Environnement

Guépard saharien, loup doré, hyène rayée : comment l’Algérie veut sauver ces espèces menacées

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Mis à jour le 16 janvier 2021 à 18h28
Un guépard saharien, dans le désert algérien.

Un guépard saharien, dans le désert algérien. © Alain Dragesco-JoffÈ/Biosphoto

Depuis 2017, les autorités mènent une stratégie de préservation de la biodiversité. Une mission parfois compliquée par la réputation de certaines espèces auprès de la population.

Il passait pour une espèce menacée, voire éteinte. Le guépard saharien s’est récemment rappelé au bon souvenir des Algériens. Animal emblématique du Hoggar-Tassili, cet immense espace désertique de plus de 800 000 km2, la silhouette du magnifique félin tacheté a été capturée au début de l’été 2020 par les caméras pièges posées par une équipe de scientifiques appartenant à l’Office national de parcs culturels algériens (ONPCA). « En juillet 2017, en févier 2018 et en mars 2020, trois grandes missions sur le terrain portant sur l’inventaire du guépard saharien ont été menées dans les parcs de l’Ahaggar et du Tassili n’Ajjer », récapitule Abdenour Moussouni, responsable de la planification et de la biodiversité du réseau des parcs culturels algériens.

La silhouette du magnifique félin tacheté a été capturée au début de l’été 2020 par les caméras pièges de l’ONPCA

L’image a rassuré sur la présence effective du guépard mais l’espèce est en danger critique d’extinction. « Nous n’avons pas encore assez de données pour estimer ses effectifs en Algérie. Il ne resterait plus que près de 200 individus répartis sur l’Algérie, le Mali et le Niger. Leur survie dépend de la durabilité de ses habitats naturels et d’un plan de conservation intégrée impliquant les populations locales », estime Salah Amokrane, directeur national du projet « Conservation de la biodiversité d’intérêt mondial » du réseau des parcs culturels en Algérie, et actuel coordinateur pour la coopération internationale avec le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

Enseignant-chercheur en biologie de la conservation, Farid Belbachir étudie l’espèce depuis plus d’une vingtaine d’années : « On l’appelle le guépard saharien mais c’est la sous-espèce du Nord-Ouest de l’Afrique dénommée Hecki. Des études sont actuellement en cours pour la caractériser génétiquement. Il y a des petites populations dans le Nord-Ouest de l’Afrique mais la zone pour laquelle il y a le plus grand espoir pour la conservation du guépard est le complexe du Hoggar-Tassili », estime ce scientifique qui a mené plusieurs études sur le terrain.

Loup doré, mouflon à manchettes et renard de Ruppell

Il n’y a pas que le guépard : la biodiversité des parcs algériens du Grand Sud est riche. Aux côtés de l’amayas, comme l’appellent les Touaregs, il y a la gazelle dorcas, le mouflon à manchettes, le loup doré, le renard de Ruppell, le chacal, le fennec et bien d’autres espèces. « Le guépard est attesté mais pour la panthère ou le léopard, c’est autre chose. Lors d’une sortie en 2005, nous avons identifié une crotte de léopard et lors de mes enquêtes, des témoignages suggèrent sa présence sur la base de plusieurs caractéristiques rapportées par les Touaregs », raconte Farid Belbachir.

La hyène rayée existe dans la région de Timiaouine, Tinzaouatin, Taoudert mais elle est plus rare dans l’Ahaggar. Il y a bien sûr le loup doré africain, le renard de Ruppell, le fennec, le chat sauvage d’Afrique et le chat des sables, le ratel, la zorille. Pour les herbivores, citons la gazelle dorcas, le lièvre du cap, le mouflon à manchettes, l’addax et la gazelle dama ayant disparu », poursuit Farid Belbachir.

De son côté, Abdenour Moussouni met l’accent sur trois espèces emblématiques qui sont particulièrement suivies : « Il s’agit du mouflon à manchettes, de la gazelle Dorcas et du guépard saharien. Ces espèces sont rares, menacées et protégées. » L’Algérie a donc opté pour la mise en place d’une stratégie pour la conservation du guépard saharien et des espèces-proies comme la gazelle et le mouflon.

Le guépard étant au sommet de la chaîne alimentaire, en sauvegardant ces « espèces parapluies », les scientifiques et les responsables du PPCA pensent pouvoir sauvegarder toutes les espèces qui sont dans son habitat et qui lui permettent de survivre. Entamée en 2017, la stratégie de conservation du guépard se fait avec une équipe pluridisciplinaire déployée sur le terrain.

Le mouflon à manchettes compte parmi les espèces que l’Algérie souhaite préserver.

Le vieux Mouflon à manchettes compte parmi les espèces que l'Algérie souhaite préserver. © Alain Dragesco-JoffÈ/Biosphoto

De grandes expéditions dans l’Ahaggar et le Tassili sont régulièrement organisées. « C’est un travail colossal qui exige une très grande logistique pour dérouler le protocole scientifique », raconte Abdenour Moussouni.

La hyène rayée, le dernier grand carnassier

Avec la disparition du lion de l’Atlas et de la panthère d’Afrique du Nord, la hyène rayée est le dernier grand carnassier d’Algérie. Victime de la prédation des hommes et de la disparition progressive de son milieu naturel, elle avait pratiquement disparu avant de faire un timide retour ces dernières années. L’espèce est, néanmoins, impitoyablement chassée et massacrée partout où elle est aperçue ou signalée. En cause, sa fâcheuse réputation de déterreur de cadavres et de prédateur impitoyable qui n’hésiterait pas à s’attaquer aux enfants ou aux animaux oubliés dans les champs. Pourtant, la hyène rayée est en réalité un charognard discret et solitaire qui nettoie son milieu de toutes les charognes qu’il trouve sur son chemin lors de ses pérégrinations nocturnes.

La hyène rayée est impitoyablement chassée et massacrée partout ou elle est aperçue ou signalée

Entre 2000 et 2018, Mourad Ahmim, enseignant-chercheur de l’université de Bejaïa, spécialiste des mammifères et spécialisé en biologie de la conservation, a répertorié 223 individus sciemment abattus ou percutés de nuit par des véhicules.

« La hyène rayée fait l’objet d’un massacre systématique dans les régions où elle est signalée car on la confond avec la hyène tachetée qui n’existe pas en Algérie et qui est montrée dans les documentaires animaliers diffusés par les chaînes satellitaires comme un dangereux prédateur. À ce rythme, l’espèce va bientôt disparaître, alerte-t-il. Si des mesures adéquates et strictes de protection ne sont pas prises, c’est la première espèce qui va disparaitre en Algérie, et on aura perdu le plus grand carnivore algérien régulateur des effectifs des autres espèces ».

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