Politique

Cameroun : les activistes anti-Biya reprennent du service à Paris

Réservé aux abonnés | | Par - à Yaoundé
Mis à jour le 19 janvier 2021 à 15h20
L’ambassade du Cameroun, rue d’Auteuil, à Paris, le 14 mai 2020.

L'ambassade du Cameroun, rue d'Auteuil, à Paris, le 14 mai 2020. © Vincent Fournier /JA

Une campagne d’affichage hostile au président camerounais lancée en France suscite l’ire de Yaoundé et accroît la défiance entre le pouvoir et les activistes de la diaspora.

La pandémie de Covid-19 n’aura pas eu raison du mouvement de « résistance » anti-Biya de la diaspora camerounaise de France. Depuis presque un mois, les activistes basés à Paris bravent les températures hivernales pour déployer, dans les rues de la capitale et en Île-de-France, une campagne d’affichage hostile au président camerounais.

Des montages photos, accompagnés parfois de slogans « Paul Biya assassin », montrent le chef de l’État et son épouse maculés de sang. À côté d’eux apparaissent des cadavres et des militaires de l’armée. Une évocation spectaculaire et sanglante de la crise qui secoue les régions anglophones du pays.

Aucun groupe d’activistes connu n’a revendiqué cette opération, remarquée à la fois dans l’Hexagone et au sein du pouvoir camerounais. « Ce n’est pas une œuvre de la Brigade anti-sardinards (BAS) », se défend Stéphane Tchombou, un activiste politique proche de ce principal mouvement d’opposition de la diaspora.

Selon lui, il s’agirait plutôt de l’action d’un des nombreux groupes d’activistes qui essaiment désormais dans toute l’Europe et dont la plupart ont choisi « d’œuvrer dans l’anonymat afin d’éviter des ennuis judiciaires ». Des hommes et femmes qui n’appartiennent officiellement à aucun parti politique, et qui prétendent défendre l’instauration au Cameroun « d’un État de droit dans lequel les aspirations des citoyens sont au centre des préoccupation des politiques ».

Le MRC pointé du doigt

L’absence de revendication n’a pas empêché à cette campagne de mettre fin aux bonnes relations observées entre le nouvel ambassadeur du Cameroun en France, André Magnus Ekoumou, et certains ressortissants de la diaspora.

Dans un communiqué rendu public le 14 janvier, le diplomate est en effet sorti de la tempérance qui le caractérise pour porter des accusations fermes contre les auteurs présumés de cette action. « Cette campagne a été orchestrée par des partisans d’un parti politique bien connu et a pour but de ternir l’image de marque du Cameroun et de son illustre chef », a-t-il écrit, faisant une référence à peine voilée au Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto, à qui le gouvernement prête des accointances avec les groupes d’activistes de la diaspora.

Des accusations qui tranchent avec le discours tenu par cet ancien proche collaborateur du président Paul Biya lors de son installation officielle comme ambassadeur du Cameroun en France, le 7 octobre. Ce jour-là, le diplomate avait notamment affirmé avoir été « mis en mission pour rassembler et apaiser tous les membres de la communauté camerounaise pour les rasséréner, booster leur moral et les placer en pôle position dans la conquête des espaces socio-économiques et commerciaux internationaux ».

Stéphane Tchombou dénonce « une démarche malhonnête » des autorités camerounaises, qu’il juge en contradiction avec leur propre discours. « Nous avons un ambassadeur qui prétend vouloir rassembler les Camerounais. Or, lors de sa première rencontre avec les membres de la diaspora, les invités ont été triés sur le volet. Il n’a jamais demandé à nous rencontrer afin que nous lui présentions ce que nous attendons d’eux », assure-t-il.

« Nous devons nous parler »

Yaoundé prend pourtant très au sérieux les velléités contestataires de ces activistes politiques de la diaspora. Si, dans son discours de fin d’année, Paul Biya s’est contenté d’interpeller la frange de la diaspora anglophone, accusée de financer les groupes séparatistes, le gouvernement et le Parlement s’activent à trouver des solutions pour répondre aux problématiques des Camerounais de l’étranger.

Le Réseau des parlementaires de la diaspora et de la coopération décentralisée (REP-COD) multiplie ainsi les rencontres avec les institutions camerounaises en vue de mettre en place une plateforme devant rassembler les différentes organisations de la diaspora.

« Nous sommes les enfants d’un même pays et nous devons nous parler, affirme le député Louis Henri Ngantcha, le président du REP-COD. Du secrétaire général de la présidence aux ministres que nous avons rencontré, tout le monde est prêt à accorder une attention adéquate aux doléances de nos enfants et frères de l’extérieur. Il faut toutefois qu’ils soient un peu patients, le temps que nous déployions l’ensemble de nos actions. »

L’initiative séduit, mais les faiblesses du plaidoyer du réseau des Camerounais de la diaspora sont vite relevées. « Nous avons beaucoup de respect pour ce réseau et son président. Malheureusement, il ne peut porter une partie de nos aspirations », affirme un autre membre de la BAS. Les activistes de la diaspora posent en effet comme préalables à une accalmie durable « un cessez-le-feu en zone anglophone et un réexamen du code électoral ».

« Notre réseau se veut apolitique. Nous ne sommes fermés à aucun sujet, mais il faut les prioriser. L’objectif premier est d’éliminer les écueils qui empêchent que les nôtres participent pleinement au développement économique du pays », affirme Louis Henri Ngantcha.

Les activistes de la diaspora n’entendant visiblement pas faire baisser la pression, l’apaisement tant souhaité par Yaoundé dépendra donc de sa capacité à poser des gestes concrets vis-à-vis de cette nouvelle catégorie d’opposants qui dispose d’un champ d’action bien plus large que celui de ceux de l’intérieur.

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