Économie

Maroc-Israël : Dakhla, paré pour l’afflux de business américain

| Par - à Casablanca
Mis à jour le 29 janvier 2021 à 15h04
Affiches de Mohammed VI sur la route entre Dakhla et Guerguerat

Affiches de Mohammed VI sur la route entre Dakhla et Guerguerat © Vincent Fournier/Jeune Afrique-REA

La reconnaissance des États-Unis de la souveraineté du Maroc sur les provinces du Sahara a remis sur le devant de la scène la ville de l’extrême-sud marocain qui compte servir de tremplin aux investisseurs désireux de se lancer sur le continent.

Après la reconnaissance des États-Unis de la souveraineté du Maroc sur les provinces du Sahara en décembre 2020 – contrepartie d’une normalisation des relations entre Israël et le royaume chérifien -, puis l’ouverture, mi-janvier, d’un consulat américain à Dakhla, la ville se rêve en hub économique, notamment pour le développement en Afrique de l’Ouest.

« Je pense en toute objectivité que pour les investisseurs qui veulent s’attaquer au marché subsaharien, Dakhla est sans doute le meilleur emplacement, notamment grâce à ses infrastructures », estime Mounir Houari, le patron du Centre régional d’investissement (CRI) de Dakhla-Oued Eddahab.

En 2020, la commission régionale d’investissements a ainsi recensé pour 14 milliards de dirhams (1,3 milliard d’euros) d’intentions d’investissement, et compte sur une progression en 2021.

Énergie éolienne

« Je suis, ainsi que l’ensemble de mes équipes, énormément sollicité depuis quelques semaines, par des investisseurs marocains comme  étrangers. Tous les grands groupes nationaux, ou presque, sont venus sonder le terrain », assure cet ancien banquier d’affaires.

Selon nos informations, les trois groupes immobiliers leaders ont ainsi fait le déplacement récemment, tout comme les spécialistes de la grande distribution et nombre de poids lourds de l’agro-industrie. Plusieurs délégations en provenance d’Europe et des USA ont également visité la région, en dépit des restrictions liées au Covid-19 qui en limitent le nombre et l’importance.

« La majorité des groupes internationaux avec qui nous échangeons s’intéressent plus particulièrement au secteur de l’énergie, notamment les Américains », confie Mounir Houari, qui précise que de par sa situation géographique, la région jouit d’une ressource inépuisable, stable et continue : le vent.

C’est avec cette énergie que vont fonctionner plusieurs futurs projets, comme la station de dessalement d’eau de mer à 2 milliards de dirhams développée par le duo Engie et Nareva, qui devrait être livrée prochainement.

Financements américains débloqués

Le projet privé américain le plus avancé à ce jour est d’ailleurs le parc éolien de 900 MW développé par Soluna Technologies et AM Wind. Installé sur 10 000 hectares, le projet a mobilisé plus de 2,5 milliards de dollars d’investissement et servira à produire assez d’énergie pour alimenter une mine à cryptomonnaie. « Le projet est très bien avancé et il ne reste que quelques petites étapes avant le lancement des travaux », assure le directeur du CRI.

Ce chantier, amorcé dès 2018, a connu des hauts et des bas avant son dénouement récent. « La reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur les provinces du Sahara par les USA a rendu la levée de fonds à l’international moins contraignante, et a permis aux porteurs du projet de boucler rapidement le financement de la centrale auprès de fonds américains, » expliquent des sources bancaires marocaines.

De son côté, l’US International Development Finance Corporation (DFC) a ouvert à Dakhla une antenne dédiée à son programme Prosper Africa, une initiative destinée à épauler les entreprises américaines désireuses de se lancer en Afrique. « Les Américains veulent aussi s’appuyer sur l’expérience entrepreneuriale des investisseurs marocains en Afrique de l’Ouest. Nous allons voir naitre plusieurs partenariats dans ce sens très prochainement », nous confie le patron d’un groupe présent en Afrique de l’Ouest.

Connexions aériennes, terrestres et maritimes

Située à plus de 1 600 km au sud de Casablanca, la ville côtière a bénéficié depuis quelques années d’un certain nombre d’investissements portés par l’État pour améliorer son attractivité, et notamment de la voie express qui doit la relier à Tiznit, à 1 055 km de là. À côté de cet investissement de plus de 10 milliards de dirhams, une ligne aérienne directe reliera deux fois par semaine, à compter du 12 février, l’aéroport international de Dakhla à Paris.

Une économie tournée vers la pêche

Une économie tournée vers la pêche © incent Fournier/Jeune Afrique-REA

En outre, le futur port Atlantique-Dakhla, qui nécessitera lui aussi un investissement de plus de 10 milliards de dirhams, doit servir à la fois  à la pêche et au commerce maritime, avec un trafic prévisionnel de près de 2,2 millions de tonnes pour les marchandises et de 950 000 tonnes de produits de la mer.

« Ce port – qui englobera un parc industriel et logistique baptisé “West Africa Free Zone” – sera  aussi une très bonne alternative au trafic terrestre pour les marchandises à destination de l’Afrique de l’Ouest », fait remarquer Mounir Houari. L’ouverture des plis est prévue pour la fin du mois de janvier et la construction devra durer presque huit ans.

Une économie locale tournée vers la pêche

Deux autres projets logistiques ont aussi dans les cartons du conseil de la Région et de l’État, sur la commune de Bir Gandouz, à quelques 250 km au sud de la ville, et au poste frontalier d’El Guerguarate.

Comme dans les autres provinces du sud, la pêche est l’activité la plus répandue à Dakhla. Avec 500 000 tonnes par an, elle représente plus 40 % des revenus de la région, qui représente 20% du territoire marocain et est dotée d’une façade littorale de 667 km. Le CRI encourage en conséquence les investisseurs à se lancer dans la valorisation des produits de la mer, notamment à travers la création de conserveries de poissons.

L’agriculture et le tourisme sont les autres secteurs porteurs localement. Pour Mounir Houari, l’un des enjeux clés pour le développement futur de Dakhla sera de pouvoir « proposer des ressources humaines qualifiées », alors que les jeunes de moins de 15-34 ans représentent près de 65 % de la population locale.

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