Politique

RDC : Sylvestre Ilunga Ilunkamba visé par une motion de censure

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Mis à jour le 22 janvier 2021 à 18h56
Le Premier ministre congolais, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, lors du conseil des ministres du 29 novembre 2019.

Le Premier ministre congolais, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, lors du conseil des ministres du 29 novembre 2019. © DR / Primature RDC

Une motion de censure contre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, signée par plus de 300 députés, a été déposée ce vendredi. Sous pression depuis plusieurs mois, le Premier ministre se retrouve sur un siège éjectable.

Sylvestre Ilunga Ilunkamba vit-il ses derniers jours à la tête du gouvernement ? Un mois et demi après avoir fait chuter le bureau de l’Assemblée nationale, que dirigeait Jeanine Mabunda, les députés vont très prochainement être amenés à se prononcer sur l’avenir du Premier ministre congolais.

Une motion de censure a en effet été déposée, ce vendredi 22 janvier, à l’occasion de la séance plénière. Initiée par Chérubin Okende, député d’Ensemble pour le changement, la plateforme de Moïse Katumbi, cette motion a été signée par 301 élus. Elle dépasse donc le seuil de recevabilité, fixé au quart des effectifs de l’Assemblée nationale, c’est-à-dire 125 députés sur 500.

« Nous avions un peu temporisé parce que le Premier ministre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, avait été invité à démissionner, mais il ne l’a pas fait. Voilà pourquoi, nous avons décidé d’aller au bout de notre démarche. Nous confirmons que 301 signatures ont été réunies pour cette motion. La majorité de l’Assemblée nationale est pour le départ du Premier ministre », a expliqué Chérubin Okende.

Un vote possible dans 48 heures

Cette motion intervient alors que le chef du gouvernement est sous pression depuis plusieurs semaines. Issu – comme Mabunda – du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila, Ilunga Ilunkamba est en poste depuis le mois de mai 2019. Sa nomination avait à l’époque été âprement négociée.

Si la cohabitation avec le président Félix Tshisekedi a relativement bien démarré, la confiance entre les deux hommes s’est progressivement effritée, notamment après la promulgation, en juillet dernier, d’ordonnances induisant des remaniements au sein de l’armée et de la magistrature. Ces nominations avaient été entérinées sans le contreseing du Premier ministre, qui était alors en déplacement à Lubumbashi.

D’autres épisodes sont venus confirmer la rupture, comme le refus d’Ilunga Ilunkamba de participer à la prestation de serment des trois nouveaux juges de la Cour constitutionnelle, en octobre dernier.

Depuis le mois de décembre et l’annonce de la fin de la coalition que Tshisekedi formait avec Kabila, le camp du président congolais tente de pousser le chef de gouvernement à la démission. Le chef de l’État avait d’ailleurs tenté d’obtenir son départ dès le lendemain de l’officialisation de la rupture avec le FCC.

Les choses pourraient désormais se précipiter pour le Premier ministre. Selon la Constitution, le débat et le vote d’une motion peuvent avoir lieu quarante huit heures après le dépôt de la motion, sauf si le chef de gouvernement démissionne d’ici là. Contacté par Jeune Afrique, Julien Paluku, le ministre de l’Industrie, a déjà annoncé qu’il démissionnerait si le Premier ministre ne renonçait pas de lui-même à ses fonctions avant l’examen de la motion de défiance.

Boycott du FCC

L’éviction du Premier ministre, si elle se confirme, marquera un nouveau tournant pour Félix Tshisekedi, qui tente depuis plusieurs semaines de constituer une nouvelle majorité qui lui serait favorable. Nommé informateur le 1er janvier, Modeste Bahati Lukwebo a la charge d’identifier cette nouvelle majorité. Lors d’une récente conférence de presse, le patron de l’Alliance des forces démocratiques et alliés (AFDC-A), deuxième force politique du FCC avec 41 députés, a promis de rendre son rapport avant la fin du mois.

Alors que la session extraordinaire de l’Assemblée nationale doit prendre fin le 3 février, le programme des prochains jours s’annonce chargé. Les députés devaient ce vendredi procéder à l’identification de la composition de l’Assemblée nationale et à une déclaration d’appartenance à la majorité ou à l’opposition, exercice préalable à l’élection du nouveau bureau qui doit succéder à celui de Jeanine Mabunda.

Initialement inscrit à l’ordre du jour, ce point a finalement été reporté. Les députés ont néanmoins reçu le formulaire sur lequel ils devront préciser, d’ici au samedi 23 janvier, s’ils s’identifient comme appartenant à la majorité ou à l’opposition.

Opposés à cette démarche, les députés du FCC restés fidèles à Joseph Kabila ont quitté l’hémicycle peu avant le début de la séance. Selon eux, le bureau d’âge a refusé de prendre en compte leur motion d’ordre. « Aucune règle n’est respectée, regrette le député Félix Kabange Numbi. Si on veut se lancer dans ce type d’entreprise alors il faut procéder à des élections anticipées avant. Sinon la majorité est identifiée depuis le début de la législature. »

« Vous êtes venus tuer l’Union sacrée »

Une fois la configuration de l’Assemblée identifiée, la prochaine étape sera donc l’élection du nouveau bureau de l’Assemblée nationale, qui succédera à celui de Jeanine Mabunda. Cette dernière avait été destituée le 10 décembre dernier après le vote de plusieurs pétitions dirigées contre elle et son bureau.

Reste désormais à savoir qui présidera le nouveau bureau. Depuis plusieurs jours les tractations vont bon train. La volonté du président congolais est qu’il soit dirigé par l’un des transfuges du FCC. Christophe Mboso, l’actuel président du bureau d’âge, qui assure l’intérim à la chambre basse, fait partie des favoris.

Ces derniers jours, cette question a fait l’objet de nombreuses crispations entre les principales têtes d’affiche qui ont rallié Tshisekedi, à commencer par les opposants Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba. Lors d’une réunion qu’il animait avec les députés FCC qui ont rejoint Tshisekedi, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, le président intérimaire de l’UDPS, a affirmé que Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba avaient réclamé l’un la présidence de l’Assemblée nationale et l’autre, la Primature.

« Je leur ai tout de suite dit que ce n’était pas possible […]. J’ai été direct, je leur ai dit ‘Vous êtes venus tuer l’Union sacrée’ », explique-t-il. Ces déclarations ont par la suite polémique.

Si l’entente entre les différentes composantes de l’Union sacrée – venues d’un bout à l’autre du spectre politique – reste fragile, le vote de la motion de défiance et celui sur le nouveau bureau vont venir tester la fiabilité de cette nouvelle majorité qui se dessine à l’Assemblée.

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