Mines

Avec le rachat du français Alteo, Fadi Wazni veut rapatrier en Guinée la transformation de la bauxite

Réservé aux abonnés | | Par - à Conakry, avec Nelly Fualdes
Mis à jour le 15 janvier 2021 à 10h45
Usine Alteo de Gardanne, dans le sud d ela France.

Usine Alteo de Gardanne, dans le sud d ela France. © Ian HANNING/REA

Après la reprise du numéro un mondial d’alumine de spécialité, le président franco-guinéen du conseil d’administration de la Société minière de Boké, Fadi Wazni, compte développer une raffinerie en Guinée.

Le plan de rachat par le guinéen UMS – United Mining Supply – de l’industriel français Alteo, numéro un mondial d’alumine de spécialité, en redressement judiciaire depuis décembre 2019, a été validé le 7 janvier par le tribunal de commerce de Marseille.

Déjà présent dans l’exploitation de la bauxite à travers la Société minière de Boké (SMB) dans laquelle son groupe UMS est associé – à hauteur de 30 % –  au singapourien Winning Shipping et au chinois Shandong Weiqiao, le Franco-Guinéen Fadi Wazni, né au Liban, s’assure donc le contrôle d’une grande partie de la filière, en intégrant la transformation finale du minerai.

L’industriel, qui projetait déjà de construire en Guinée une raffinerie d’alumine, vise désormais une transformation de qualité supérieure, allant jusqu’à l’alumine de spécialité utilisée dans la fabrication des écrans de smartphones ou des batteries de voitures électriques notamment.

Une « démarche naturelle » d’intégration de la filière

« C’est une démarche naturelle, a-t-il confié à Jeune Afrique. Alteo a une histoire et un savoir-faire exceptionnel. Nous étions initialement en pourparlers pour leur vendre de la bauxite, mais comme ils étaient en difficultés, on a jugé utile de saisir cette opportunité puisque nous sommes l’un des plus grands producteurs de bauxite au monde et que nous allons développer une raffinerie en Guinée. »

Son projet, pour lequel il assure engager plusieurs dizaines de millions d’euros, entre la transaction proprement dite, l’apurement des dettes d’Alteo et les investissements – notamment 30 millions d’euros pour mettre en service un nouveau four de fabrication d’alumines à très forte valeur ajoutée – prévoit la fermeture de l’unité de raffinerie de bauxite en alumine sur le site de Gardanne, dans le sud de la France, au profit d’une importation d’alumine.

Pour la région de Marseille, c’est un soulagement. D’une part, parce que Fadi Wazni, dont l’offre a été préparée notamment par le cabinet KPMG, s’est engagé à « tout faire » pour maintenir les 480 emplois d’Alteo, malgré la fermeture de cette unité qui concernait 98 postes. « Nous avons entre douze et dix-huit mois pour les reclasser. Certains se verront proposer de venir en Guinée ou ailleurs sur des contrats d’expatriation, d’autres pourront intégrer certaines activités qui sont actuellement sous-traitées », commente le repreneur.


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Risques de pollution

Surtout, les riverains se réjouissent aussi de la disparition d’un processus de transformation très polluant, producteur de boues rouges, rejetées pendant des années dans la Méditerranée avant d’être stockées à ciel ouvert, au grand dam des populations.

Pourtant, François-Michel Lambert député écologiste de la circonscription, s’inquiète : « Cela revient à exporter ce qui a été ici un réel problème de pollution dans un cadre qui n’est pas rassurant, ni du point de vue environnemental, ni du point de vue social », confie-t-il à Jeune Afrique, dénonçant « les problèmes que cause, à Fria, la raffinerie du russe Rusal ».

L’élu s’inquiète également du maintien des 98 emplois. « Il n’y a aucune garantie pour ces gens, dont le savoir-faire et l’expérience font pourtant toute la valeur de l’entreprise », regrette-t-il.

« Conquérir plus de marchés »

Des inquiétudes que balaye Fadi Wazni : « Pour ceux qui disent qu’on va venir polluer sur le continent, je répondrais que dans un premier temps, l’alumine que nous allons importer viendra d’Allemagne » (en attendant la construction de la raffinerie de la SMB, ndlr). Et ensuite, poursuit-il, « nous utiliserons les moyens modernes de séchage et de décontamination de l’eau, de nouveaux procédés utilisés en Allemagne ».

L’industriel, qui a mobilisé les fonds nécessaires à son offre de rachat auprès de différents banquiers, assure aussi que l’extension de l’usine de Gardanne – prévue dans le plan de reprise – la rendra plus compétitive. « On va investir pour augmenter sa capacité et conquérir plus de marchés, et pouvoir ainsi financer des opérations dépolluantes. Nous sommes engagés dans des projets chiffrés à des milliards de dollars en Guinée, dans la bauxite, mais aussi pour le développement du mégaprojet de fer du Mont Simandou. On a la confiance des banquiers, des institutions financières », assure-t-il.

Si huit concurrents s’étaient au départ positionnés pour la reprise d’Alteo, ancienne propriété du groupe anglo-australien Rio Tinto, revendu en 2012 au fonds d’investissement américain HIG Capital, UMS a été le seul à se maintenir jusqu’au bout du processus, les autres candidats s’étant retirés. Le tribunal a jugé que le nouvel actionnaire du groupe avait « une capacité d’autofinancement suffisante pour lui permettre de faire face aux engagements prévus par le plan de poursuite ».

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