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Burkina Faso : Bougouma, Ouaro, Ouédraogo… Les « quadras » de Kaboré

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Roch Marc Christian Kaboré, en juin 2016 au palais présidentiel, à Ougadougou.

Roch Marc Christian Kaboré, en juin 2016 au palais présidentiel, à Ougadougou. © DR / Présidence du Faso

Réélu pour un second mandat en novembre, le président Roch March Christian Kaboré a reconduit cinq ministres quadragénaires dans leurs fonctions. Portraits croisés de ces jeunes étoiles montantes.

Ils forment une sorte de « Club des cinq » au sommet de l’État burkinabè. Tous quadragénaires, tous ministres, tous au cœur du dispositif gouvernemental de Roch March Christian Kaboré. Déjà présents lors de son premier mandat, ils ont été maintenus à leurs postes à l’aube de son second, comme le Premier ministre Christophe Joseph Marie Dabiré, dont le nouveau gouvernement a été dévoilé début janvier.

Éric Bougouma (Infrastructures), Harouna Kaboré (Industrie), Stanislas Ouaro (Éducation), Bachir Ismaël Ouédraogo (Énergie), Séni Mahamadou Ouédraogo (Fonction publique) : cinq noms que les Burkinabè ont découvert sous la présidence de Kaboré et qui sont, aujourd’hui, des figures connues du gouvernement.

Après avoir donné satisfaction au chef de l’État lors du premier de ses deux bails au palais de Kosyam, tous ont été prolongés dans leurs ministères respectifs. Des portefeuilles clés, au cœur de son programme présidentiel, et dont dépendra largement le bilan final de Kaboré après une décennie à la tête du pays. D’où la nécessité, explique un de ses proches, d’y garder une certaine continuité.

Mais beaucoup, à commencer par les intéressés, voient aussi dans leurs nominations la volonté présidentielle de promouvoir la jeunesse. « Aucun dirigeant de la sous-région n’a responsabilisé autant de jeunes ministres à des postes si stratégiques, estime l’un d’eux. C’est un vrai pari, qui montre la confiance du président en la jeunesse. À nous de ne pas la trahir et de montrer qu’il a eu raison de faire ce choix audacieux. »

La majorité d’entre eux sont également des cadres montants de son parti, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Certains observateurs y voient même de potentiels futurs Premier ministres, voire d’éventuels successeurs au président en 2025. Autant de perspectives aussi lointaines que prestigieuses sur lesquelles les principaux concernés, en bons politiques, veillent à ne pas trop en dire au risque de paraître trop ambitieux…

• Éric Bougouma, ministre des Infrastructures et du désenclavement

Éric Bougouma, ministre burkinabè des Infrastructures et du désenclavement.

Éric Bougouma, • Éric Bougouma, ministre burkinabè des Infrastructures et du désenclavement. © DR / Gouvernement du Burkina Faso

En janvier 2016, il avait été un des premiers cadres à démissionner du CDP pour suivre Kaboré dans la création du MPP

Le ministre des Infrastructures fait un peu figure d’exception. Lorsqu’il a planché sur son nouveau gouvernement, Roch Marc Christian Kaboré a suivi un principe simple : tous les ministres en poste depuis le début de son premier mandat seront renouvelés, sauf s’ils ont montré leur engagement politique. Éric Bougouma est de ceux-là. Élu député MPP de la province du Ganzourgou en 2015, il a été réélu aux dernières législatives, qui se sont tenues en novembre, en même temps que la présidentielle.

Juriste financier de formation, Bougouma, 48 ans, est notamment passé par la Banque sahélo-saharienne pour l’investissement et le commerce (BSIC). C’est aussi un camarade de longue date de Kaboré. Outre le fait qu’ils viennent tous deux du Ganzourgou, leurs pères respectifs étaient très proches et ont noué des liens durables entre les deux familles.

