Politique

RDC : pourquoi Félix Tshisekedi a-t-il choisi Bahati Lukwebo pour former sa majorité ?

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 05 janvier 2021 à 14h50
Le nouveau président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo.

Le nouveau président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo. © PRESIDENCE RDC

Nommé informateur, Modeste Bahati Lukwebo s’est attelé à la constitution d’une nouvelle majorité parlementaire. Transfuge du FCC, il va y gagner en visibilité. Reste à savoir quelle sera sa marge de manœuvre.

Ce 31 décembre au soir, Modeste Bahati Lukwebo n’est entouré que de quelques proches, mais il ne boude pas son plaisir. Félix Tshisekedi vient de le nommer informateur et, pour le président de l’Alliance des forces démocratiques congolaises et alliés (AFDC-A), propulsé sur le devant de la scène par voie de communiqué, 2021 s’annonce prometteuse.

Modeste Bahati Lukwebo a désormais 30 jours, renouvelables une seule fois, pour tenter de constituer une nouvelle majorité parlementaire autour du chef de l’État. Cela fait suite à « la fin de l’accord politique entre les forces politiques membres du Cap pour le Changement [Cach] et celles du Front commun pour le Congo [FCC] », a expliqué le président congolais, l’idée étant de former « un gouvernement de coalition représentatif de ces deux regroupements politiques. »

Écarter les ambitieux

Le FCC a bien sûr condamné « la désignation unilatérale d’un informateur chargé d’identifier une majorité parlementaire qui existe déjà ». Il a protesté aussi contre le fait que, contrairement à ce que prévoit la Constitution, Bahati Lukwebo a été nommé alors que le Premier ministre n’avait ni démissionné ni été destitué. La coalition de Joseph Kabila en a été d’autant plus irritée que le nouvel informateur est un dissident issu de ses propres rangs.

Si le choix de Félix Tshisekedi s’est porté sur lui, c’est sans doute pour contrecarrer les plans de certains ambitieux qui se verraient bien à la primature, voire qui réfléchissent à se lancer dans la course à la magistrature suprême en 2023. Les noms de Jean-Pierre Bemba (Mouvement de libération du Congo, MLC) et de Moïse Katumbi (Ensemble pour la République) avaient ainsi circulé, mais n’ont finalement pas été retenus et les intéressés n’ont, à ce jour, pas publiquement commenté la désignation du président de l’AFDC-A.

Finalement, murmure-t-on à Kinshasa, Tshisekedi a choisi une personnalité qui a le sens de la stratégie, mais qui est aussi peu susceptible de lui faire de l’ombre.

Un atout pour l’UDPS

Le rapprochement entre Bahati Lukwebo et l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) remonte à octobre 2019. À l’époque, Bahati Lukwebo s’est déjà fait remarquer en se portant candidat à la présidence du Sénat contre l’avis du FCC et de l’ancien chef de l’État. Finalement écarté au profit d’Alexis Thambwe Mwamba, il est depuis en rupture de ban.

D’autant que cela n’est pas sa première déception : en 2018, il avait espéré que Joseph Kabila ferait de lui son dauphin et s’était vu préférer Emmanuel Ramazani Shadary. Amer, Bahati Lukwebo s’est résigné à prendre ses distances avec le FCC.

Le parti de Vital Kamerhe se méfie de ce transfuge du FCC

Au sein de Cach, le rapprochement ne convainc pas immédiatement. L’Union pour la nation congolaise (UNC) de Vital Kamerhe se méfie de ce transfuge originaire, comme le directeur de cabinet du chef de l’État, du Sud-Kivu – les deux se disputent le leadership de la province. Mais depuis, Kamerhe est tombé, condamné en juin dernier à vingt ans de prison pour détournement de fonds et corruption, et l’UDPS sait que Lukwebo peut être un atout dans l’Est.

N’a-t-il pas d’ailleurs contribué à faire chuter Jeanine Mabunda de la présidence de l’Assemblée nationale, début décembre, en convainquant nombre de députés de voter contre cette proche de Joseph Kabila ?

Qui composera le nouveau bureau de l’Assemblée et qui prendra sa tête ? L’élection est à l’ordre du jour de la session extraordinaire qui s’ouvre ce mardi 5 janvier. Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba, qui ont eux aussi joué un rôle décisif dans le coup de théâtre de décembre, sont attendus à Kinshasa dans les jours qui viennent. Ils vont poursuivre les échanges entamés le 27 décembre avec Félix Tshisekedi sur le partage des postes au sein du futur gouvernement et du bureau de l’Assemblée.

« Juste une formalité » ?

Plusieurs fois ministre, et un temps questeur à l’Assemblée nationale lorsque celle-ci était présidée par Kamerhe, Bahati Lukwebo, 64 ans, connaît bien les arcanes de la politique congolaise. « Il maîtrise les enjeux, le jeu et ses acteurs, résume le député Lubaya Claudel André. Tel un poisson, il sait suivre le cours de l’eau. »

Jean-Marc Kabund et le chef de l’État lui-même ont fait tout le travail en amont »

Arrivera-t-il à donner à Félix Tshisekedi la majorité voulue ? Il n’a échappé à personne que, le 3 janvier, 302 députés nationaux ont répondu favorablement à l’invitation de Félix Tshisekedi, qui souhaitait les réunir avant le début de la session extraordinaire. 302 élus, emmenés par Jean-Marc Kabund-a-Kabund, le président intérimaire de l’UDPS, sur les 500 que compte l’Assemblée nationale. Le président congolais disposerait-il d’une majorité avant même que le nouvel informateur n’ait entamé son travail ?

Bahati Lukwebo est en train de mettre en place son cabinet et, dans les semaines qui viennent, il devrait rencontrer un large éventail d’acteurs, y compris au sein du FCC. « Mais cette histoire d’informateur, c’est juste une formalité », commente un membre du cabinet de Félix Tshisekedi. Et une autre source de conclure : « C’est Jean-Marc Kabund et le chef de l’État lui-même qui ont fait tout le travail en amont.”

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA309_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte