Diplomatie

Maroc-États-Unis : bons baisers de Dakhla

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Mis à jour le 11 janvier 2021 à 16h33
Le ministre des Affaires étrangères marocain Nasser Bourita (au centre), entouré de David Schenker, secrétaire d’Etat adjoint américain en charge du Moyen-Orient, et de David Fischer (à g.), ambassadeur des Etats-Unis au Maroc, et son épouse Jennifer, à Dakhla le 11 janvier 2021.

Le ministre des Affaires étrangères marocain Nasser Bourita (au centre), entouré de David Schenker, secrétaire d’Etat adjoint américain en charge du Moyen-Orient, et de David Fischer (à g.), ambassadeur des Etats-Unis au Maroc, et son épouse Jennifer, à Dakhla le 11 janvier 2021. © US Embassy Morocco

La visite de diplomates américains dans cette ville du Sud acte la reconnaissance par Washington de la souveraineté du royaume sur le Sahara.

En visite ce 10 janvier à Dakhla à l’occasion de l’ouverture d’un consulat US dans cette province du Sud du Maroc, le secrétaire d’État adjoint américain pour le Proche-Orient David Schenker, et l’ambassadeur de Washington à Rabat David T. Fischer ont affiché clairement leur soutien à la marocanité du Sahara.

Après avoir rappelé la décision prise un mois auparavant, le 10 décembre, par le président Donald Trump de reconnaître la souveraineté du royaume sur l’ensemble de ce territoire, les deux diplomates américains, vêtus pour l’occasion de la traditionnelle « derâa » sahraouie, ont réaffirmé que les États-Unis soutiennent la proposition d’autonomie du Maroc comme « seule solution crédible » à la résolution de ce conflit qui dure depuis 45 ans.

Tenue traditionnelle sahraouie

« En fait, ce n’est qu’après avoir visité Laâyoune et Dakhla que nous avons compris pourquoi cette région du Sud est si chère au cœur des Marocains », a lancé David Fischer. Venu en compagnie de son épouse, Jennifer, arborant elle aussi une « melhfa », à l’instar des femmes du Sahara, l’ambassadeur des États-Unis, a paru très enthousiaste : « Il était en verve, allant jusqu’à exprimer publiquement son désir d’acquérir une résidence secondaire dans la région », nous confie une source présente lors de la visite de la délégation à Dakhla.

Les relations américano-marocaines sont plus fortes que jamais »

« Les relations américano-marocaines sont plus fortes que jamais (..). Nos meilleures années sont devant nous », a déclaré quant à lui le sous-secrétaire d’État américain David Schenker, lors du point de presse qui s’est déroulé à l’issue de l’entretien qu’il a eu avec le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita. Un discours où le diplomate américain a notamment souligné que l’année 2021 correspond au 200e anniversaire de l’ouverture de la première mission diplomatique des États-Unis au Maroc, à Tanger — où se trouve « la plus ancienne installation diplomatique américaine du monde ».

Il a en outre mis en avant les efforts du Maroc pour « promouvoir la tolérance et l’harmonie religieuses » qui sont « un exemple dans la région », et a notamment cité « sa tradition historique de protection de sa communauté juive ».

« Les développements récents qu’ont connues les relations entre les États-Unis et le royaume ont été rendus possibles grâce au leadership du roi Mohammed VI dans la promotion d’un agenda de réforme audacieux et de grande envergure au cours des deux dernières décennies », a noté le secrétaire d’État américain adjoint.

Le Maroc, un partenaire-clé

Schenker s’est d’ailleurs félicité du « soutien continu et précieux » du souverain sur des questions d’intérêt commun telles que « la paix au Moyen-Orient, la stabilité et le développement en Afrique ». Et de préciser que le Maroc est « un partenaire clé pour la stabilité régionale », rappelant que les deux pays « bénéficient d’un large partenariat militaire ».

De son côté, le chef de la diplomatie marocaine s’est réjoui de voir que la coopération entre les deux pays « évolue à un rythme sans précédent », remerciant au passage l’administration américaine d’« avoir corrigé l’ensemble des cartes affichées dans ses représentations diplomatiques » aux quatre coins du monde — où une ligne séparait jusqu’alors le royaume du Sahara occidental.

L’ouverture du consulat américain de Dakhla est la vingtième ouverture consulaire dans la région depuis début 2020

Précisant que l’ouverture de l’antenne diplomatique américaine de Dakhla est la vingtième ouverture consulaire dans la région depuis début 2020, le ministre a expliqué que le Maroc se sent ainsi renforcé dans la légitimité de sa cause nationale.

Arrivée de Lâayoune dans la soirée du 9 janvier, la délégation américaine a débuté sa journée à Dakhla par une réunion au siège de la wilaya, présidée par David Schenker en présence du wali Lamine Benomar, des élus locaux et régionaux dont le président de la région, Yanja Khattat, des représentants de la CGEM (le patronat marocain) et d’ONG locales. Une rencontre au cours de laquelle le diplomate américain a annoncé la création de « Dakhla Connect », une plateforme destinée à encourager et promouvoir les investissements dans la région.

Toutefois, l’une des activités phares de ce déplacement des diplomates américains à Dakhla a porté sur la visite des futurs locaux du consulat général des États-Unis, dont l’ouverture a été annoncée par la Maison Blanche, dans la foulée de la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Une cérémonie à laquelle ont assisté de nombreux notables de la région, aux côtés du MAE marocain et des autorités locales.

Un New Deal maroco-américain

Sur le volet économique, David Schenker a indiqué que le royaume était le seul pays d’Afrique avec lequel les États-Unis avaient signé un accord de libre-échange, expliquant que les exportations marocaines vers les États-Unis ont plus que doublé depuis l’entrée en vigueur de ce pacte en 2006. « La valeur de notre commerce bilatéral a quintuplé au cours de cette période », a-t-il déclaré, avant de préciser que les entreprises américaines arriveraient bientôt en force pour contribuer au développement économique régional mais aussi national.

Les États-Unis ont également décidé d’ouvrir un bureau des investissements, chargé de financer des projets, pour une enveloppe de l’ordre de 3 milliards de dollars, débloquée par la Banque américaine de développement — dont le président est Adam Boehler.

Depuis le début du conflit du Sahara, jamais un pays occidental, de surcroît membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, ne se sera autant impliqué pour conforter la marocanité de ce territoire.

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