Justice

Gabon : comment Brice Laccruche Alihanga place l’ONU au cœur de sa stratégie de défense

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Brice Laccruche Alihanga au Plaza Athénée, à Paris, en juin 2018

Brice Laccruche Alihanga au Plaza Athénée, à Paris, en juin 2018 © DR

Si l’instruction concernant l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba est au point mort, Brice Laccruche Alihanga est décidé à poursuivre son combat judiciaire. Et il mise beaucoup sur les Nations unies.

Selon nos sources, Brice Laccruche Alihanga (BLA), détenu depuis décembre 2019 pour des soupçons de détournements de fonds, a retrouvé « l’envie de se battre » depuis fin novembre 2020. D’abord très affecté par sa détention – il avait tenté de mettre fin à ses jours en avril 2020 –, il a « remonté la pente » et compte bien affronter « ceux qui l’ont abandonné », affirme l’un de ses proches, qui a pu entrer brièvement en contact avec lui.

Si l’ancien directeur de cabinet du président Ali Bongo Ondimba n’a toujours pas l’autorisation de recevoir de visites, notamment de son avocat, Me Anges Kevin Nzigou, il mise sur une nouvelle stratégie pour convaincre la justice de son innocence.

Détention « arbitraire » ?

Au cœur de ce plan, une décision de justice. Le 24 novembre, le groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a en effet rendu un avis sur le sort de BLA et de quatre de ses co-détenus, son frère Grégory Laccruche Alihanga, Patrichi Christian Tanasa, Julien Engonga Owono et Geaurge Ndemengane Ekoh.

Leur « privation de liberté (…) est arbitraire en ce qu’elle est contraire aux articles 9 et 10 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et aux articles 9 et 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques », a écrit l’organe onusien, saisi au début de 2020 par Anges Kevin Nzigou. Le groupe des Nations unies a demandé des informations aux autorités gabonaises le 20 février 2020 et Libreville a envoyé ses arguments le 20 mai (après avoir réclamé un délai début avril). Mais ceux-ci n’ont pas suffi.

L’affaire pourrait donc se déporter sur un terrain plus diplomatique. Le Gabon entame en effet en 2021 un mandat de deux ans comme pays membre du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, dont dépend le groupe de travail sur la détention arbitraire.

« Libération immédiate » et enquête

Or, ce groupe demande dans son avis du 24 novembre « au gouvernement du Gabon de prendre les mesures nécessaires pour remédier sans délai à la situation des cinq personnes susmentionnées » et estime, en particulier « dans le contexte actuel de la pandémie mondiale », que « la solution appropriée consisterait à [les] libérer immédiatement et à leur accorder un droit exécutoire à une indemnisation et à d’autres réparations ».

Surtout, dans le même document, les juristes onusiens réclament une enquête « complète et indépendante » sur les circonstances entourant la détention de BLA et consorts, « ainsi que sur les allégations de torture et de mauvais traitements ». Selon nos informations, ils ont également saisi les rapporteurs spéciaux de l’ONU sur l’indépendance des juges et des avocats, ainsi que sur la torture.

Le groupe de travail espère utiliser la position de Libreville au Conseil des droits de l’homme pour accentuer la pression. « En tant que membre élu du Conseil des droits de l’homme de 2021 à 2023, le Gabon est bien placé pour démontrer son engagement en faveur des droits de l’homme en invitant le groupe de travail à effectuer une visite [sur son territoire] », plaide-t-il.

« C’est un avis, pas une injonction », selon la présidence

Les autorités gabonaises n’ont pour le moment pas répondu à cette demande. « Le groupe de travail émet un avis, qui n’est en rien une injonction. Pour nous, il n’y a pas de détention arbitraire », a déclaré une source à la présidence, contacté par Jeune Afrique. « Ils peuvent saisir les autorités compétentes de notre pays s’ils estiment qu’une procédure a été mal conduite », a-t-elle ajouté.

Début janvier, Anges Kevin Nzigou a adressé une correspondance à la Première ministre Rose Christiane Osouka Raponda pour lui rappeler l’avis du groupe de travail, courrier dont il a adressé copie le 12 janvier à l’ambassadeur de France, Philippe Autié, à la représentante de l’Union européenne, Rosario Bento Pais, et à la commission nationale des droits de l’homme à Libreville.

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