Une proximité familiale que ne renie pas Bougouma, même s’il assure que cela n’interfère pas dans ses relations professionnelles avec le président. « Il est très rigoureux sur la séparation entre les questions de gestion de l’État et le reste », assure son ministre, qui le voit régulièrement en tête-à-tête.

Bougouma, qu’un de ses ex-collègues décrit comme un « fonceur », a toujours été un soutien de Kaboré. Avant d’être nommé à la tête du ministère des Infrastructures et du désenclavement dès l’arrivée au pouvoir de Kaboré, en janvier 2016, il avait été un des premiers cadres à démissionner du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) pour le suivre dans la création du MPP, en janvier 2014.

• Harouna Kaboré, ministre de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat

Harouna Kaboré, ministre burkinabè de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat.

Harouna Kaboré, ministre burkinabè de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat. © DR / Gouvernement du Burkina Faso

Proche de Chérif Sy, le ministre de la Défense, il est consulté par le chef de l’État sur les questions de diplomatie économique et de commerce

Lui aussi pourrait faire figure d’exception. Non pas parce qu’il est là depuis le début du premier mandat de Kaboré comme Bougouma, mais davantage par son profil atypique. Plusieurs de ses collègues le surnomment d’ailleurs le « ministre des insurgés », en référence à son engagement dans l’insurrection populaire contre Blaise Compaoré, en 2014. Ancien membre de l’Association nationale des étudiants burkinabè, le principal syndicat étudiant du pays, ce « diaspo » né en Côte d’Ivoire revendique volontiers sa différence.

« Je ne suis pas encarté. Je viens de la société civile et je suis resté moi-même. Je suis juste un jeune Burkinabè, dont le profil correspond aux attentes du président dans un domaine précis. Je ne suis pas plus méritant qu’un autre », clame le fondateur du think tank Burkina international, qui se concentre sur les questions de citoyenneté et de cohésion sociale.

Une posture qui n’empêche pas certains de percevoir en lui un vrai homme politique. S’il n’est pas membre du MPP, il a ainsi lancé son propre mouvement associatif, baptisé « Citoyen du renouveau ».

Proche de Chérif Sy, le ministre de la Défense, ainsi que des officiers loyalistes qui avaient fait échec à la tentative de putsch du général Diendéré en 2015, Harouna Kaboré, 43 ans, est consulté par le chef de l’État sur les questions de diplomatie économique et de commerce. Entré au gouvernement en janvier 2018, c’est aussi un ardent promoteur du « consommons et produisons Burkinabè », tel Thomas Sankara en son temps.

• Stanislas Ouaro, ministre de l’Éducation, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales

Stanislas Ouaro, ministre burkinabè de l’Éducation, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales

Stanislas Ouaro, ministre burkinabè de l’Éducation, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales © DR / Gouvernement du Burkina Faso

Il fait partie de ces ministres qui sont entrés à l’Assemblée nationale et bénéficient désormais d’une légitimité populaire

Il est régulièrement cité comme potentiel Premier ministre. Apprécié par le président Kaboré, avec lequel il entretient de bonnes relations, Stanislas Ouaro, mathématicien de formation, était le président de l’université Ouaga II de 2012 à 2018. Travailleur et réputé pour sa connaissance des dossiers, il était au cœur des négociations avec les syndicats d’enseignants avant d’être nommé ministre, en janvier 2018.

Après avoir rejoint le MPP peu après sa création, en 2015, il en est aujourd’hui membre du bureau exécutif et considéré comme une des ses personnalités montantes.

Élu député dans sa province d’origine du Mouhoun aux dernières législatives, Ouaro, 46 ans, fait partie de ces ministres qui sont entrés à l’Assemblée nationale et bénéficient désormais d’une légitimité populaire.

« Il est bon d’aller au contact des populations sur le terrain et de faire gagner le parti », explique-t-il. Assurant n’avoir « aucune ambition particulière », il affirme que son seul objectif est « de servir (son) pays et de travailler ardemment pour mettre en œuvre le programme du président ».

