Banque commerciale

RDC-Equity BCDC : que veut vraiment la Banque centrale ?

Réservé aux abonnés | | Par - avec Stanis Bujakera Tshiamala
Mis à jour le 27 janvier 2021 à 09h27
James Mwangi, dans son bureau à Nairobi, Kenya, en août 2016.

James Mwangi, dans son bureau à Nairobi, Kenya, en août 2016. © Riccardo Gangale/Bloomberg/Getty

La Banque centrale du Congo rappelle à l’ordre l’actionnaire majoritaire d’Equity BCDC, et notamment son patron James Mwangi, après l’annonce par ce dernier d’une série de mesures relatives au processus d’intégration de ses deux filiales en RDC. Explications.

Banque centrale du Congo : 1 –Equity Group : 0. Alors que le processus de fusion-absorption de Equity Bank Congo par la Banque commerciale du Congo (BCDC) – condition contractuelle du rachat par le holding Equity Group (EGH) de la deuxième banque du pays –, est actuellement en cours, le régulateur congolais est venu semer le trouble dans l’opération.

Dans un courrier au président du conseil d’administration de BCDC, daté du 19 janvier et dont JA a pu prendre connaissance, le gouverneur de la Banque centrale, Jules Bondombe Assango, réagit à une précédente « communication de Monsieur James Mwangi, (…) au personnel de la nouvelle entité Equity BCDC s.a. ».

Les décisions annoncées par le PCA du groupe ont été prises de manière unilatérale

Pour rappel, en août dernier, EGH a achevé l’acquisition de 66,53 % du capital de BCDC pour un montant de 10,37 milliards de shillings (95 millions de dollars). Fin décembre, le géant kényan (76 milliards de shillings de revenus en 2019) obtient le feu vert pour fusionner son réseau bancaire local avec le groupe nouvellement acquis, portant ainsi sa participation dans Equity BCDC à plus de 77 %.

Ce qui signifie qu’à ce stade, d’un point de vue juridique, la fusion est considérée comme réalisée, et d’un point de vue opérationnel, comme très avancée.

Toutefois, le régulateur s’est autorisé à tacler le groupe kényan dans sa dernière missive : « Après analyse, il ressort que les décisions annoncées par le président du conseil d’administration du groupe Equity Holding dans son communiqué au personnel ont été prises de manière unilatérale et ne respectent nullement les dispositions légales et réglementaires sur la gouvernance d’entreprise des institutions financières en RDC. »

Un problème de forme dans le processus

Dans le viseur de l’autorité : une communication interne – qui lui est parvenue – et dans laquelle plusieurs décisions liées au déroulement du processus de fusion-absorption ont été actées par le dirigeant kényan.

Sont notamment incriminées l’annonce par EGH de « l’intégration des opérations et informations de la BCDC dans la plateforme de Equity Group », « la mise en place d’un comité de gestion initial », la désignation de deux co-directeurs généraux, Yves de Cuypers (jusqu’ici DG de BCDC) et Célestin Mukeba (DG d’Equity Bank Congo – ex-ProCredit Bank Congo acquis en 2015 par Equity).

La coexistence de deux DG dans une même institution n’est pas admise

« Ces décisions auraient dû émaner du conseil d’administration et/ou de l’assemblée générale de la structure nouvellement formée, Equity BCDC, et non pas du PCA du holding », commente un analyste financier qui suit notamment les principaux groupes bancaires en Afrique. « Hormis la décision relative aux deux directeurs généraux, la plupart des décisions épinglées par le régulateur témoignent plutôt d’un problème de forme dans la procédure que d’un problème de fond », poursuit-il.

Rassurer les clients et les investisseurs

En effet, sur ce dernier point, la banque kényane a fait un choix singulier. Alors que l’usage voudrait que le DG de la banque absorbante devienne DG de l’entité fusionnée, Equity préfère placer les deux DG, de l’absorbante et de l’absorbée, sur un pied d’égalité.

Une position que la Banque centrale du Congo ne manque pas de désapprouver : « la coexistence de deux directeurs généraux dans une même institution n’est pas admise par les textes légaux et réglementaires ».

Mais cette décision, bien que prise de manière « unilatérale » par Equity, n’est pas perçue négativement par les observateurs qui y voient une volonté de rassurer de la part du groupe panafricain de services financiers coté à la Bourse de Nairobi. Un message qui signifie que la continuité est assurée malgré l’opération et les synergies en découlant.

Position de leader assumée

Cet épisode reste toutefois révélateur d’un accroc dans le plan de James Mwangi de créer le premier groupe bancaire de RDC d’ici à la fin de 2021, et une banque plus importante que Equity au Kenya, dans les cinq prochaines années. Alors que le banquier kényan ne cachait pas ses ambitions dans le pays dans les colonnes de Jeune Afrique en novembre dernier, le régulateur semble vouloir tempérer l’ardeur d’Equity.

« Le signataire de la communication faite au personnel de Equity BCDC n’a ni titre, ni qualité pour engager cette institution. À ce sujet, Monsieur James Mwangi, président du conseil d’administration du groupe Equity Holding, n’est que le représentant d’un actionnaire et n’a reçu aucun mandat de l’institution absorbante pour l’engager », ponctue la banque centrale, avant de renvoyer une nouvelle fois au respect des lois et règlements en vigueur dans le pays.

Pour cette autre experte du secteur bancaire panafricain, qui rappelle que la fusion des deux banques Equity Bank Congo et BCDC a bien reçu l’aval de la banque centrale le 29 décembre dernier, avec ce courrier, le gouverneur fait un pas en avant, trois pas en arrière. Même s’il ne remet pas en cause, d’un point de vue juridique, l’authenticité de l’opération.

De son côté, la direction d’Equity Group, contactée par JA, n’a pas souhaité apporter de commentaire sur cet échange.

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