Politique

Bénin : les coulisses de la bataille pour le poste de vice-président de Patrice Talon 

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Mis à jour le 8 janvier 2021 à 18:40

Patrice Talon à son domicile a Cotonou lors d’une interview accordée a Jeune Afrique, le 9 septembre 2020. © Vincent Fournier pour JA

S’il n’a pas officiellement annoncé son intention de briguer un second mandat, le chef de l’État béninois a demandé aux partis de sa majorité de lui faire des propositions de candidats à la vice-présidence. 

Lors de la présidentielle du 11 avril, les Béninois vont, pour la première fois, voter pour un « ticket » présidentiel : un poste de vice-président a en effet été instauré par les réformes institutionnelles et politiques de novembre 2019. Si Patrice Talon n’a pas officiellement annoncé sa candidature, il a, selon nos informations, demandé aux formations politiques qui se réclament de sa majorité de lui soumettre des noms de candidats potentiels à cette fonction.

Intenses discussions

Le chef de l’État a évoqué cette question fin octobre. Il avait alors reçu à sa résidence, séparément, les états-majors des deux principaux partis de sa majorité – l’Union progressiste (UP) et le Bloc républicain (BR) – qui ont depuis engagé en interne un processus de présélection des candidats potentiels. Les bureaux politiques des deux partis n’envisagent en effet pas de présenter un autre candidat que Patrice Talon pour la présidentielle. Le BR a d’ores et déjà formellement annoncé qu’il soutiendra le chef de l’État sortant, tandis que l’UP devrait le faire officiellement dans les jours à venir, selon un cadre du bureau national du parti.

Largement honorifique et symbolique – le vice-président n’a pas de prérogative exécutive –, le poste est en revanche hautement stratégique. Chargé d’assurer la pérennité des futures élections générales (la présidentielle, les législatives et les communales sont organisées la même année), le vice-président assure l’intérim en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif du président élu, et ce, jusqu’à la fin du mandat de ce dernier.

Pour le moment, aucun des deux partis n’a formellement désigné de candidats, et en interne, ce processus fait l’objet d’intenses discussions. Certains plaident en effet, de part et d’autre, pour que le candidat à la vice-présidence ait plus de 70 ans lorsqu’arrivera l’échéance de la présidentielle de 2026. Un moyen, selon les défenseurs de ce critère d’âge, d’éviter que les éventuelles ambitions présidentielles du vice-président ne perturbent le bon fonctionnement des institutions.

Les favoris…

Au sein du Bloc républicain, plusieurs personnalités font figure de favoris. Le général Robert Gbian, ancien directeur du cabinet militaire de Thomas Boni Yayi, qui a un temps caressé des ambitions présidentielles et qui siège désormais à l’Assemblée nationale, est régulièrement cité. Tout comme le député Barthélémy Kassa, ancien ministre de l’Énergie et de l’Eau sous la présidence Yayi.

Sacca Lafia, pour l’UP, et Abdoulaye Bio Tchané, côté BR, font la course en tête

Sur le papier, c’est cependant le secrétaire général du BR, Abdoulaye Bio Tchané, qui a les arguments politiques les plus lourds. Ministre d’État chargé du Plan et du développement, il est en effet d’ores et déjà, dans l’ordre protocolaire, le numéro deux de l’exécutif. Candidat à la présidentielle de 2011 et de 2016, il ne pourra en outre pas se présenter en 2026, date à laquelle il sera frappé par la limite d’âge légale.

L’Union progressiste compte aussi son lot de candidats potentiels, qui ont chacun leurs partisans. Sacca Lafia, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique et premier vice-président de l’UP, figure en bonne place dans la shortlist. Le nom d’Alassane Seidou, ministre de la Décentralisation, est également avancé au sein du parti, tout comme celui de Pascal Irénée Koupaki, ancien Premier ministre de Thomas Boni Yayi et actuel secrétaire général de la présidence (avec rang de ministre).

Mais une question se pose quant à l’éventuelle invalidité de cette dernière candidature : il faut en effet être âgé, au maximum, de 70 ans à la date de la prise de fonction. Or, Pascal Irénée Koupaki est né le 18 mai 1951, il aura donc 70 ans le 18 mai 2021. Date à laquelle il semble difficile, en cas de victoire lors du scrutin du 11 avril, d’être effectivement investi. À moins que le président sortant ne l’emporte dès le premier tour par un « coup KO » et que les éventuelles contestations soient très rapidement traitées par la Cour constitutionnelle.

… et le choix final

Le choix final revient cependant au président de la République, confie une source au sein de l’entourage du président béninois, qui souligne que la personnalité désignée pourrait très bien ne pas être issue de l’un des deux principaux partis de la mouvance présidentielle.

Autre critère qui pourrait entrer en ligne de compte : les racines du futur candidat. Originaire du Sud du pays, Patrice Talon pourrait en effet décider de privilégier une personnalité du Nord, afin de maintenir un équilibre régional à la tête de l’État. L’élection en mai 2019 à la présidence de l’Assemblée nationale du Sudiste Louis Vlavonou avait en effet fait grincer des dents : jusqu’ici, la tradition voulait que le président du Parlement ne soit pas issu de la même région que le chef de l’État.