Politique économique

Yaw Ansu, Acet : « Nous ne croyons pas au syndrome hollandais »

Chaque jour, entre 600 et 700 tonnes d'huile sont mises en bouteilles dans la raffinerie d'huile de palme d'Abidjan du groupe Sifca. © Nabil Zorkot

Jeudi 3 avril, l'Acet a présenté son rapport sur la transformation de l'Afrique au siège de l'OCDE. L'organisme, basé à Accra, au Ghana, constate que l'industrialisation tarde à se concrétiser, mais affiche son optimisme.

À l’occasion du lancement du Rapport sur la transformation de l’Afrique, rédigé par le Centre africain pour la transformation économique (Acet), l’OCDE organisait une présentation-débat. La présentation du rapport, assurée par Kingsley Y. Amoako, président d’Acet, et par Yaw Ansu, économiste en chef d’Acet, a été suivie par un débat animé par un panel d’économistes, d’académiciens et de représentants du secteur privé.

L’Afrique ne se transforme toujours pas

L’occasion de revenir sur la thèse principale développée tout au long de cette étude : l’Afrique subsaharienne connaît certes une expansion économique, mais elle ne se transforme pas. Quelles actions faut-il mettre en place pour combattre le déficit de transformation ? Quelles voies explorer pour apporter les premiers éléments de réponse à l’industrialisation du continent ? Comment l’État et le secteur privé doivent-ils travailler ensemble ? Autant de questions auxquelles le rapport tente d’apporter certains éléments de réponse.

Le constat est sans appel : en quarante ans, malgré des progrès indéniables, il n’y a eu que peu de transformation de fond en termes de diversifications des exportations, de productivité du secteur manufacturier ou encore d’avancées technologiques. Les indicateurs sur le bien-être des populations n’ont même pas doublé en l’espace de quarante ans. La nécessité d’une croissance inclusive, en profondeur et durable, a été soulignée par l’ensemble des intervenants.

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DEPTH, un nouvel indicateur

Le rapport propose un premier élément de réponse face à ces enjeux de transformation sous la forme d’un acronyme, DEPTH (profondeur, ndlr) :

D pour Diversification des exportations et importations
E pour Exportations compétitives
P pour Productivité augmentée
T pour Technologie améliorée
H pour Humain et bien-être

L’étude présente plusieurs indicateurs permettant de mesurer ces éléments : les exportations hors industries extractives ou encore l’utilisation d’une technologie moyenne et/ou élevée au sein du secteur manufacturier. Ces indicateurs permettent d’affirmer que l’amélioration n’a été que très lente en termes de transformation depuis quarante ans sur le continent africain.

L’Afrique dispose de deux principaux avantages comparatifs, ses ressources naturelles d’un côté, et une main d’œuvre bon marché de l’autre.
Yaw Ansu, économiste en chef, ACET

Des pistes à explorer

Yaw Ansu a notamment insisté sur le rôle que pouvait avoir le tourisme, son impact sur l’emploi et ses conséquences positives sur les économies africaines. « L’environnement est propice à l’expansion de ce secteur. Or, cette voie n’a que peu été explorée et mériterait d’être étudiée plus en profondeur », a-t-il expliqué.

De même, si ce dernier a souligné l’importance des secteurs manufacturier et agricole, il a également exprimé son opinion sur le fameux « syndrome hollandais » : « Nous ne croyons pas au syndrome hollandais. La présence de ressources naturelles est une bénédiction et non pas une malédiction. L’Afrique dispose de deux principaux avantages comparatifs : ses ressources naturelles d’un côté, et une main d’œuvre bon marché de l’autre. Nous devons nous appuyer sur ces deux jambes pour amorcer notre développement. »

Voies pour la transformation

La présentation a également permis de mettre en avant la proposition de nouveaux indicateurs qui mesurent de façon concrète certains résultats en termes de développement et de croissance inclusive.

usines infoAinsi, une matrice résume le nombre d’usines implantées dans chacun des quinze pays étudiés dans le cadre de ce rapport, qui opèrent au sein de divers secteurs d’activités (chimie, textile, automobile, etc.). Cette matrice met en parallèle ces données avec celles des BRIC. L’Afrique du Sud tient le haut du pavé, suivie par le Kenya et le Nigeria (cf. image ci-contre). L’étude a en outre établi un classement des pays africains en fonction du degré de transformation. Ce classement place Maurice, l’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire dans le trio de tête.

Le besoin impérieux de l’investissement privé

Le panel est par la suite intervenu pour souligner certains points peu ou pas évoqués dans le rapport. Vanessa Jacquelin, économiste du département Afrique de l’Agence française de développement a évoqué la question du financement de ce développement et a regretté que « l’investissement réponde principalement à des logiques publiques, avec un secteur privé embryonnaire ».

Stephen Decam, directeur du Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian), a abondé dans son sens : « Selon moi, si nous ne devions choisir qu’un élément sur lequel nous concentrer pour amorcer cette phase de transformation, je citerais le secteur privé. Quand on interroge ce dernier sur les freins aux investissements, trois obstacles principaux reviennent : l’absence d’un État de droit, l’incohérence des politiques publiques et l’accès au financement. »

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Aïcha Gaaya, envoyée spéciale à l’OCDE

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