Mines

Maroc : Imad Toumi, le chercheur d’or « surdiplômé » de Managem

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Imad Toumi cumule plus de vingt ans d’expérience dans la gestion de projets industriels.

Imad Toumi cumule plus de vingt ans d’expérience dans la gestion de projets industriels. © Managem

Docteur en mathématiques et ex-HEC, cet ancien d’Areva et de La Mancha veut doper la production d’or subsaharienne du groupe marocain. Portrait.

À son arrivée il y a quatre ans, Imad Toumi, 57 ans, était le premier PDG de Managem issu d’un autre groupe. À l’inverse de son prédécesseur, Abdellaziz Abarro qui a dirigé cette entreprise minière pendant plus de douze ans et effectué pratiquement toute sa carrière chez Al Mada (anciennement SNI, la maison mère du groupe minier) , ce diplômé de la prestigieuse école française Polytechnique n’avait jamais encore travaillé pour le holding royal. Qui plus est, diriger Managem était sa première expérience de management d’entreprise au Maroc, son pays natal.

« Même s’il a été choisi personnellement par Hassan Ouriagli, PDG de SNI depuis 2014, il existait certaines craintes relatives à la capacité d’adaptation d’Imad Toumi, fort heureusement vite dissipées», se souvient une analyste spécialiste du secteur des mines. Au sein d’un groupe, il n’est jamais facile de faire parler les gens de leur patron mais l’on estime que le changement est intervenu au bon moment.

Une grande expérience en Afrique

« Il y avait besoin de renouveau. Imad Toumi venait d’un grand groupe étranger et possédait une grande expérience en Afrique, ce qui rejoignait les ambitions de Managem », nous explique un fin connaisseur du leader minier marocain, qui ajoute que le dirigeant a trouvé sur place une équipe aguerrie et compétente pour l’entourer. Réputé pour son ouverture d’esprit et sa placidité, Imad Toumi est fidèle à la tradition des grands patrons marocains, limitant ses prises de paroles et cultivant une discrétion absolue.

Il cumule plus de vingt ans d’expérience dans la gestion de projets industriels

Avant de prendre les rênes de la compagnie marocaine, ce fort en thème – il est également titulaire d’un doctorat de mathématiques et d’un MBA à HEC – cumule plus de vingt ans d’expérience dans la gestion de projets industriels dans le domaine de l’énergie et des mines.

Il a commencé sa carrière comme chef de service au Commissariat français à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), avant de déménager en 2002 en Normandie, à La Hague, où se trouvait le centre de traitement du combustible nucléaire du groupe Orano (anciennement Areva). Le Casablancais a passé onze ans au sein du groupe public français, dont presque six à sillonner l’Afrique pour la branche minière, dévolue à l’extraction d’uranium.

Après une première expérience en Afrique du Sud, on lui a confié le développement de plusieurs projets miniers sur le continent : au Niger, en Namibie ainsi qu’en Centrafrique. En 2013, il rejoint le minier canadien La Mancha, entreprise aurifère du milliardaire égyptien Naguib Sawiris, au côté de Sébastien de Montessus également un ex-Areva avant qu’il soit débauché par Managem. « C’est cette dernière expérience qui a sûrement tapé dans l’œil des dirigeants d’Al Mada, en plus évidemment de la connaissance de l’Afrique qui est un prérequis pour ce poste », estime notre analyste.

Dans le milieu, un patron minier est jugé sur sa capacité à garder son sang-froid

En ligne de mire : 7 tonnes d’or par an

Avant de prendre sa retraite, Abdellaziz Abarro avait initié un virage stratégique, validé par l’actionnaire majoritaire qui aspire à faire de Managem un acteur important dans le secteur aurifère au sud du Sahara. C’est d’ailleurs l’ancien PDG qui a préparé le terrain pour la mine de Wadi Gabgaba, dans le Nord-Est du Soudan, ainsi que pour le mégaprojet de Tri-K en Guinée. Une stratégie dont Imad Toumi a hérité et qu’il poursuit.

Le groupe devrait produire à moyen terme autour de 7 tonnes d’or annuelles. Très loin, certes, des majors comme Barrick et  AngloGold Ashanti, mais Managem n’avait extrait que 600 petits kilos en 2018. « La stratégie aurifère est essentielle pour nous. Nos activités couvrent plusieurs métaux, et notre portefeuille doit absolument être diversifié pour atténuer l’impact de la forte volatilité et de la fluctuation des cours », nous expliquait Imad Toumi au début de 2019.

« Dans le milieu, un patron minier est jugé sur sa capacité à affronter des fluctuations de cours et des crises souvent violentes ; en gardant son sang-froid, en mettant en place une stratégie réaliste et en tenant ses engagements opérationnels. En la matière, Imad Toumi a clairement démontré ses compétences », fait valoir un connaisseur du groupe. Après un exercice 2019 marqué par la chute des cours, Managem a pu faire le dos rond, avant de profiter d’un retour au beau fixe des cours du métal jaune en 2020, ce qui a fait progresser son chiffre d’affaires… et son cours boursier. L’an passé, l’entreprise minière a d’ailleurs été l’une des valeurs les plus en vue de la Bourse de Casablanca.

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