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Tunisie : qui sont les nouveaux cadres d’Ennahdha ?

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Le leader du parti islamiste Ennahdha, Rachid Ghannouchi, prononce un discours devant ses partisans le 14 avril 2018 à Tunis.

Le leader du parti islamiste Ennahdha, Rachid Ghannouchi, prononce un discours devant ses partisans le 14 avril 2018 à Tunis. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Ennahdha a renouvelé son bureau exécutif le 18 janvier. Tour d’horizon des nouveaux visages de cet organe central du parti à référentiel islamique.

Le conseil de la Choura d’Ennahdha a élu un nouveau bureau exécutif, le 18 janvier. Si certains sont des militants de longue date et appartiennent à l’ancienne garde du parti à référentiel islamique, d’autres font leurs premières gammes en politique.

Plus ou moins proches du président du parti, certains d’entre eux n’ont pas hésité à signer la pétition dite des Cent, appelant Rached Ghannouchi à ne pas se représenter à un troisième mandat en septembre 2020. Jeune Afrique livre les points de parcours des membres de ce nouveau bureau exécutif.

• Rached Kahlani, bureau de la jeunesse 

Originaire de Ghardimaou (nord-ouest), ce cadre dans une société de services, âgé de 36 ans, a étudié à la Faculté des sciences de Tunis et milité au sein de l’Union générale tunisienne des étudiants (UGTE). Membre d’Ennahdha depuis 2006, il est aussi membre de la Choura depuis 2012. Il a par ailleurs été vice-président du bureau de communication auprès de la société civile en 2016 et a pris la tête des jeunes du parti lors de la démission de leur présidente Jawhara Tiss, en 2018. Il est à ce titre membre de droit du bureau exécutif.

Zeineb Brahmi, bureau des affaires juridiques

Discrète, cette avocate de 36 ans, née à Mdhilla, au cœur du bassin minier, est députée d’Ennahdha pour la région de Gafsa depuis 2014. C’est là qu’elle a rejoint le bureau local du parti après la révolution. Également membre du bureau juridique central, elle a mis entre parenthèses sa carrière d’avocate auprès de la cour d’appel de Gafsa pour se consacrer entièrement à ses travaux de députée de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).

Elle n’a pas hésité à porter plainte contre la députée du Parti destourien libre (PDL) Abir Moussi pour entrave aux travaux de la plénière sur la Cour constitutionnelle. Ouvertement opposée à la motion de censure contre Rached Ghannouchi, elle compte désormais se mobiliser contre les campagnes de diffamation et fausses informations qui viseraient le parti.

Nizar Al Habboubi, bureau d’encouragement des initiatives jeunes

Relais de la jeunesse du parti et figure prometteuse tant il a rapidement gravi les échelons, Nizar Al Habboubi a signé la pétition appelant Rached Ghannouchi à ne pas se représenter à un troisième mandat, conformément au règlement intérieur d’Ennahdha.

Originaire de Béja, cet étudiant en mathématiques fondamentales de 37 ans a fait partie, en 2005, des fondateurs du mouvement des étudiants indépendants de la Faculté des sciences de Tunis El-Manar, avant de s’engager au sein de l’UGTE. Après la révolution, il est devenu président du comité local chargé des jeunes auprès du bureau d’Ennahdha à Oued Ellil (La Manouba).

L’année suivante, il a intégré le bureau régional et acquis des responsabilités au niveau central. Assistant d’Abdelhami Jlassi (l’un des fondateurs du parti) en 2013, il a intégré, entre 2014 et 2017, le secrétariat général d’une autre figure nahdhaouie, Ali Larayedh. Il s’est ensuite hissé au poste de directeur exécutif du bureau politique d’Ennahdha jusqu’à 2020 et a été choisi comme conseiller par le frondeur Abdellatif Mekki lors de son mandat au ministère de la Santé sous le gouvernement d’Elyes Fakhfakh. Il est aussi vice-président du conseil régional la Manouba de la Choura depuis cinq ans.

Faouzi Jaballah, chargé du bureau de la planification

Cet avocat de 49 ans a lui aussi été membre du syndicat UGTE  durant ses études de mathématiques et de droit avant la révolution. Faouzi Jaballah est ensuite devenu représentant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) au sein d’un lycée de la cité Ettaddhamen, en banlieue de Tunis.

Il a milité dans les rangs de ce syndicat de 1999 à 2005, lorsqu’il a obtenu le barreau et intégré l’Association des jeunes avocats. Originaire de Sidi Bouzid, il est devenu membre d’Ennahdha en 2011 avant d’intégrer le bureau local puis régional de la Manouba, où il réside.

Faouzi Jaballah a par ailleurs été nommé conseiller du ministre de la Justice, Noureddine Bhiri, en 2012, puis du ministre de la Justice transitionnelle et des droits de l’Homme, Samir Dilou, l’année suivante. Il a également été tour à tour membre du bureau des élections et du bureau juridique du parti, jusqu’à entrer à la Choura en 2016 et présider son comité juridique. Membre de la commission de réformes depuis 2017, il a proposé une réorganisation du parti afin d’alléger ses structures et de le rendre plus efficace, mais aussi d’oeuvrer à une décentralisation que de nombreux cadres appellent de leurs voeux.

Mondher Ounissi, bureau des affaires sanitaires et sociales

Engagé depuis ses 17 ans auprès de la tendance islamique à Dahmani, Mondher Ounissi a milité au sein de la jeunesse écolière islamiste, avant de rejoindre l’UGTE lors de son entrée à l’université. Condamné à neuf ans de prison durant sa première année de médecine en 1987, il sera gracié au bout d’un an par Ben Ali et de nouveau condamné à six mois fermes en 1991. Il s’est alors consacré à son parcours de médecin spécialiste, avant de pratiquer de 1998 à 2002. 

