Politique

RDC : comment les députés ont obtenu la destitution du Premier ministre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 27 janvier 2021 à 18:14

Sylvestre Ilunga Ilunkamba, le 7 septembre 2020 © Primature RDC

Les députés ont voté en faveur de la destitution du Premier ministre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba. Un mois et demi après avoir rompu avec Joseph Kabila, le président Félix Tshisekedi franchit une nouvelle étape vers la mise en place d’un nouveau gouvernement.

Il était l’un des derniers remparts de la majorité détenue par Joseph Kabila. Sylvestre Ilunga Ilunkamba, Premier ministre de Félix Tshisekedi depuis mai 2019, a été destitué ce mercredi 27 janvier à la suite du vote d’une motion de censure. Déposé le 22 janvier par le député Chérubin Okende (Ensemble pour le changement, la plateforme de Moïse Katumbi), le texte avait été signé par 301 députés.

Sur les 382 députés présents à l’ouverture de la séance, 367 se sont prononcés en faveur de la chute du Premier ministre et de son gouvernement. Selon la Constitution, Sylvestre Ilunga Ilunkamba a désormais vingt-quatre heures pour remettre sa démission et celle de son gouvernement au président Félix Tshisekedi.

Ilunga boude la plénière

La plénière s’est déroulée sans le Premier ministre. La veille, son absence avait entraîné le report du vote d’une journée. Mais cette fois-ci, les députés sont allés au bout de la procédure.

En déplacement à Lubumbashi depuis le 24 janvier (voyage pour lequel il disposait d’un ordre de mission signé par le vice-Premier ministre, Gilbert Kankonde), Sylvestre Ilunga Ilunkamba est revenu à Kinshasa dans la soirée du 26. Dans le Haut-Katanga, le chef du gouvernement avait été reçu par l’ancien président, Joseph Kabila, qui y est installé depuis plus d’un mois. Rien ou presque n’avait filtré de ce tête-à-tête mais l’entourage d’Ilunga Ilunkamba avait confirmé que ce dernier ne comptait pas se présenter devant les députés.

Le chef du gouvernement a toutefois adressé une lettre, datée du 27 janvier, au président du bureau d’âge de l’Assemblée nationale. Dans ce document de douze pages, il répond aux différents points de la motion de censure qui le vise et dénonce une « manœuvre politicienne sans fondement factuel et au mépris des exigences de l’État de droit ».  « La quasi-totalité des 52 réunions du Conseil des ministres ont été présidées par le président de la République, lequel donnait des orientations sur bon nombre de dossiers au titre de communications », écrit-il.

Sous pression

Sous pression depuis plusieurs semaines, à la suite de la rupture de la coalition que Félix Tshisekedi formait avec Joseph Kabila, Ilunga Ilunkamba avait une première fois refusé de démissionner le 7 décembre. Il souhaitait obtenir au préalable l’aval de l’ancien président qui, disait-il, avait proposé son nom pour la primature.

Depuis plusieurs semaines, le camp de Kabila dénonçait un passage en force de Félix Tshisekedi

Face au ralliement de plus en plus massif de députés du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila à l’Union sacrée, la nouvelle coalition de Tshisekedi, la position du Premier ministre semblait de plus en plus précaire et ce malgré les protestations des députés pro-Kabila.

Après avoir quitté prématurément la plénière du 26 janvier sous les hourras de certains élus, les pro-Kabila ont cette fois refusé de siéger pour manifester leur mécontentement. Selon eux, le bureau d’âge outrepassait ses compétences en procédant à l’examen de la motion de censure. Depuis plusieurs semaines, le camp de Kabila dénonçait un passage en force de Félix Tshisekedi. En ouverture de la plénière, le président du bureau d’âge, Christophe Mboso, a tenu a répondre à ces accusations. « Le Premier ministre ne vient pas répondre au bureau d’âge, il vient répondre à la plénière », a-t-il rétorqué.

Bureau définitif

Un mois après la chute du bureau de Jeanine Mabunda, qui est issue, comme Ilunga Ilunkamba, du FCC, Félix Tshisekedi franchit une nouvelle étape dans son offensive pour reprendre en main la majorité.

Les prochaines étapes vont être cruciales et délicates à gérer pour le président congolais

Si les députés ont massivement voté en faveur du départ du bureau de Jeanine Mabunda et de la destitution du Premier ministre, les prochaines étapes vont être cruciales et délicates à gérer pour le président congolais.

La session extraordinaire de l’Assemblée nationale doit prendre fin le 3 février, et le bureau d’âge a pour mission d’ici là de procéder à l’élection du nouveau bureau de l’Assemblée nationale. Le dépôt des candidatures est prévu le 28 janvier. L’élection, elle, aura lieu le dernier jour de la session extraordinaire.

Kabund de nouveau vice-président ?

Félix Tshisekedi souhaite que ce nouveau bureau soit dirigé par l’un des transfuges du FCC, ce qui a généré certaines crispations chez ses nouveaux alliés, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba. « Pour le moment, seul Jean Marc Kabund-a-Kabund est assuré d’être le candidat de l’Union sacrée au poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale, le reste se discute encore », assure une source impliquée dans les négociations.

Après quelques jours d’hésitations, les députés membres de la plateforme de Katumbi et du parti de Bemba avaient finalement signé la motion de censure contre le Premier ministre. Ils ont également officialisé leur adhésion à l’Union Sacrée ce mercredi. « Les discussions ont repris et vont dans la bonne direction », explique une source proche de Katumbi.

Signe que cette nouvelle majorité reste néanmoins fragile, à la veille du vote de la motion, certains députés s’inquiétaient encore de potentielles « trahisons » de dernière minute et appelaient leurs collègues à se mobiliser pour faire tomber le Premier ministre avec la plus large majorité possible.

Avant de s’atteler à la formation de son nouveau gouvernement, le président congolais devrait recevoir dans les prochains jours le rapport de l’informateur, Modeste Bahati Lukwebo, chargé depuis le 1er janvier de constituer une nouvelle majorité. S’il fait peu de doutes qu’il y parviendra, il faudra observer la manière dont seront répartis les postes.