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Les dérives d’une presse racoleuse

Par - Luc Olinga
Mis à jour le 13 mars 2006 à 13:51

« La liste des pédés », « Le top 50 des homosexuels présumés du Cameroun », « Homosexualité au sommet de l’État » : en plus de faire la part belle au sensationnel, Nouvelle Afrique, L’Anecdote et La Météo n’ont pas hésité à employer un ton volontairement graveleux dans leur chasse à l’homo. L’objectif était, évidemment, d’aguicher le client. Mission accomplie apparemment : les numéros racoleurs, normalement vendus 300 F CFA l’exemplaire, se sont arrachés à prix d’or, jusqu’à 5 000 F CFA. Des photocopies ont également circulé au marché noir. Quant aux tirages, ils ont explosé : « Il y a très longtemps que nous ne dépassions pas les 5 000 exemplaires. Depuis que nous traitons de l’homosexualité, nous atteignons les 20 000 », s’est félicité François Bikoro Obah, le rédacteur en chef de L’Anecdote, une publication qui se revendique « hebdomadaire d’enquêtes et d’informations »… Comble de la réussite commerciale de ces journaux : avoir réussi à faire de leur parution un événement en soi, en transformant un non-sujet en véritable feuilleton. Mais, s’il permet de réaliser de belles opérations commerciales, le recours à de telles pratiques s’est attiré les foudres de Reporters sans frontières (RSF). Dans une tribune publiée le 17 février dans la plupart des journaux camerounais, l’association dénonçait un « […] journalisme […] [qui] s’apparente au lâcher de tracts anonymes ou au règlement de comptes, mais sûrement pas à l’indispensable liberté de critiquer dont doivent bénéficier les médias dans les sociétés démocratiques ».
Un camouflet qui n’a pas l’air d’avoir suscité une quelconque remise en question des « médias de la haine » de Douala, comme les surnomme RSF. Après les homosexuels, ces derniers ont d’ores et déjà embrayé sur des « enquêtes » dénonçant « les fonctionnaires milliardaires » ainsi que « le retour des francs-maçons ». Plus grave encore : leur conception du journalisme semble faire école, puisque certaines publications ivoiriennes ont annoncé qu’elles allaient les imiter.