Professeur de médecine à Tunis, il travaille également au service de médecine interne et néphrologie de l’hôpital Charles-Nicolle. Membre de la Choura depuis 2016, il a présidé la commission Santé. À 54 ans, il a récemment été médiatisé en temps que membre de la cellule nationale de lutte contre le Covid-19.

Mohamed Mohsen Soudani, bureau culturel

Désormais chercheur au Centre d’études et de recherches économiques et sociales (Ceres), Mohamed Mohsen Soudani, 55 ans, a été professeur agrégé et docteur en philosophie à Gafsa puis Kebili. Fils d’un ancien combattant, il a baigné dans une famille politisée. Son père s’est mobilisé contre le protectorat français en Tunisie puis la colonisation en Algérie, avant de rejoindre l’opposition à Bourguiba auprès de Salah Ben Youssef.

Membre du mouvement de la tendance islamique dès 1984, Mohamed Mohsen Soudani a été secrétaire général du bureau de Gafsa d’Ennahdha en 2011 avant d’intégrer la Choura en 2012. Deux ans plus tard, il est entré à l’Assemblée nationale constituante. Signataire de la pétition des Cent, il a appelle toujours à plus de démocratie interne et prône une ouverture sur l’universalité et la diversité.

Abdessatar Rejeb, bureau de l’Académie et du développement du leadership

Docteur en sociologie, maître de conférence à l’Institut supérieur des cadres de l’enfance à l’université de Carthage, Abdessatar Rejeb, 56 ans, a été chef de département à l’Institut national du travail et des études sociales. Il a publié plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse, les défis sociaux et la gouvernance.

Activiste au sein de l’UGTE, entré chez Ennahdha après la révolution, il est membre de la Choura depuis 2012. Coordinateur du programme électoral du parti en 2014, il fait partie de la commission ayant élaboré les réformes du dixième Congrès de 2016. Pétitionnaire, il appelle à un parti plus démocrate et « tunisien », dans la lignée de l’héritage de Khair-Eddine, Tahar Haddad ou Bourguiba, mais aussi à définir sa vision économique et sociale.

Abdelfattah Trimech, bureau des affaires des militants et de la justice transitionnelle 

Engagé de longue date dans la mouvance islamique, membre du groupe du Sahel, Abdelfatah Trimech, 58 ans, est décrit comme un militant de terrain et un stratège. Il a été membre du comité de pilotage du dixième Congrès d’Ennahdha et a rejoint la Choura en 2016.

Mohamed Goumani, bureau des organisations professionnelles 

Originaire de Beja et âgé de 61 ans, Mohamed Goumani, proche de la mouvance syndicale islamiste durant ses études d’histoire et de théologie, a milité dans les années 1980 au sein de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme. Il a également contribué à la revue culturelle 15/21 aux côtés de dissidents du mouvement de la tendance islamique (MTI), ancêtre d’Ennahdha, préoccupés par un renouveau de la pensée islamique.

C’est dans les rangs de l’éclectique Parti démocrate progressiste qu’il s’est engagé d’abord en politique, après avoir contribué à son journal Al Mawkef. Après la révolution, il a rejoint la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution au nom de son Parti de la réforme et du développement, nouvellement créé.

Il a rejoint Ennahdha en 2016 et intégré son bureau politique. Ses propos appelant les nahdhaouis à défendre les biens publics du pays et soutenir les forces de sécurité face aux mouvements de protestations violentes des derniers jours ont fait polémique.

• Mahmoud Jaballah, bureau de la société civile

Mahmoud Jaballah, un autre membre du MTI dès le début des années 1980, a obtenu un diplôme d’ingénieur en transports à l’école d’aviation de Borj El Amri. Originaire de Kairouan, il a milité avec les étudiants islamistes au sein de la faculté de gestion de Tunis et participé à la préparation de son premier Congrès.

En charge des jeunes et de la formation au sein du mouvement, il a été condamné à huit mois de prison en 1991, ce qui a interrompu sa carrière au sein de la société nationale des transports interurbains. Il intégrera finalement la société des boissons gazeuses, puis la société d’eau minérale dont il deviendra PDG.

Secrétaire général du bureau régional de l’Ariana en 2011, il a été promu gouverneur de Nabeul en 2012, puis membre de la Choura en 2016 et du bureau de la planification du parti.  Il compare approche islamique et approche conventionnelle de la gouvernance dans sa thèse soutenue à Sfax en 2020. À 60 ans, ce pétitionnaire appelle à donner un nouveau sang au parti.

Tahar Khir, bureau de l’enseignement supérieur

Mobilisé dans la mouvance islamique depuis 1975, il a participé à la création de l’UGTE. Diplômé de l’École normale supérieure de l’enseignement technique, il a suivi un doctorat en ingénierie énergétique à Paris. De retour en Tunisie en 1987, il a coordonné les activités du mouvement dans les universités jusqu’en 1999, date de son départ en coopération technique en Arabie saoudite.

Dix ans plus tard, il a retrouvé des responsabilités au sein d’Ennahdha en tant que coordinateur auprès de l’enseignement supérieur. Professeur en génie mécanique à Gabès, il a aussi exercé la fonction de conseiller du ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, de 2012 à 2014. À 62 ans, il est désormais directeur général des études technologiques au sein de ce même ministère. Avant d’entrer au bureau exécutif, il a rejoint la Choura en 2016.

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