Transport aérien

Olfa Hamdi : une « Américaine » pour sauver Tunisair

Réservé aux abonnés | | Par - à Tunis
Mis à jour le 07 janvier 2021 à 15h03
OlfaHamdi

OlfaHamdi © Concord Project Technologies

Installée aux États-Unis depuis des années, Olfa Hamdi a été choisie pour son expertise d’ingénieure mais aussi sa vision outre-atlantique du management. Sa mission : sauver une compagnie à l’agonie.

Il y a moins de dix ans, en 2012, la nouvelle PDG de Tunisair, Olfa Hamdi, recevait le prix Abou Al Kacem Chebbi, qui récompense chaque année le meilleur étudiant tunisien installé aux États-Unis.

À l’époque, la Gafsienne citait Bourguiba pour définir sa vision de l’engagement : « Préférer une réforme modeste qui en permet une autre, à un miracle impossible. » À 32 ans, c’est pourtant bien un impossible miracle qu’elle tentera de réussir à la tête de l’entreprise publique à l’agonie.

Nommée le 4 janvier, la double diplômée en science de l’ingénierie et management de projet de l’École centrale de Lille et de l’Université d’Austin, Texas (2013) aura trois principales tâches : remettre la flotte en état de voler ; redéfinir la stratégie commerciale de la compagnie et remobiliser les quelque 7 800 employés.

Une stratégie commerciale à revoir

Alors qu’aujourd’hui entre 8 et 10 avions seulement, sur 28, sont en état de voler, la spécialiste de la gestion des grands projets sera dans son élément : jongler entre les certifications internationales et établir des procédures techniques pour remettre la flotte en fonction sont la base de son travail depuis 2013 en tant qu’indépendante, experte dans des instituts de recherche (Advance Work Packaging Institute) ou à la tête d’une société de conseils (Concord Project technologies Inc.).

La pandémie a mis la redéfinition de la stratégie commerciale entre parenthèses, mais la compagnie à la Gazelle ne pourra pas faire l’économie indéfiniment d’une nouvelle vision.

Tunisair devra-t-elle se tourner davantage vers l’Afrique, moins rentable aujourd’hui mais aux débouchés importants ? Prendra-t-elle le virage d’une compagnie d’escale plus que de tourisme de masse ? Autant de décisions que la cheffe d’entreprise néophyte devra prendre en concertation avec son ministre de tutelle, Moez Chakchouk, qui a salué sa nomination d’un « good luck » sur Twitter.

Déficit abyssal

Sa chance est que son arrivée coïncide avec une transformation de la gouvernance : le PDG n’a plus, comme jusqu’à présent, à se référer en amont, au gouvernement, pour prendre une décision opérationnelle. Une liberté d’action qui a dû peser dans la balance pour cette experte internationalement reconnue formée à l’ « américaine », où la place de l’État demeure une incongruité dans la sphère économique.

Son défi n’en reste pas moins immense : la société, détenue à 74,42 % par l’État, a affiché en 2019 un déficit de 965 millions de dinars (309 millions d’euros à l’époque). Mais, selon nos informations, l’État est prêt à mettre la main au portefeuille pour sauver la vitrine aérienne du pays.

Pour sa première expérience à la tête d’une entreprise publique, elle sera secondée par Moez Boujmil, secrétaire général de Tunisair. C’est lui qui fait office de vrai dirigeant de la société depuis le départ mouvementé d’Elyes Mnakbi en juillet. Charge à lui de la guider dans les arcanes de ce fleuron en bout de course.

L’UGTT méfiante

« Nous la soutenons à 100 %. Elle va apporter du sang neuf dont Tunisair a besoin. Son parcours va inspirer les jeunes ingénieurs de la compagnie, qui sont parfois obligés de se former à leur propre frais », se félicite Karim Elloumi, président de l’association tunisienne des pilotes de ligne. L’ayant écouté il y a trois ans lors d’une conférence TedEx, il est persuadé qu’Olfa Hamdi à « l’étoffe d’un leader ».

Reste que cette nomination iconoclaste – jusqu’ici le PDG de Tunisair était généralement issu de l’entreprise, de l’administration publique ou de l’armée – demeure un pari risqué.

Olfa Hamdi devra ainsi composer avec la puissante centrale syndicale UGTT qui ne cache pas que son profil « américain » n’est pas des plus appréciés. Or, elle n’a aucune expérience des négociations avec les partenaires sociaux.

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