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Football : la fièvre acheteuse des princes du Golfe ne se dément pas

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Le cheikh Hamad Ben Khalifa Al Nahyan et le propriétaire du Beitar Jerusalem F.C., Moshe Hogeg, posent pour une photo à Dubaï, aux Emirats arabes unis, le 7 décembre 2020.

Le cheikh Hamad Ben Khalifa Al Nahyan et le propriétaire du Beitar Jerusalem F.C., Moshe Hogeg, posent pour une photo à Dubaï, aux Emirats arabes unis, le 7 décembre 2020. © Sheikh Hamad Bin Khalifa Al Nahyan's and Beitar Jerusalem F.C. owner Moshe Hogeg pose for a photo in Dubai, United Arab Emirates December 7, 2020. © Beitar Jerusalem via REUTERS

Si la crise diplomatique entre les États du Golfe est en train de prendre fin, leur rivalité s’exprime toujours sur le terrain sportif.

L’établissement des relations diplomatiques entre Israël et les Émirats arabes unis, effective depuis octobre, était largement prévisible. Mais pas grand monde n’avait vu venir l’opération financière réalisée par Hamad Ben Khalifa Al Nahyan, membre de la famille régnante d’Abou Dhabi, qui a acquis 50 % du club israélien du Beitar Jérusalem. Le cheikh s’est également engagé à injecter environ 76 millions d’euros dans les caisses du club sur les dix prochaines années.

L’arrivée de capitaux émiratis dans ce club de Jérusalem n’est pas anodine : le Beitar n’a jamais engagé de joueur arabe depuis sa création, en 1936. Certains de ses « ultras » ne font pas mystère de leurs sentiments anti-arabes et n’hésitent pas à désigner leur club « comme le plus raciste d’Israël » – le slogan « Mort aux arabes » étant fréquemment entendu dans les tribunes du Teddy Stadium.

Proche du Likoud, le Beitar a été racheté en 2018 par Moshe Hogeg, qui a fait fortune dans la cryptomonnaie. La rencontre improbable entre un businessman israélien et un cheikh émirati a été parrainée par le rabbin ultraorthodoxe Shmaryahu Yosef Chaim Kanievsky. Un mariage qui n’est pas du goût de la Familia, un groupe de supporters très proche de l’extrême-droite israélienne, dont des membres ont tagué sur les façades du stade des termes très explicites, comme « Fuck Dubaï » – alors qu’Al Nahyan est originaire d’Abou Dhabi. Ce dernier, qui a déploré ces actes, avait déclaré un peu plus tôt que le Beitar entendait ouvrir ses portes « aux joueurs de toutes les origines et de toutes les religions ».

Le Bahreïn dans le capital du Paris FC

En juillet dernier, la famille royale du Bahreïn, qui avait racheté en début d’année Cordoue (Espagne, Division 3) pour 3 millions d’euros, est de son côté entré dans le capital du Paris FC (PFC), un club de Ligue 2, à hauteur de 20 %. Cela a permis à ce dernier de voir son budget passer de 14,5 millions à 19 millions d’euros, et d’être désormais valorisé à hauteur de 25 millions d’euros, soit davantage que certains clubs de Ligue 1.

Cette arrivée de Bahreïn dans le monde du football professionnel français n’est pas vraiment un hasard. En 2019, le roi Hamad Ben Issa Al Khalifa et un de ses cinq fils, le prince Nasser, avaient profité d’une visite officielle en France pour nouer quelques contacts avec les dirigeants parisiens. Lesquels ont effectué le voyage à Manama en mars dernier pour finaliser le dossier.

Le Bahreïn est aussi devenu le sponsor principal du PFC, qui s’inscrit sur le maillot parisien – « Victorious Bahrain » – avec l’espoir de concurrencer le Qatar, propriétaire du Paris Saint-Germain (PSG). Au-delà de la crise diplomatique qui a opposé le Qatar à ses voisins durant trois ans et qui a pris fin ce 4 janvier, Bahraïn et le petit émirat entretiennent des relations historiquement tendues, notamment pour des raisons territoriales.