Choisi, entre autres, pour son approche appréciée avec les syndicats, Stanislas Ouaro souhaite renforcer encore le dialogue avec les partenaires sociaux de son ministère. Une mission qu’il partage avec Séni Mahamadou Ouédraogo, le ministre de la Fonction publique, avec lequel il entretient des relations personnelle et professionnelle étroites depuis plusieurs années – Ouédraogo était enseignant à l’université Ouaga II quand Ouaro en était le recteur.

• Bachir Ismaël Ouédraogo, ministre de l’Énergie, des mines et des carrières

Bachir Ismael Ouédraogo, ministre burkinabè de l’Énergie, des mines et des carrières.

Bachir Ismael Ouédraogo, ministre burkinabè de l’Énergie, des mines et des carrières. © DR / Gouvernement du Burkina Faso

Il se définit avant tout comme un « bon soldat » du président

À 41 ans, il est un des plus jeunes ministres de Roch Marc Christian Kaboré. Mais aussi un de ceux qui pilote un domaine primordial pour le développement du pays. Expert des énergies renouvelables, Bachir Ismaël Ouédraogo a été nommé ministre de l’Énergie en janvier 2018. Il a ensuite été promu en ce début de second mandat, ajoutant à son portefeuille ceux des mines et des carrières, deux secteurs majeurs de l’économie burkinabè.

Formé à Manchester, parfaitement bilingue, ce fils d’un grand planteur en Côte d’Ivoire fut un moment dans les sphères de Salif Diallo, l’ancien président de l’Assemblée nationale, décédé en 2017.

Tombé dans la politique dès son adolescence, lorsqu’il était au lycée, il a connu Roch Marc Christian Kaboré dans les années 2000. Il dirigeait alors la section élèves et jeunes du CDP, à l’époque présidé par l’actuel chef de l’État.

En 2014, Bachir Ismaël Ouédraogo rallie lui aussi le MPP créé par Kaboré. Blaise Compaoré parti, il est élu l’année suivante député de Kaya, sa région d’origine. Un mandat qu’il parvient à renouveler aux dernières législatives.

Aujourd’hui membre du bureau exécutif du MPP, il se définit avant tout comme un « bon soldat » du président. « Sans lui, nous n’aurions pas eu nos carrières. Il nous a fabriqué et nous fait confiance. La moindre des choses est donc de lui rendre honneur en faisant en sorte que son bilan soit reconnu par tous », estime le jeune ministre.

• Séni Mahamadou Ouédraogo, ministre de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale

Séni Mahamadou Ouédraogo, ministre burkinabè de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale.

Séni Mahamadou Ouédraogo, ministre burkinabè de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale. © DR / Gouvernement du Burkina Faso

Kaboré compte sur lui pour mener à bien un chantier auquel il tient : la réforme de l’administration publique

C’est le « théoricien » du gouvernement. Celui dont le profil universitaire et la profondeur d’analyse plaisent au chef de l’État, qui n’hésite pas à le consulter sur de nombreux sujets. Docteur en droit public, agrégé de l’université de Ouagadougou, le professeur Séni Mahamadou Ouédraogo est une des têtes pensantes de l’entourage présidentiel.

Bien qu’il ne soit pas spécialement engagé sur le terrain politique ou au sein du MPP, le natif de Divo, en Côte d’Ivoire, fait office de conseiller officieux de Kaboré. En coulisses, il était déjà à ses côtés lors de sa scission avec le CDP et la création du MPP, puis lors de la transition post-Compaoré. En janvier 2018, il débarque au gouvernement au poste exposé et sensible de ministre de la Fonction publique, dans un contexte marqué par des grèves régulières de fonctionnaires.

Maintenu à la tête de son ministère, le président compte sur lui pour mener à bien un chantier auquel il tient avant de quitter Kosyam : la réforme de l’administration publique et la gestion des carrières dans la fonction publique.

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