Diplomatie

[Tribune] Israël : de la diplomatie guerrière à la nécessité de la paix

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Mis à jour le 08 janvier 2021 à 17h19

Par  Ahmed Faouzi

Ex-ambassadeur marocain

Une grande affiche de campagne électorale du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, chef du parti Likoud, est accrochée à un bâtiment à Jérusalem, Israël, le 12 mars 2015.

Une grande affiche de campagne électorale du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, chef du parti Likoud, est accrochée à un bâtiment à Jérusalem, Israël, le 12 mars 2015. © Debbie Hill/UPI/ABACAPRESS

Pour espérer une paix durable avec ses voisins arabes, Israël ne peut plus se contenter d’une diplomatie tactique, mais doit se pencher sur les problèmes de fond, selon l’ex-ambassadeur marocain Ahmed Faouzi.

Israël est, à bien des égards, un État unique. Son activité diplomatique a même précédé la création officielle de l’État hébreu, en 1948. Dès 1897, le mouvement sioniste établi par Théodore Herzl pousse ses leaders à représenter le mouvement naissant auprès des puissances de l’époque pour promouvoir l’idée d’un foyer pour les juifs du monde.

Des démarches qui ont incité la Grande-Bretagne à annoncer, le 2 novembre 1917, son accord pour permettre l’établissement des communautés juives en Palestine, sous la forme de la fameuse déclaration Balfour, du nom du ministre britannique des Affaires étrangères de l’époque. Un succès lié en grande partie, déjà, au poids de personnalités importantes de la diaspora juive, comme Lord Walter Lionel Rothschild.

Après la deuxième guerre mondiale, et devant les difficultés d’instaurer la paix entre Arabes et juifs, le Royaume-Uni remet son mandat aux Nations unies qui adopta, le 29 novembre 1947, la résolution 181 de partage du territoire entre Israël et la Palestine. Cette reconnaissance de la part des Nations unies était le premier pas, dans un long parcours de la diplomatie israélienne, pour obtenir la reconnaissance des autres nations.

Diplomatie offensive

Cet « enfantement dans la douleur », comme l’a qualifié le ministre israélien des Affaires étrangères de l’époque, Moshe Sharett, a marqué toute la diplomatie de l’État hébreu depuis sa naissance. L’onde de choc de cette création a été plus forte dans la région où les pays limitrophes l’ont perçue comme une usurpation illégitime d’une terre avec un peuple. Les États qui ont reconnu Israël ont donc été d’abord ceux qui sont géographiquement loin du Moyen-Orient. Ses voisins, s’estimant lésés, ont refusé le fait accompli.

La bataille diplomatique à l’international accompagnait le vrai combat des armes dans la région. Pour Israël, qui s’est très tôt senti assiégé, la priorité était d’une part d’assurer sa sécurité, et d’autre part de se faire reconnaître comme nation parmi les nations, alors que le nouvel État était isolé au sein des instances internationales. Sa diplomatie devait par conséquent se redéployer sur plusieurs fronts pour garantir d’abord sa défense, et sécuriser, par la suite, sa place dans le concert des nations.

La plupart des institutions cruciales ont souvent été dirigées par des faucons plus enclins à imposer leur volonté de puissance qu’à trouver un terrain d’entente avec leurs voisins arabes

Cette double préoccupation a produit une diplomatie guerrière et offensive spécifique à ce pays. Parce que tout l’État doit être mobilisé pour assurer sa survie, la plupart des institutions cruciales – primature, Défense, services de renseignements et Affaires étrangères – ont souvent été dirigées par des faucons plus enclins à imposer leur volonté de puissance qu’à trouver un terrain d’entente avec leurs voisins arabes.

De Moshe Dayan à Benny Gantz en passant par Ariel Sharon et Yitzhak Rabin, ce sont généralement des militaires qui se trouvent à la tête des institutions les plus importantes du pays. De même pour les Affaires étrangères, avec Moshe Dayan, Ehud Barak ou Tzipi Livni, cette dernière étant issue des services de renseignements. D’autres ministres des Affaires étrangères sont venus des partis de droite, ou d’extrême droite, qui ne veulent rien céder, ni aux Palestiniens, ni aux pays arabes voisins, comme Benyamin Netanyahou ou Avigdor Liberman.

Unilatéralisme

Pour cette raison, la diplomatie israélienne est plus réactive que proactive. Elle prend rarement des initiatives constructives pour bâtir la paix avec ses voisins ou faire des propositions allant dans ce sens. Elle préfère négocier l’établissement des relations avec les pays arabes d’une manière bilatérale. Jamais collectivement. À telle enseigne que l’audacieuse initiative de paix arabe de 2002, basée sur les résolutions des Nations unies et une reconnaissance claire de l’État d’Israël, a été rejetée par ce dernier, préférant régler séparément ses différends avec chaque pays arabe.

Par ailleurs, la diplomatie israélienne ne présente jamais d’agenda clair pour régler les conflits avec ses voisins. Elle répond souvent à des stimuli extérieurs, le temps que la pression passe, pour revenir vite à ses vieilles habitudes. C’est le cas lors de la signature des accords d’Oslo en 1993, initiés d’abord par la société civile israélienne, et non par l’administration, puis vite abandonnés par les gouvernements de droite qui se sont succédé.

Miser sur les divisions entre sunnites et chiites pour créer un semblant d’unité israélo-arabe ne peut constituer une stratégie viable à long terme

La force de la diplomatie israélienne s’appuie sur deux principaux atouts : l’implication d’une diaspora acquise à sa cause – bien qu’une partie n’adhère pas forcément à la politique de la droite au pouvoir, surtout quand il s’agit du sort réservé aux Palestiniens -, et le soutien inébranlable des États-Unis aussi bien sous les démocrates que sous les républicains.

Alliance circonstancielle

L’État d’Israël a également su mobiliser la menace iranienne contre les États sunnites de la région pour mettre sur pied, avec l’appui de Washington, un front commun face à Téhéran. Mais cette alliance, qui ne dit pas son nom, ne saurait qu’être circonstancielle tant que les problèmes de fond au Moyen-Orient ne sont pas remis sur la table pour être définitivement réglés, à commencer par la question palestinienne, le statut de Jérusalem et le problème des réfugiés, clé de voûte de toute véritable paix.

Miser sur les divisions entre sunnites et chiites pour créer un semblant d’unité israélo-arabe ne peut constituer une stratégie viable à long terme. Ni pour Israël ni pour les pays arabes. Les deux mondes, sunnite et chiite, ont coexisté à travers des siècles, et peuvent encore vivre en paix, à condition que la propension iranienne à s’immiscer dans les affaires des autres pays soit réduite à néant. Ce qui, il faut le concéder, ne sera pas simple à imposer à Téhéran.

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