Société

Procréation médicalement assistée : le modèle tunisien fait recette

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La docteur Ariane Faouzi, spécialiste en gynécologie obstétrique, dans la clinique Les Jardins, à Tunis, le 7 janvier 2021.

La docteur Ariane Faouzi, spécialiste en gynécologie obstétrique, dans la clinique Les Jardins, à Tunis, le 7 janvier 2021. © Ons Abid pour JA

Pionnière de la planification des naissances, la Tunisie est devenue en vingt ans une destination de choix sur le continent pour la procréation médicalement assistée.

Le docteur Faouzi Ariane est satisfait : il vient de mettre au monde, par césarienne, un bébé conçu par assistance médicale à la procréation (AMP), désignée aussi par procréation médicalement assistée (PMA). « C’est devenu un acte très fréquent, presque une routine », remarque une infirmière de la clinique Les Jardins, à Tunis, un établissement parmi la vingtaine qui pratiquent l’AMP en Tunisie.

Le pays, pionnier de la planification des naissances et du droit à l’avortement dans les années 1960, est aujourd’hui le chef de file régional de l’AMP.

Un hadith du Prophète

« C’est devenu un acte très fréquent, presque une routine », remarque une infirmière de la clinique Les Jardins, à Tunis, un établissement parmi la vingtaine qui pratiquent l’AMP en Tunisie.

« C’est devenu un acte très fréquent, presque une routine », remarque une infirmière de la clinique Les Jardins, à Tunis, un établissement parmi la vingtaine qui pratiquent l’AMP en Tunisie. © Ons Abid pour JA

Une position consolidée par une maîtrise parfaite des techniques et un cadre juridique très clair et respectueux de la vie, posé en 2001. Le sujet de l’AMP a été longuement débattu en amont et l’un des initiateurs de la réflexion en Tunisie sur la santé de la mère et de l’enfant, le professeur Béchir Hamza, aimait à citer un hadith du Prophète – »Le jour de la Résurrection, le prophète sera fier de l’importance numérique de sa communauté et les croyants sont encouragés à se reproduire » – avant toute discussion d’ordre éthique.

Résultat, la Tunisie ne consent l’AMP qu’aux couples mariés, interdit les dons de sperme ou d’ovocytes et réduit au maximum les embryons en surnuméraire (conçus lors d’une fécondation in vitro et pouvant être congelés). Certains médecins prévoient que sous peu, la nécessité de prévention de l’infertilité chez les hommes comme chez les femmes va poser la question d’un éventuel réaménagement de la loi. « Un jeune homme atteint d’un cancer des testicules pourrait vouloir un enfant. Il s’agit de droit à la vie », souligne une cancérologue de l’hôpital Salah-Azaïez.

Un jeune homme atteint d’un cancer des testicules pourrait vouloir un enfant

Nous n’en sommes pas encore là. « Nous avons trouvé un équilibre entre modernité, avancées scientifiques et respect religieux, il n’est pas nécessaire de tout bouleverser », estime un avocat qui ne voit pas la nécessité de relancer le débat. « Être moins permissif rassure les futurs parents sur l’attribution de la filiation et évite des problèmes successoraux », assure une juge des familles. Notamment ceux qui viennent d’Afrique subsaharienne, ainsi que de Libye et d’Algérie, qui forment le plus gros du contingent des candidats étrangers à l’AMP.

Forte demande en Afrique

« La demande est très forte en Afrique. La spécialité est désormais très répandue de par le monde mais la Tunisie reste un pôle important, même si la concurrence est rude », souligne Ghazi Mejbri, directeur général de la société Service Médical International (Smedi). Ce spécialiste de la prise en charge médicale et de l’accompagnement d’étrangers venus en Tunisie pour recevoir des soins a mis en place tout un protocole basé sur une concertation étroite avec le gynécologue du pays d’origine, qui doit assurer une série d’analyses préalables afin de définir la méthode la plus adaptée et d’identifier celui qui effectuera l’acte en Tunisie sur la base de ces résultats. Une mécanique bien rodée, qui participe à la bonne réputation des médecins tunisiens.

« À chaque étape, les médecins ont pris en compte mon état de santé et j’ai été informée, ainsi que mon mari, de toutes les options possibles avant d’opter pour une fécondation in vitro plutôt qu’une insémination intra-utérine [IAC] », se félicite Marie-Hélène, une ressortissante camerounaise installée en Tunisie. Mais elle reconnaît que résider dans le pays a été un plus. « Autrement, il aurait fallu prévoir un séjour d’environ un mois, cela peut être une contrainte pour un couple », remarque la jeune maman de 36 ans.

Des conditions de vie qui favorisent la stérilité

Hors séjour, il en coûte en moyenne 4 500 dinars, soit 1 300 euros, en comptant la phase délicate du traitement préalable visant à la stimulation des ovaires, l’hospitalisation pour l’AMP et la congélation d’ovocytes. Des actes dont les Tunisiennes de moins de 40 ans et mariées depuis trois ans bénéficient gratuitement après examen de leur dossier par la Caisse nationale d’assurance maladie.

Au fil des ans, la demande est de plus en plus importante, note le gynécologue Faouzi Ariane, qui impute les difficultés à procréer de 10 % à 15 % des couples aux conditions de vie qui favorisent la stérilité, notamment masculine. Celui qui évite de traiter des patientes de plus de 40 ans souligne que le taux de 40 % de réussite dès la première tentative d’AMP encourage les couples venus consulter pour des problèmes de stérilité. « Même si  certaines infertilités sont d’ordre psychologique, ou même inexplicables, de plus en plus de couples franchissent le pas et amorcent le processus de l’AMP qui leur permettra de fonder une famille. » Et d’éviter un divorce, dont la stérilité est l’une des causes les plus fréquentes.

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