbull, île privatisée… les vacances de luxe de MBS aux Maldives (4/5)

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 04 février 2021 à 20h10
Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman à l’aéroport de Riyad, le 23 novembre 2018.

Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman à l'aéroport de Riyad, le 23 novembre 2018. © Balkis Press/ABACA

« L’histoire secrète de l’ascension de MBS » (4/5) Entre 2015 et 2017, Mohammed Ben Salman a déboursé la bagatelle de 1,18 milliard de dollars en dépenses de prestige.

Les six premiers mois de cette année 2015 ont décidément été riches en événements pour MBS. Le vieux roi Abdallah décédé le 23 janvier, son père Salman est devenu le souverain dans la foulée, offrant à son fils des ressources financières quasi inépuisables.

MBS a aussi commencé à discréditer son cousin Mohammed Ben Nayef, nommé prince heritier en avril.


Sans compter la guerre au Yémen, qu’il a lancée en mars, la première opération d’envergure de l’armée saoudienne hors de ses frontières.

Alors, quand la chaleur étouffante du mois de juillet envahit Riyad, le jeune trentenaire se dit qu’il est enfin temps de profiter. Le prince veut des vacances farniente, et si possible incognito. Exclus donc Paris, la Côte d’Azur, Marbella et autres lieux de villégiature habituellement prisés de la famille royale. MBS jette son dévolu sur les Maldives, et le très select Velaa Resort, un magnifique complexe hôtelier privatisé pour l’occasion, flottant sur les eaux turquoise de l’océan Indien. Une cinquantaine de villas s’égrènent au-dessus de superbes récifs coralliens, chacune dotée d’un domestique attitré et, évidemment, d’une piscine.

Avant l’arrivée des Saoudiens, près de 150 top-modèles venues du Brésil et de Russie ont débarqué sur l’île

Une discothèque, une machine à neige (!) , une cave pleine des meilleurs millésimes français, un restaurant posé sur l’eau où les clients peuvent admirer des tortues de mer ravissent la petite bande d’amis de MBS – une douzaine de privilégiés. Avant l’arrivée des Saoudiens, près de 150 top-modèles venues du Brésil et de Russie ont débarqué sur l’île, et ont été, après avoir passé un test de dépistage de maladies sexuellement transmissibles, conduites à leurs villas en voiturette de golf.

Des concerts de Pitbull et de la pop-star coréenne Psy

Pour égayer les soirées de ces clients exigeants, des concerts du rappeur Pitbull, de la pop-star coréenne Psy et du DJ néerlandais Afrojack sont programmés. Pour un mois de travail, les quelque 300 employés de l’hôtel sont payés chacun 5000 dollars, sans compter les faramineux pourboires escomptés. Sauf deux serveurs, qui ont jugé bon de garder leur smartphone contre les instructions de la direction, et qui sont limogés sur le champ. Une précaution superflue à vrai dire : le prince a amené avec lui sa propre suite de domestiques et tient à l’écart les employés de l’hôtel.

Un soir, un MBS particulièrement survolté monte sur scène et prend en main les platines

Après avoir passé la journée dans l’intimité de leurs villas respectives, les happy few sortent le soir. Crainte des paparazzis ou simple habitude saoudienne de la vie nocturne ? Le restaurant et la discothèque ne s’animent qu’une fois le soleil couché. Un soir, un MBS particulièrement survolté par la performance d’Afrojack, monte sur scène et prend en main les platines, provoquant l’agacement du DJ hollandais.

Très vite, les nouvelles de cette noce d’un mois fuitent dans la presse locale. Un journal iranien en a déjà fait ses choux gras. MBS et ses amis doivent se résoudre à quitter l’île paradisiaque, moins d’une semaine après leur arrivée.

Peut-être frustré par ces vacances écourtées aux Maldives, le jeune prince opte alors pour la plus traditionnelle Côte d’Azur. Il tombe un jour en arrêt devant un superbe yacht de presque 135 mètres de long, le Serene. Le navire a été loué un an plus tôt à Bill Gates pour la coquette somme de 5 million de dollars par semaine. Après un jour de location, MBS tombe amoureux du yacht – qui comprend un jacuzzi, une salle sous-marine, deux hélipads, un cinéma et une salle de gym. Il décide illico de le faire sien.

Pour ses vacances d'été, MBS jette son dévolu sur les Maldives, et le très select Velaa Resort.

Maldives© DR © DR

Après quelques semaines de négociations avec le propriétaire, Yuri Sheffler, un milliardaire russe à la tête de Stolichnaïa, leader mondial de la vodka, MBS débourse 429 millions de dollars pour s’offrir le précieux jouet flottant. Plus tard, le navire sera stationné sur la mer Rouge, pour que MBS puisse s’y rendre chaque fois qu’il a besoin de se détendre à l’abri des regards indiscrets.

Un prince aux poches profondes

Pour ce prince aux poches profondes, le château de Louveciennes (Yvelines, France) représente finalement une dépense conséquente, sans plus. Pour un peu moins de 300 millions de dollars, le prince s’offre la réplique du château de Vaux-le-Vicomte en septembre, quelque temps après avoir acheté le Serene. Le château original, situé en Seine-et-Marne, a valu à son premier propriétaire Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV, de finir ses jours en prison, tant le faste du monument provoque la jalousie du souverain.

Et le prince n’en a pas fini avec les dépenses somptuaires. Presque deux ans plus tard, la société de vente aux enchères Christie’s à New York propose le Salvatore Mundi, un tableau attribué (sans certitude) à Léonard de Vinci. Les employés de Christie’s sont tout étonnés de constater qu’un acheteur du Moyen-Orient est sur les rangs pour acquérir l’image du Christ. Il est représenté par un prince saoudien, Badr Bin Farhan Al Saoud (il deviendra ministre de la Culture en 2018). Lequel prétend avoir l’ordre d’aller jusqu’à 1 milliard de dollars pour le petit tableau de 66 cm…

Le milliardaire chinois Liu Yiqian ne peut suivre le prince saoudien lorsqu’il annonce 400 millions de dollars pour le le Salvatore Mundi

Mais six autres personnes sont intéressées. Puis deux : le milliardaire chinois Liu Yiqian et le prince Badr, tous deux représentés à Christies. Le Chinois en propose maintenant 350 millions de dollars. Mais il ne peut suivre le prince Badr lorsqu’il annonce 400 millions de dollars.

La salle des ventes se déchaîne face à l’énormité de la somme. Le prince Badr est un très proche de MBS, qui s’avère être le mystérieux donneur d’ordre du Moyen-Orient. Les amateurs d’art s’interrogent encore sur les raisons d’une telle folie. D’autant que le tableau n’a plus été revu du public depuis. Il serait, selon des rumeurs insistantes, accroché à l’un des murs du Serene…

Des vacances aux Maldives au shopping chez Christie’s, en passant par l’acquisition du Serene et celle du château de Louveciennes, MBS aura déboursé la bagatelle de 1,18 milliard de dollars entre 2015 et 2017 en dépenses de prestige. Le petit prince moqué par ses grands frères a bien pris sa revanche.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3101_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer