Politique

[Édito] Patrice Talon, président pressé

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Mis à jour le 25 janvier 2021 à 12h38

Par  François Soudan

Directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Le président Patrice Talon sur la place du Souvenir, à Cotonou, en 2018

Le président Patrice Talon sur la place du Souvenir, à Cotonou, en 2018 © Présidence de la République du Bénin

En politique comme dans les affaires, Patrice Talon est habitué à prendre des risques et à aller vite. Mais en cinq ans au pouvoir, il a appris qu’on ne conduit pas les Béninois comme une Ferrari…

Patrice Talon a longtemps mené sa vie comme Lewis Hamilton conduit son bolide : vite, au feeling et en prenant des risques parfois à peine calculés. Côté audace, celle des affaires, qui lui a permis de passer du statut de petit exportateur de piles Varta à celui d’un roi du coton dont la puissance financière avait fini par effrayer trois présidents béninois successifs, au point que chacun à leur tour, Nicéphore Soglo, Mathieu Kérékou et Thomas Boni Yayi s’employèrent en vain à lui faire rendre gorge.

Côté périls, ceux des sorties de route fatales maintes fois frôlées : gardé à vue sous Kérékou, menacé sous Boni Yayi, il s’en sort à chaque fois en prenant le chemin de l’exil dans des circonstances dignes d’un roman d’Alexandre Dumas. Déguisé, dans le coffre d’une voiture, en taxi, à pied, sur la selle d’un zémidjan, direction Lomé ou Lagos.

Thérapie de choc

Traqué jusque dans Paris par une officine de basse police aux ordres de Cotonou, Patrice Talon réfléchit : comme jadis le surintendant Nicolas Fouquet, dont la fortune suscita le courroux de Louis XIV et par voie de conséquence la disgrâce, il sait qu’aucun hôte du palais de la Marina ne le laissera dormir en paix, surtout s’il lui est arrivé de le financer.

Il sait aussi que les maux dont souffre le Bénin, où la démocratie s’est pervertie en une cour des miracles politique incestueuse et scissipare, nécessitent une thérapie de choc. D’où sa décision, partagée avec son épouse Claudine et un tout petit cercle d’intimes, de briguer la présidence en mars 2016. Rares alors sont ceux qui croient en ses chances. On connaît la suite.

Un nouveau tour de piste ?

Cinq ans plus tard, le pilote de Formule 1 a ralenti la cadence. C’est que, même s’il leur a imposé au forceps certaines de ses volontés, celles-là même que l’opposition tente de retourner aujourd’hui contre lui, Patrice Talon a appris qu’on ne conduisait pas les Béninois à l’instar d’une Ferrari. Comme dans un épisode de « Pimp my ride », la carrosserie du véhicule Bénin a été refaite avec talent, mais il arrive encore que le moteur renâcle et fasse savoir à son conducteur qu’il est, lui aussi, le maître.

Reste donc à Patrice Talon à convaincre les électeurs de s’embarquer avec lui pour un nouveau (et dernier) tour de piste. Certes, son bilan économique et social ainsi que sa méthode de gestion axée sur les résultats et la reddition des comptes, que l’on compare parfois à celle d’un Paul Kagame « soft », séduisent les bailleurs de fonds et suscitent une pointe d’admiration ailleurs en Afrique. Mais ce sont les Béninois qui votent et la prévisibilité ne fait pas partie de leurs caractéristiques majeures…

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