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Le premier coup d’État de Mobutu

Quand, le 14 septembre 1960, le colonel Joseph-Désiré Mobutu, commandant en chef de l’armée, déclare la « neutralisation des politiciens », s’emparant ainsi du pouvoir, c’est peu dire que le Congo connaît la plus grande confusion. Un peu plus de deux mois auparavant, et après quatre-vingts ans d’un système colonial excluant les Congolais des sphères de décision, la Belgique avait transmis dans la précipitation le pouvoir à des nationalistes désunis et sans expérience de la chose publique.
Les premières revendications politiques formulées par des Congolais ne remontaient guère qu’au milieu des années 1950. Il avait fallu attendre août 1956 pour voir une organisation, l’Abako, se muer en parti. Les choses se précipitent à partir de 1958, après que, de l’autre côté du fleuve Congo, à Brazzaville, le général de Gaulle, fraîchement revenu au pouvoir, eut promis l’indépendance aux colonies françaises. De nouveaux partis voient le jour, parmi lesquels le Mouvement national congolais de Patrice Lumumba. La plupart ont une assise purement régionale, comme la Conakat (Confédération des associations tribales du Katanga) de Godefroid Munongo, le Parti solidaire africain, créé dans le Kivu par Antoine Gizenga et Cléophas Kamitatu, ou encore le MNC-K, une dissidence du parti de Lumumba qu’Albert Kalonji implante au Kasaï. Les différentes formations s’organisent, s’allient, se divisent dans le plus grand désordre.
Face à ce maelström, et pressés par la montée de la revendication indépendantiste, qui se traduit par des émeutes sanglantes, les Belges organisent une table ronde à Bruxelles à la fin de janvier 1960. Au terme de deux mois de discussions, l’indépendance est fixée au 30 juin. Loin d’atténuer les dissensions, cette échéance ne fait que les attiser. Le Katanga, le Kasaï et la région de Léopoldville sont le théâtre d’affrontements à caractère ethnique. Les élections de mai voient le triomphe de Lumumba, dont le parti est le seul à avoir une implantation nationale. Les troubles n’en diminuent pas pour autant.

Lumumba et Kasavubu, le leader de l’Abako, trouvent quand même un accord. Le premier prendra la tête du gouvernement indépendant, le second occupera le poste de président de la République. Lumumba ne doute pas un instant que la direction du pays lui échoira.
À l’heure où le Congo accède à la souveraineté internationale, le pays est à feu et à sang. Le nouveau pouvoir n’a de prise ni sur l’administration ni sur l’armée, qui restent aux mains des Belges. Pour faire face à une mutinerie, Lumumba nomme au poste de chef d’état-major un homme qu’il pense lui être fidèle, un certain Joseph-Désiré Mobutu, promu au grade de colonel. Rien n’y fait. Les violences se généralisent, des Européens sont assassinés. Bruxelles dépêche des troupes pour protéger ses ressortissants. C’est au riche Katanga que l’explosion aura lieu. Le 11 juillet, Moïse Tshombé, le nouveau leader de la Conakat, proclame l’indépendance de la région, proposant à la Belgique la formation d’une « communauté économique » entre les deux pays. Kalonji lui emboîtera le pas au Kasaï, début août. Entretemps, Lumumba a rompu les relations diplomatiques avec Bruxelles et fait appel aux Nations unies pour réduire la sécession katangaise.

À Léopoldville, rien ne va plus entre les deux têtes de l’État, un temps solidaires dans l’adversité. Le 5 septembre, Kasavubu révoque Lumumba, celui-ci déposant à son tour Kasavubu. Le 13 septembre, le Parlement vote les pleins pouvoirs au leader du MNC. Acculé, Kasavubu nomme, le 14 septembre, Mobutu commandant en chef de l’armée. Ce dernier ne perd pas de temps. Quelques heures plus tard, à 20 h 30, il s’empare du pouvoir pour le confier à un collège de commissaires constitué d’étudiants. L’ordre constitutionnel ne sera rétabli qu’en août suivant.
Fuyant Léopoldville vers son fief de Stanleyville, Lumumba sera arrêté début décembre par les hommes de Mobutu, avant d’être livré à son pire ennemi, Tshombé, qui le fera tuer à Élisabethville le 17 janvier 1961.
Pendant les années suivantes, une série de gouvernements se succéderont sur fond de rébellion katangaise. Jusqu’à ce que, le 24 novembre 1965, Mobutu se décide à reprendre le pouvoir. Cette fois-ci, il le conservera, et d’une main de fer, jusqu’à son renversement par les troupes de Laurent-Désiré Kabila, le 17 mai 1997.

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