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Mauritanie : la Snim peut-elle s’éviter un sort « à la Sonatrach » ?

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Mis à jour le 08 janvier 2021 à 17h09
La Snim ambitionne de doubler sa production de minerai de fer à 24 millions de tonnes.

La Snim ambitionne de doubler sa production de minerai de fer à 24 millions de tonnes. © Olivier Papegnies pour JA

Mauvaise gestion, affaires de malversations et de détournement… Si le fleuron industriel du pays, porté par le cours mondial du minerai de fer, affiche d’ambitieux objectifs, le scepticisme est de mise chez les observateurs quant à la réussite de son plan de développement stratégique.

Dans ses vœux au personnel de la Société nationale industrielle et minière (Snim), propriété à 78,35 % de l’État mauritanien et spécialisée dans l’exploitation des mines de fer de la région de Zouerate, son administrateur directeur général Moktar Ould Djaye a souligné que « la société avait réalisé en 2020 un niveau de production encourageant malgré les effets négatifs de la pandémie du coronavirus ». Il a précisé que « la société a vendu 12,5 millions de tonnes. Ces ventes représentent une augmentation importante par rapport à celles de 2019 ».

Cet optimisme est une bonne nouvelle pour le pays, car la Snim est le premier employeur de Mauritanie (6 000 salariés) après la fonction publique. Ses exportations principalement vers la Chine, le Japon et l’Allemagne représentent en moyenne 15 % du produit intérieur brut, 37 % des recettes d’exportation et fournissent 30 % des recettes de l’État.

Doubler la production de minerai de fer

La Société a arrêté un « plan de développement stratégique » (2020-2026) destiné à doubler sa production de minerai de fer à 24 millions de tonnes grâce à la modernisation des installations de Guelb1, déjà financée (90,5 millions d’euros) par le Fonds arabe de développement économique et social (FADES), ainsi qu’à l’amélioration de la production de Guelb2.

Ce plan de développement s’articule également autour de la mise en exploitation de F’Derick et au dragage du chenal du port minéralier de Nouadhibou (110 millions de dollars) « très avancé » selon la direction et qui devrait permettre d’accueillir des bateaux de 230  000 tonnes contre 150 000 tonnes aujourd’hui, à quoi s’ajouteront la réhabilitation de la manutention de Rweissa et une nouvelle usine de traitement à Tzargaf.

Certains observateurs demeurent sceptiques sur la réussite de ce projet. La SNIM n’a jamais pu dépasser 13 millions de tonnes de production, y compris dans les années fastes de 2010 à 2014 quand le prix mondial du minerai avait quadruplé et atteint 187 dollars la tonne. Sa direction d’alors avait alors publié un plan ayant pour objectif une production de 40 millions de tonnes et qui est resté lettre morte.

Autre handicap, l’effondrement du prix du fer en 2014 à 40 dollars la tonne a provoqué, par exemple en 2015, une perte équivalant à 50 % du chiffre d’affaires de la société et mis la SNIM au bord de la faillite. En effet, les superbes bénéfices réalisés pendant les années de vaches grasses ont été engloutis dans des investissements très éloignés de sa vocation minière (hôtellerie, assurances, hôpitaux, aéroport) et réalisés dans une grande opacité.

Vache à lait

Comme Gazprom en Russie ou Sonatrach en Algérie, la SNIM a été utilisée par le pouvoir comme une vache à lait. La Commission d’enquête parlementaire sur la gestion des années de présidence de Mohamed Ould Abdel Aziz (2008-2019) a remis, en juillet 2020, un rapport qui met en lumière cette dépendance dangereuse pour la SNIM.

Selon ce rapport, la Fondation SNIM créée en 2007 pour mener des actions sociales au profit des communautés proches de la mine et lutter contre la pauvreté autour de Zouerate et de Nouadhibou a bien construit des mosquées et des écoles coraniques, et distribué des fournitures scolaires et médicales.

Cette situation constitue une violation flagrante des textes régissant la Fondation

Mais elle a aussi financé un Institut d’hépato-virologie, acheté du blé (frelaté) pour le Commissariat à la sécurité alimentaire ou installé un système de vidéosurveillance pour la présidence.

« Cette situation constitue une violation flagrante des textes régissant la Fondation et des normes de gestion et pourrait être à l’origine de plusieurs malversations financières et de détournements de fonds publics importants », conclut le rapport qui a confié le dossier à la Justice.

Une présidence plus à cheval sur la gestion des entreprises publiques

Deux facteurs laissent à penser que le redressement de la SNIM est, malgré tout, à l’ordre du jour. Le premier est le renchérissement mondial du minerai de fer qui a dépassé les 160 dollars la tonne et qui devrait fournir à la société le cash flow nécessaire à la réalisation de son « plan de développement stratégique ».

Le deuxième facteur est qu’à la différence de son prédécesseur, le président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, élu en 2019, veut que les entreprises publiques respectent les règles d’une gestion orthodoxe et qu’elles ne servent pas de caisses noires pour le pouvoir ou d’appendices au budget de l’État.

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