Politique

Togo : Nathaniel Olympio se mue en opposant 2.0

Réservé aux abonnés | | Par - à Lomé
Portrait de Nathaniel Olympio le 8 janvier 2019© Innocent Ketempi

Portrait de Nathaniel Olympio le 8 janvier 2019© Innocent Ketempi © Portrait de Nathaniel Olympio le 8 janvier 2019 © Innocent Ketempi

À la tête du Parti des Togolais (PT), l’opposant s’est mué en cyber-activiste, utilisant les réseaux sociaux pour contourner ce qu’il qualifie de « musèlement de la liberté de manifester ».

Entré presque par effraction dans la politique togolaise en 2014, alors qu’il n’avait milité dans aucun parti auparavant, Nathaniel Olympio est parvenu à prendre ses marques. Entre ses interventions sur les réseaux sociaux, les tribunes et autres lettres ouvertes qu’il signe dans les médias togolais, il ne manque aucune occasion de réagir à une déclaration du gouvernement.

Devenu président du Parti des Togolais (PT) en 2016, après avoir succédé à son jeune frère Alberto Olympio condamné à 60 mois de prison dans une affaire de malversation, l’opposant dénonce le « musèlement du droit de manifester ». Et se pose désormais en cyberactiviste.

« Le régime en place a pris le prétexte du fléau sanitaire pour interdire les manifestations, réunions,… En somme, tout ce qui relève de la liberté publique, déplore Nathaniel Olympio. À défaut de pouvoir organiser des meetings, le canal de prédilection pour communiquer avec la jeunesse reste les réseaux sociaux. »

Un engament né à la mort d’Eyadéma

Son militantisme virtuel prend un tournant en septembre 2019, avec une cible toute trouvée : le Plan national de développement, qualifié de « mirage » par l’opposant. « Le PND ne changera rien à la mauvaise gouvernance économique et politique ! Ce plan est un leurre, tout comme les multiples autres qui l’ont précédé », martèle-t-il sur les réseaux.

Un environnement dont il maîtrise les ramifications techniques. Nathaniel Olympio, 62 ans, a étudié à l’École Centrale de Paris et est aussi passé par l’école d’ingénierie informatique de l’Université Paris VII. Spécialiste des systèmes d’information, il a effectué toute sa carrière dans le secteur privé : un temps ingénieur chez Unisys, il fut aussi directeur de produit au sein d’Olivetti et administrateur d’Axxend Côte d’Ivoire.

Son engagement politique naît en 2005. Le Togo d’alors est secoué par de violents troubles sociopolitiques après la mort de Gnassingbé Eyadéma. De ces troubles naît l’idée, chez Nathaniel Olympio et son jeune frère Alberto, de fonder leur parti. Leur ambition se concrétisera presque dix ans plus tard, en 2014.

« L’absence d’évolution de la situation sociopolitique depuis 2005 et l’échec des grandes manifestations de 2012, organisées par le Collectif Sauvons le Togo, ont été les déclics du lancement de notre formation politique », avance l’opposant. Mais lors de la présidentielle de 2015, Alberto Olympio, alors président du parti, se ravise. Arguant du manque de transparence du scrutin, il retire sa candidature. Quelques semaines plus tard, il prend « acte de la victoire » de Faure Gnassingbé.

« Manifestations, négociations et transition »

Cet épisode les a-t-il conduit à changer de stratégie ? Nathaniel Olympio, qui a repris les rênes du PT après la condamnation de son frère – un « procès politique », selon ses partisans et sa formation – , se montre désormais sceptique sur l’opportunité, pour l’opposition, de participer à des élections. « Nous n’avons pas besoin d’élections pour vivre en démocratie, mais nous avons besoin de démocratie pour organiser de bonnes élections », soutient-il.

L’ancien ingénieur mise davantage sur « un sursaut de la population », et se dit impatient de voir un nouveau bras de fer s’engager avec les autorités. « Notre schéma est clair : manifestations, négociations et transition pour mettre en place des institutions fortes pour un Togo nouveau, veut croire l’opposant. Le gouvernement togolais peut chercher à interdire les manifestations, il n’éteindra jamais par la force le cœur vaillant des Togolais. Tant que la démocratie ne sera pas instaurée, le peuple continuera la lutte, inlassablement. »

En attendant, l’opposant occupe le terrain numérique, non sans provoquer les railleries de ses détracteurs. « Nathaniel Olympio n’est qu’un pseudo politicien qui se mue en activiste sur les réseaux sociaux, faute de militants ou d’adhérents », tacle une source au sein de l’Union pour la République (UNIR) de Faure Gnassingbé, qui concède toutefois que si « la stratégie est efficace, elle ne l’est pas autant que des manifestations et finira par buter sur le désamour des Togolais pour la politique ».

Passionné de biographies, Nathaniel Olympio sait que parfois, en politique, la route peut être longue et solitaire. Et veut croire en l’appétence des Togolais pour la chose publique.

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