Transport aérien

Boostée par Macky Sall, Air Sénégal muscle sa flotte et lorgne les États-Unis

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 26 janvier 2021 à 18h23
Airbus A330-900 d’Air Sénégal

Airbus A330-900 d'Air Sénégal © PASCAL PAVANI/AFP

La jeune compagnie nationale sénégalaise, qui a bénéficié de 68 millions d’euros de dotations de l’État en 2020, table sur un demi-million de passagers sur l’année 2021.

De nouvelles liaisons inédites depuis le hub de l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD) vers Milan le 18 février et Lyon le 28 mars, puis sans doute vers Washington ou New-York avant l’automne, des Airbus neufs toujours en vue….

Pas encore sortie des turbulences du Covid-19, Air Sénégal fait bien mieux qu’éviter la chute libre. La compagnie dirigée par Ibrahima Kane, ex-directeur général du Fonsis (Fonds souverain d’investissements stratégiques du Sénégal) devrait connaître en 2021 une phase de relance après le gros trou d’air de 2020.

Sur l’année, Air Sénégal a perdu environ 25 % de son chiffre d’affaires (75 millions d’euros en 2019), selon les indications données fin décembre par Ibrahima Kane à la chaîne de télévision sénégalaise iTV. La conséquence notamment d’une fermeture durant trois mois en 2020 du ciel sénégalais et des restrictions en Europe, région la plus génératrice de chiffre d’affaires.

Covid-19 : 30 à 40 millions d’euros de pertes

La configuration actuelle du réseau s’affiche à environ 60 % de l’avant crise. Pourtant, en termes de volumes, Air Sénégal table désormais sur un demi-million de passagers sur l’année 2021, soit un niveau proche de celui de 2019 (495 000 passagers).

« Ce chiffre positif en soi n’est pas très significatif car la configuration commerciale, et donc le revenu par siège, a beaucoup changé l’an dernier. Mais aujourd’hui la société couvre largement ses coûts fixes et est même revenue tout près de l’équilibre. Il est en vue pour 2021», indique à Jeune Afrique une source proche de l’entreprise.

À ce stade, la crise devrait coûter à l’opérateur fondé en 2016 sur les cendres de Sénégal Airlines une perte d’activité cumulée de l’ordre de 30 à 40 millions d’euros, selon l’évolution de la pandémie et des restrictions de voyages.

Les routes long-courrier, bien qu’en nette reprise, n’ont pas retrouvé leur niveau antérieur, à commencer par le vol Dakar-Paris qui affiche cinq liaisons par semaine, contre sept avant crise.

Conforter la position de hub de l’AIBD

« Air Sénégal montre la validité et la résilience de son modèle économique, grâce au soutien sans faille de l’État actionnaire, pour qui dans le cadre du Plan Sénégal émergent, l’aérien est une priorité », estime notre source qui poursuit : « Contrairement à plusieurs autres compagnies africaines, il n’y pas eu de péril en termes de trésorerie, notamment grâce aux fonds apportés par l’État en 2020. »

De fait, face aux géants de l’axe sud-nord comme Air France ou Royal Air Maroc, le but assigné par l’État, actionnaire à 100 % à Air Sénégal est clair : sortir plus fort de la crise. Et conforter ainsi la stratégie nationale de hub sous-continental pour l’AIBD.

Une dotation en capital de 45 milliards de CFA a ainsi été décidé par Macky Sall en mai 2020 dans le cadre du plan de relance, somme en partie consignée au Trésor. Air Sénégal a déjà effectué quatre tirages et pourrait solliciter, si besoin, un nouveau décaissement avant l’été, selon nos sources.

Nouveaux avions

Avec ces fonds propres solides, la compagnie a pu négocier en 2020 dans de bonnes conditions avec BPIFrance, UK Export Finance et Euler Hermes un rééchelonnement de quelques mois  des crédit-export (France, Royaume-Uni, Allemagne) accordés en novembre 2019 et février 2020 pour l’acquisition de deux Airbus A330-900 NEO.

Du côté des aéronefs, la flotte (deux ATR600, un A321, deux A330, deux A319 en leasing chez Caryle Aviation) va être portée à huit appareils avec l’arrivée d’ici mars du deuxième A321. La compagnie a, par ailleurs, maintenu ses commandes de huit moyen-courrier A220 (ex- Bombardier Cseries), au prix catalogue total de 732 millions d’euros. Leur livraison, retardée plus d’un an en raison de la pandémie, doit intervenir fin 2021.

Dessertes imprévues

Alors que la compagnie est encore en « discussions actives » avec les autorités américaines ainsi qu’avec les aéroports de New-York et Washington pour entamer enfin une liaison directe avec la cote est-américaine – le choix entre les deux villes n’étant pas acté -, la crise a eu l’effet inattendu de provoquer de nouvelles dessertes régionales et vers l’Afrique centrale.

Ces vols vers Libreville ou encore Douala, qui n’étaient pas prévu par le plan stratégique, ont été inauguré à l’heure des vols de rapatriement, au plus fort de la pandémie, et ont pu être pérennisés sur base bi ou tri-hebdomadaire grâce aux accords d’Opensky d’Addis-Abeba.

Reste que pour s’affirmer plus largement sur le continent et les routes continentales, la compagnie dirigée par Ibrahima Kane demeure en quête d’un partenaire stratégique (un accord en ce sens avec Royal Air Marc avait échoué en 2018). Comme beaucoup de compagnies nationales, l’accroissement de la dotation de l’État a permis à Air Sénégal de traverser le cyclone. Mais demain ?

Jérôme Maillet quitte la direction

Après le départ du premier directeur général de la compagnie, Philippe Bohn, remplacé en avril 2019 par Ibrahima Kane, le top management vient à nouveau d’évoluer.

Donné partant à l’automne 2020, Jérôme Maillet, directeur adjoint chargé de la stratégie et de l’investissement depuis trois ans, a quitté ses fonctions fin 2020 – tout en restant « conseiller » du directeur général.

Celui qui fut aussi DGA de Congo Airways vient par ailleurs, selon les informations de Jeune Afrique Business+, de cofonder à Dakar, avec un associé sénégalais, une société d’amorçage et d’accélération pour start-up.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3102p001_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer