Politique

Procès des 100 jours en RDC : les dessous de la libération « surprise » des deux patrons

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Félix Tshisekedi le jour de sa prestation de serment, le 24 janvier 2019, à Kinshasa

Félix Tshisekedi le jour de sa prestation de serment, le 24 janvier 2019, à Kinshasa © TONY KARUMBA / AFP

Condamnés à deux et cinq ans de prison dans le cadre du procès des 100 jours, Modeste Makabuza et Benjamin Wenga ont été libérés le 8 janvier, sans raison officielle. Voici pourquoi ils ont été libérés.

La libération le 8 janvier de Modeste Makabuza et Benjamin Wenga, directeurs généraux de la Société congolaise de construction (Sococ) et de l’Office des voiries et drainage (OVD), a fait scandale à Kinshasa. Aucune raison officielle n’a été avancée, alors que les deux hommes ont été condamnés en juin 2020 pour détournement de deniers publics, concussion et corruption dans le cadre du procès des 100 jours, lors duquel Vital Kamerhe a écopé de vingt ans de prison. L’ancien directeur de cabinet de Félix Tshisekedi n’a lui pas recouvré sa liberté, tout comme ses co-accusés Samih Jammal et Muhima Ndole. 

Une décision de Tshisekedi

Cette annonce a été faite le même jour que celle de la grâce par le vice-ministre de la Justice Bernard Takaïshe Ngumbi de vingt-trois condamnés pour l’assassinat de l’ancien président Laurent-Désiré Kabila, dont le colonel Eddy Kapend.

Selon nos informations, Modeste Makabuza et Benjamin Wenga ont également bénéficié de la grâce présidentielle collective accordée par ordonnance le 31 décembre. Or, cette mesure exclut en principe les condamnations pour corruption. Les deux hommes avaient d’abord respectivement écopé de trois et un an de travaux forcés avant que leur peine ne soit alourdie en appel à cinq et deux ans et demi de prison. Leur jugement exclut également toute libération conditionnelle.

Toujours selon nos informations, Félix Tshisekedi a pris seul cette décision. Le vice-ministre de la Justice n’étant pas habilité à prendre un arrêté, le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba a désigné Eustache Muhanzi Mubembe pour formaliser la décision du chef de l’État. C’est ainsi le ministre des ressources hydrauliques et de l’Electricité qui a signé l’arrêté, à la résidence de Bernard Takaïshe Ngumbi, comme en témoigne un de ses proches.

Lobbying ou réparation ?

Plusieurs défenseurs des droits de l’homme ont fustigé publiquement cette décision qui, selon eux, remet en cause la lutte contre la corruption, le détournement et l’impunité. Des conseillers de Félix Tshisekedi, y compris certains responsables du Conseil national de sécurité dirigé par François Beya, ont tenté d’entrer personnellement en contact avec les personnalités à l’origine de ce mouvement de protestation.

Cette décision ne fait pas non plus l’unanimité au sein de l’entourage présidentiel. Certains proches dénoncent un « lobbying intense » autour de Tshisekedi, tandis que d’autres estiment que cette décision « répare une injustice ».

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