Politique

Présidentielle au Bénin : Joël Aïvo ira « jusqu’au bout »

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Mis à jour le 22 janvier 2021 à 09h31
Joël Aïvo, premier candidat officiel à l’élection présidentielle béninoise de 2021.

Joël Aïvo, premier candidat officiel à l'élection présidentielle béninoise de 2021. © Cesar Gaba pour Jeune Afrique

Premier candidat déclaré de la prochaine élection en avril, le professeur de droit Joël Aïvo a été l’un des détracteurs de la réforme constitutionnelle réalisée par Patrice Talon. Mais son indépendance limite ses chances et suscite des interrogations sur ses motivations.

Personne ne le donne favori pour le scrutin présidentiel d’avril. Mais l’ex-syndicaliste étudiant des années 1990, qui s’est toujours fait remarquer par sa liberté de ton, n’en prend pas ombrage.

En septembre, Joël Aïvo (47 ans), qui fut l’un des poils à gratter du régime de Boni Yayi (2006-2016), pourfendant la mauvaise gouvernance et le « manque d’ambition pour le pays », a été le premier à se déclarer candidat. Nommé porte-parole de la commission chargée en 2016 de faire des propositions de réformes politiques et institutionnelles, l’ancien directeur de cabinet et porte-parole d’Adrien Houngbédji, leader du PRD (2006-2011), a aussi pris ses distances avec le président Talon, devenant un farouche opposant à la réforme constitutionnelle finalement adoptée en novembre 2019.

Sortir le président de son « aquarium »

Bien que ne se revendiquant d’aucune chapelle politique, ce professeur, élu en 2016 doyen de la faculté de droit et de sciences politiques de l’Université d’Abomey-Calavi, est très présent dans les médias et sur Facebook, qu’il utilise volontiers comme une tribune pour critiquer la gouvernance du chef de l’État. Un domaine qu’il connaît bien.

En 2006, il avait soutenu une thèse en droit public consacrée à la fonction du président de la République en Afrique. Reconnu pour ses compétences — il a participé à l’écriture de la Constitution centrafricaine et fait partie des trois experts mobilisés par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest [Cedeao] sur les implications juridiques de son élargissement —, son activisme passe mal auprès du pouvoir. À la faveur d’une réforme, les autorités ont changé le mode de désignation des doyens et ne l’ont pas renouvelé dans ses fonctions, en 2019. Une disposition spécialement créée pour « l’évincer », jugent ses proches.

Mon travail sur le terrain contribue à l’éveil de l’opposition et à la nécessité du rassemblement

Pas de quoi impressionner l’universitaire, qui a décidé d’aller au-delà de ses commentaires politiques et de descendre dans l’arène en initiant un « dialogue itinérant », où il a déjà parcouru 50 des 77 communes du pays pour « mobiliser les jeunes, les femmes, les hommes de bonne volonté » et pour « sauver la démocratie ». Selon le professeur, ce dialogue a eu le mérite de « contraindre » le président Patrice Talon à « sortir de l’aquarium » du palais pour effectuer une tournée nationale. « Mon travail sur le terrain fait progressivement naître une vague populaire qui grossit. Il contribue surtout à l’éveil de l’opposition et à la nécessité du rassemblement», explique Joël Aïvo, qui résume son offre politique par une formule additionnant 5R : « rassembler les Béninois ; rétablir la démocratie ; relancer l’économie nationale ; redistribuer la richesse nationale ; repositionner le Bénin sur la scène internationale. »

La course aux parrainages

Reste au candidat indépendant à faire sauter le verrou des parrainages en obtenant la signature d’au moins 16 élus (députés et/ou maires), lui qui n’est membre d’aucun des partis représentés au Parlement et dans les conseils communaux et municipaux.

À la mi-janvier, il a rejoint le Front pour la restauration de la démocratie, qui fédère notamment Les Démocrates, le parti fondé par l’ex-président Thomas Boni Yayi, le parti Dynamique unitaire pour la démocratie et le développement (DUD) de l’ancien ministre Valentin Houdé et le parti Grande Solidarité Républicaine (GSR) d’Antoine Guédou Vissétogbé, ancien transfuge de la mouvance présidentielle. Le Parti vert du Bénin (BVP), considérant sa candidature comme « la plus crédible pour 2021 », le soutient également.

Pas sûr, néanmoins, que tout ces opposants puissent s’entendre sur une candidature commune. Aïvo a, lui, annoncé la couleur : il ira jusqu’au bout.

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