De nouveaux investisseurs

Toujours en France, le club de Châteauroux (Ligue 2) va pour sa part passer sous pavillon saoudien, via le prince Abdallah Ben Mosaad, petit-fils d’Ibn Saoud, fondateur de l’Arabie saoudite. La prise de contrôle est d’ores et déjà actée et interviendra officiellement dans les prochains jours. Ben Mosaad devrait racheter les deux tiers des parts du club, ce qui lui permettrait de bénéficier de la majorité qualifiée, et de procéder à une augmentation de capital de deux millions d’euros.

Le futur propriétaire n’est pas un inconnu, puisque sa société, United World Group, contrôle déjà Sheffield United (Angleterre), le Beerschot Anvers (Belgique), Al-Hilal Dubaï (Émirats arabes unis), ainsi que le club indien de Kerala United FC, basé à Calcutta.

Comme Bordeaux, Nice, le PSG ou Marseille, l’idée de faire rentrer des actionnaires étrangers dans le capital est clairement dans l’air

L’AS Saint-Etienne (ASSE) a de son côté envoyé dans le Golfe Bernard Caïazzo, le président du directoire du club, afin de sonder d’éventuels investisseurs. Il était ainsi à Dubaï à la fin du mois de novembre, et y a rencontré Saeed Hareb, le secrétaire général de Dubai Sports Councils (DSC), dont la mission est de gérer toutes les activités sportives du gouvernement. « Le club traverse une situation financière un peu difficile, liée aux conséquences de la crise sanitaire notamment. Comme Bordeaux, Nice, le PSG ou Marseille, l’idée de faire rentrer des actionnaires étrangers dans le capital est clairement dans l’air. Et comme l’ASSE fait partie des clubs français les plus réputés et les plus suivis, ses dirigeants imaginent qu’une telle opération est possible », explique un agent, sous couvert d’anonymat. En mai dernier, des rumeurs insistantes faisaient état d’un intérêt saoudien pour le club le plus titré de France.

Rivaliser avec le Zamalek, l’Espérance et le Raja

Les investisseurs du Golfe se montrent en revanche beaucoup moins intéressés par l’Afrique. Seul le club égyptien de Pyramids FC, finaliste de la dernière édition de la Coupe de la confédération africaine de football (l’équivalent africain de l’Europa League), fait figure d’exception. Racheté en juin 2018 par le Saoudien Turki Al-Sheik (également propriétaire du club espagnol UD Almeria), il est passé treize mois plus tard sous pavillon émirati, avec l’arrivée aux commandes de Salem Al-Shamsi, déjà présent au club en tant que vice-président. Al-Shamsi veut faire des Pyramids l’un des meilleurs clubs d’Afrique, en le dotant de moyens humains et financiers comparables à ceux de ses rivaux égyptiens de Zamalek ou d’Al Ahly, de l’Espérance Tunis, du TP Mazembe ou des casablancais du Raja ou du WAC.

Mais c’est de nouveau du côté de Paris que l’attention des princes du Golfe pourrait se porter dans les prochaines semaines. L’arrivée de l’Argentin Lionel Messi (33 ans), en froid avec ses dirigeants au FC Barcelone et dont le contrat avec le club catalan se termine en juin 2021, est très sérieusement envisagée, surtout depuis que son ancien coéquipier Neymar a clamé haut et fort son intention de rejouer avec le Sud-Américain.

Il pourrait être recruté dès cet hiver par le PSG, lequel devrait verser une indemnité de transfert qui ne saurait être inférieure à 50 millions d’euros. En revanche, Messi, en fin de contrat, ne coûterait rien à partir du 30 juin 2021. Le PSG est l’un des rares clubs au monde à être capable de s’offrir le joueur, dont le salaire actuel tourne autour des 90 millions d’euros par an…

À Doha, les propriétaires du PSG réfléchissent aux deux scénarios, conscients que si l’Argentin coûte de d’argent, il peut également en rapporter beaucoup.

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