Politique

Sénégal : le financement des partis politiques, un sujet tabou

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Mis à jour le 08 janvier 2021 à 12h58
Des militants du Pastef soutiennent candidat Ousmane Sonko lors d’un rassemblement à Dakar, le 20 février 2019, en prévision du premier tour de l’élection présidentielle prévu le 24 février 2019.

Des militants du Pastef soutiennent candidat Ousmane Sonko lors d'un rassemblement à Dakar, le 20 février 2019, en prévision du premier tour de l'élection présidentielle prévu le 24 février 2019. © Activists of Senegalese Pastef (Patriotes du Senegal pour le Travail, l'Ethique et la Fraternite) party push a broken down pick up during a gathering in Dakar on February 20, 2019, to show their support to the candidate Ousmane Sonko ahead of first round scheduled presidential elections on February 24, 2019. © Abd Ali / AFP

Le ministère de l’Intérieur a menacé de dissolution le parti de l’opposant Ousmane Sonko, qui venait de lancer une campagne internationale de levée de fonds. L’appel aux contributions des militants est pourtant l’un des seuls moyens (officiels) dont disposent les partis pour renflouer leurs caisses.

Au cours de la campagne pour l’élection présidentielle de 2019, il est arrivé plusieurs fois que les convois de Pastef restent bloqués. Les véhicules étaient à cours de carburant et, faute d’argent pour remplir les réservoirs, les responsables du parti ne pouvaient reprendre la route. Cette anecdote, c’est Ousmane Sonko qui la raconte, lui qui se décrit volontiers comme « le plus pauvre des présidents de partis politiques ».

Ancien contrôleur des impôts, le leader de Pastef revendique une indépendance totale vis-à-vis des lobbys et répète à l’envi son refus de « l’argent sale ». Un positionnement antisystème difficile à tenir financièrement. Le 2 janvier, le parti lançait donc une campagne de levée de fonds internationale et récoltait 125 millions de F CFA en quelques heures. De quoi « secouer le baobab » de la majorité, glisse un observateur de la vie politique sénégalaise. Suffisamment en tout cas pour que le ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Diome, publie un communiqué la nuit même pour menacer le parti de dissolution.

Qu’est-il reproché à Pastef ? D’avoir reçu des « subsides de l’étranger ou d’étrangers établis au Sénégal », selon le ministre. « Nous nous sommes toujours financés de la sorte, rétorque le responsable de la communication du Pastef, El Malick N’Diaye. La seule différence, c’est que cette campagne-là a beaucoup mieux marché. » Réputé pour sa maîtrise de la communication digitale, le parti a choisi pour la première fois d’utiliser une plateforme sénégalaise de paiement en ligne et des moyens de paiement locaux, de type Orange money.

« Parler d’argent est tabou en politique. Des milliards circulent pourtant, mais on ne sait pas d’où provient cet argent », taclait Ousmane Sonko au lancement de la campagne. Sans financement public ni organe de contrôle, le clientélisme et les financements occultes sont-ils inévitables ? Les partis d’opposition sont en tout cas soumis à une pression certaine. En particulier en période électorale.

Système D

La majorité des responsables des partis (opposition et majorité) contactés par Jeune Afrique présentent les cotisations des partisans et des militants comme leurs principales sources de revenus. En dehors des ventes de cartes d’adhésion, les cotisations varient selon la hiérarchie des membres. Au Parti socialiste (PS) par exemple, un cadre évoque une cotisation mensuelle d’environ 100 000 FCFA pour un député, la moitié pour un maire.

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