Agroalimentaire

Congo : des panneaux solaires, des frigos et une mini-révolution dans la pêche

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Mis à jour le 16 mars 2021 à 16h08
Le complexe frigorifique d ‘Okombé.

Le complexe frigorifique d ‘Okombé. © DR

Il a suffi de quelques centaines de panneaux photovoltaïques et d’un complexe frigorifique pour transformer la vie d’un village de pêcheurs de la Cuvette.

Situé dans le département de la Cuvette, près de la poissonneuse rivière Likouala-Mossaka, Okombé compte environ 120 habitants. Ou plutôt comptait, car depuis l’installation, en 2020, du Centre communautaire de pêche (CCP), un complexe frigorifique alimenté par des panneaux photovoltaïques, le village est en pleine mutation.

La nouvelle infrastructure fait partie du Projet de développement de la pêche et de l’aquaculture continentale (PD-PAC), financé par le Fonds international de développement agricole (Fida).

Pourquoi avoir choisi Okombé ? « Le village est au cœur d’une vaste zone de pêche continentale. Relié à Makoua par une voie carrossable, il accueille, deux fois par semaine, un marché où les pêcheurs des alentours vendent leur poisson, frais ou fumé, aux commerçants de Makoua et d’Owando », explique Eugène Bagamboula, coordonnateur du PD-PAC.

Eau potable et électrification

La société congolaise Africa Solaire, qui, au Congo et en RDC, développe de nombreuses infrastructures alimentées grâce à l’énergie solaire, a remporté l’appel d’offres pour la conception et la maîtrise d’œuvre du complexe, soit un budget total de 587 millions de F CFA (près de 900 000 euros).

Coiffé d’une toiture supportant 253 panneaux photovoltaïques d’une capacité de 280 W chacun, le CCP s’étend sur 800 m2.

« Nous y avons aménagé deux modules. L’un compte deux chambres froides de 50 m3 chacune (l’une de froid positif pour le poisson, l’autre de froid négatif pour la glace) et une unité de production de glace pilée d’une capacité de 5 tonnes/jour, auxquelles s’ajoute une zone d’éviscération du poisson, dans laquelle peuvent travailler douze personnes. L’autre module comprend un bureau, une salle de réunion, un local technique et un vestiaire », explique Sandy Mbaya, directeur général d’Africa Solaire.

Sandy Mbaya, directeur général d’Africa Solaire © DR

Un troisième espace, dont les travaux viennent de s’achever, abrite un séchoir, un broyeur destiné à la fabrication d’aliments pour animaux et une unité de traitement des déchets.

À terme, l’ensemble du village sera électrifié. L’entreprise a également réalisé un forage d’eau, laquelle est traitée puis dessert l’unité d’éviscération, ainsi que les habitants d’Okombé et des villages environnants grâce à un réseau de fontaines.

Poissons d’eau douce

Le projet vise à développer la filière de production et de commercialisation des poissons d’eau douce. « Nous voulons capter la production halieutique de la zone de pêche de Ntokou et d’Okombé, qui regorge d’espèces très appréciées des Congolais, et l’acheminer, sous forme de produits frais notamment, vers les grands centres urbains du pays, dont Brazzaville et Pointe-Noire », résume Eugène Bagamboula.

Acheminé jusqu’à Makoua (à 70 km à l’est du village), le poisson sera écoulé vers Ouesso et vers les villes qui s’égrènent le long de la Nationale 2 jusqu’à la capitale. Une partie ira à Ewo (Ouest) et au Gabon. Un circuit routier plus rapide et moins coûteux que la voie fluviale reliant Ntokou à Makoua (six heures de navigation), qui obligeait les pêcheurs à envoyer leur production à Mossaka (sur la rive du Congo) et Brazzaville.

Nous voulons capter la production de cette zone de pêche qui regorge d’espèces très appréciées des Congolais »

Financé par un prêt du Fida à l’État congolais, le CCP appartient aux communautés qui en sont bénéficiaires. Pour assurer son bon fonctionnement, un comité de gestion, dont le statut juridique reste à définir, doit être constitué. Il réunira les parties prenantes de la filière – représentants d’associations (de pêcheurs, de transporteurs, de transformateurs, de commerçants, etc.), du conseil départemental de la Cuvette et des services déconcentrés de l’État – et pourra confier la gestion du CCP à une entreprise privée.

Déjà, Okombé se transforme à vue d’œil. Des commerçants s’y sont établis. Le PD-PAC négocie avec les compagnies de téléphonie mobile et les fournisseurs d’accès à internet les moyens de renforcer le réseau. Et comme d’importants volumes de F CFA circulent dans la zone, les établissements de transfert d’argent sont invités à venir s’implanter dans le village.

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