Société

Sénégal : Diary Sow a rencontré les autorités sénégalaises à Paris

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Mis à jour le 25 janvier 2021 à 13:54

Macky Sall avait reçu l’étudiante sénégalaise Diary Sow, le 7 août 2020 au palais présidentiel. © Présidence du Sénégal / AFP

Les autorités sénégalaises ont entamé un dialogue avec Diary Sow, la jeune femme dont la disparition volontaire a mis le Sénégal en émoi.

Ce lundi, de très nombreux sites internet sénégalais ont affirmé que Diary Sow avait été « remise aux autorités sénégalaises ». Une formule laissant à penser que la jeune femme aurait été capturée à Paris contre son gré. « C’est impropre, et c’est parfaitement faux. Diary n’a pas été « remise », ce n’est pas un colis, s’agace Moïse Sarr, le secrétaire d’État en charge des Sénégalais de l’extérieur. Elle est partie en toute liberté, elle était saine et sauve. »

Pour le gouvernement, « le dossier est clos »

Il confirme par ailleurs que les autorités consulaires sénégalaises ont bel et bien rencontré Diary Sow à Paris, où son parrain, le ministre Serigne Mbaye Thiam, est arrivé au cours du week-end. « Diary ne s’attendait pas à une telle médiatisation. Désormais, on sait qu’elle n’est pas en danger, alors on ne va pas s’immiscer dans sa vie. Elle est majeure, elle va bien, il faut la laisser tranquille, martèle le secrétaire d’État. Pour nous, le dossier est clos ».

Dans un communiqué de presse succinct, le consulat général du Sénégal à Paris confirme que Diary Sow « a été retrouvée saine et sauve » et qu’« elle se trouve présentement en compagnie de son parrain Serigne Mbaye Thiam ». Le consulat sénégalais remercie également le gouvernement français pour son assistance efficace, ainsi que la communauté sénégalaise en France pour sa mobilisation.

Je ne me cache pas. Je ne fuis pas

Vendredi, Serigne Mbaye Thiam, ministre de l’Eau et parrain de la jeune femme, avait publié sur son compte Twitter une lettre qui lui avait été adressée par Diary Sow. Dans cette missive, l’étudiante esquissait des réponses aux questions soulevées par sa disparition. « J’ai laissé assez d’indices derrière moi pour qu’on sache que je partais de mon plein gré. Je ne me cache pas. Je ne fuis pas. Considère cela comme une sorte de répit salutaire dans ma vie », lit-on dans cette lettre où la jeune femme dit être « profondément désolée », mais affirme que son départ n’a rien à voir avec la pression de la classe prépa – ou du confinement. «  Fugue ? Un mot bien péjoratif pour une quête si profonde », écrit la jeune femme.

Retournement de l’opinion publique

Selon des sources diplomatiques, la jeune femme ne souhaite pas, dans l’immédiat, reprendre ses études en classe préparatoire scientifique au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Elle n’aurait pas, non plus, pour projet de se rendre au Sénégal dans l’immédiat. Après une intense campagne de mobilisation à laquelle plusieurs membres du gouvernement ont activement participé, le choix de la jeune femme place les autorités sénégalaises dans l’embarras.

Bien que Moïse Sarr ait appelé à faire cesser la pression médiatique pesant sur les épaules de la jeune femme, certains internautes sénégalais peinent à comprendre les raisons ayant poussé cette brillante jeune femme à abandonner ses études à quelques semaines des concours des grandes écoles qu’elle préparait depuis des mois.

Nombreux sont désormais les internautes sénégalais à s’indigner que la jeune femme ait pu inquiéter tout un pays. Et, loin d’avoir calmé les esprits, l’annonce par les autorités sénégalaises de « preuves de vie » émanant de la jeune femme n’ont fait qu’augmenter les rumeurs. Certains avancent que sa disparition n’aurait été qu’un coup de communication pour favoriser la vente de son premier roman, Sous le visage d’un ange, dans lequel la protagoniste fugue par deux fois.

Pour la sociologue sénégalaise Maïmouna Diouf Touré, l’écho rencontré par cette « affaire Diary Sow » et le retournement de l’opinion publique tient au fait que « le besoin de liberté individuel dérange. Ici, on est l’enfant de la société, et pas uniquement de ses parents, explique la sociologue. Au Sénégal, la personne ne s’appartient pas : elle appartient à un groupe social. La liberté individuelle est une trahison par rapport à son groupe social. La notion de liberté individuelle n’est pas encore ancrée dans la mentalité du Sénégalais lambda. »