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Naissance de l’Union du Maghreb arabe

| Écrit par Abdallah Ben Ali

Les cinq hommes montés à bord de la Cadillac Fleetwood découverte qui, sous un soleil printanier, sillonne, en ce début d’après-midi du 17 février 1989, les principales artères de Marrakech sont de bonne humeur. Debout, ils arborent un large sourire et saluent la foule qui les acclame en brandissant leurs portraits. Le roi Hassan II et ses hôtes l’Algérien Chadli Bendjedid, le Tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, le Mauritanien Maaouiya Ould Taya et Libyen Mouammar Kadhafi viennent de parapher le traité constitutif de l’Union du Maghreb arabe (UMA). Ils se dirigent maintenant vers l’historique mosquée de Koutoubia pour y accomplir ensemble la prière du vendredi et donner ainsi une onction religieuse aux engagements pris.

Chacun semble avoir trouvé son compte dans le document. Le texte reprend les recommandations du premier sommet maghrébin tenu à Zéralda dans la banlieue algéroise le 10 juin 1988. Le nouvel ensemble régional sera un regroupement économique et non pas une union politique contrairement aux vux du « Guide » libyen. Ses initiateurs, prenant modèle sur la Communauté économique européenne (CEE), ont décidé de le doter d’un conseil présidentiel composé des chefs d’État avec une présidence tournante pour une période de six mois. L’UMA aura aussi un conseil des chefs de la diplomatie, un comité de suivi au sein duquel siégera un membre de chaque gouvernement, un conseil consultatif composé de dix parlementaires de chaque pays (quota relevé à 20 puis à 30), un organisme judiciaire comprenant deux juges par pays et qui sera habilité à arbitrer les litiges éventuels entre les États membres. Il aura enfin son secrétariat général permanent, comme le souhaitaient les Tunisiens.
Peu enthousiaste pour le projet auquel il reproche, entre autres, d’avoir exclu ses « frères » subsahariens, le colonel Kadhafi finira par obtenir que « les autres États de la Nation arabe et de la communauté africaine puissent adhérer au présent traité si les États membres l’acceptent » (article 17). Le président Bendjedid n’était pas étranger à ce compromis. Trois jours avant la rencontre, le chef de l’État algérien s’était envolé à Misrata en Libye pour convaincre Kadhafi, encore hésitant, de prendre part au sommet. C’est le même Bendjedid qui, avec sa « vision lucide et généreuse » pour reprendre une formule du quotidien Al Moudjahid, décide alors de « transcender les dissensions et les contingences de l’heure » avec le voisin marocain à propos du Sahara occidental. En effet, l’article 17 du traité, qui stipule que « les États membres s’engagent à ne tolérer sur leur territoire aucune activité ou mouvement pouvant porter atteinte à la sécurité ou à l’intégrité territoriale d’un État membre », reflète, aux yeux des observateurs, le renoncement algérien à aider les indépendantistes du Polisario.
Partout dans la région, on semble prendre conscience des mutations en cours à l’échelle mondiale. Face à l’effondrement du bloc communiste et de l’émergence d’un monde unipolaire dominé par les États-Unis ; face à l’Europe qui s’unifie, les États maghrébins n’ont d’autre choix que le regroupement. La même logique prévaut au Machrek. Deux jours avant la naissance de l’UMA, l’Égypte, l’Irak, la Jordanie et le Yémen se sont rassemblés au sein du Conseil de coopération arabe.

L’UMA tiendra six sommets et adoptera bon nombre de conventions, mais ses activités seront totalement gelées en 1995 après une nouvelle crise entre Rabat et Alger, traduite notamment par la décision du Maroc d’imposer des visas d’entrée aux Algériens et la fermeture par l’Algérie des frontières terrestres entre les deux pays. Victime d’un embargo international depuis 1992, la Libye affiche son désintérêt pour l’institution, reprochant aux autres membres leur « manque de solidarité ».
En 1999, année qui marque l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika aux affaires en Algérie et la fin de l’isolement de Tripoli, les comités ministériels de l’UMA reprennent leurs réunions. Mais, jusqu’ici, l’organisation n’a toujours pas rassemblé son conseil, rouage encore enrayé par le « grain de sable » saharien.

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