Transports

Infrastructures : le coût exorbitant des ports nigérians

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Mis à jour le 13 janvier 2021 à 14h05
Au port d’Apapa, un jour comme un autre.

Au port d'Apapa, un jour comme un autre. © Olukayode Jaiyeola/NurPhoto/AFP

Faute d’investissements, les infrastructures portuaires du géant ouest-africain se trouvent dans un état d’asphyxie chronique. Pour accroître l’efficacité des flux commerciaux et espérer être compétitif face aux États voisins, le pays doit rapidement se réformer.

La crise durable qui sévit dans les ports d’Apapa et de Tin Can Island, principaux points d’entrée commerciaux de la plus grande économie africaine, a été exacerbée par le marasme provoqué par la pandémie et les troubles récents dans la capitale économique du Nigeria. Des dizaines de navires restent inactifs en mer, tandis que des centaines de camions restent dans la circulation pendant des jours ou des semaines en attendant d’entrer et de sortir du port.

«Pendant la pandémie, il y a eu un confinement puis des couvre-feux, de sorte que les dockers n’ont pas pu reprendre le travail comme prévu. Cela a réduit la productivité et prolongé les longs séjours des navires », a déclaré Otunba Kunle Folarin, président du Conseil consultatif des ports nigérians.

Des chaînes d’approvisionnement mises à rude épreuve

Dans le monde entier, la pandémie de coronavirus a mis à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement internationales et menacé de perturber le commerce.

À Lagos, où la zone portuaire est plus encombrée que jamais, l’Association des opérateurs de terminaux portuaires estime que la congestion coûte au pays 55 millions de dollars par jour en perte d’activité économique.

La capacité du port n’a pas augmenté depuis 1997 quand la population a quasiment triplé

Quelques jours à peine avant l’entrée en vigueur de la Zlecaf, les entreprises nigérianes se plaignent que la hausse des coûts les empêche d’être compétitives. « Nous savons tous que la congestion des ports est mauvaise pour l’économie », a déclaré Jumoke Oduwole, responsable de l’agence chargée d’améliorer l’environnement des entreprises nigérianes.

Un gouvernement aux abonnés absents

« Le gouvernement a parlé de la facilité à faire des affaires », a déclaré Muda Yusuf, directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie de Lagos. « Mais s’il y a un secteur où nous n’avons pas ressenti l’effort du gouvernement… c’est celui des ports, où pratiquement rien n’a changé. »

Ce problème ne sera pas résolu en douze ou dix-huit mois

La capacité du port n’a pas augmenté depuis 1997, alors même que la population de Lagos a à peu près triplé. Le Nigeria importe beaucoup de matières premières et presque tous les produits finis, et la congestion entraîne des retards de production pour les multinationales.

« Il y a eu quelques progrès dans l’amélioration des routes et quelques efforts pour accélérer le dédouanement des conteneurs, mais cela n’a pas été cohérent ou sans heurts », a déclaré un cadre supérieur d’une multinationale. « Je ne pense pas que ce problème puisse être résolu dans les douze à dix-huit mois à venir ».

Augmentation des embouteillages

Le tarif moyen pour expédier un conteneur de 20 pieds de Shanghai à Lagos est d’environ 3 000 dollars, selon les données du Shanghai Containerized Freight Index (indice de fret conteneurisé) fournies par le cabinet de conseil néerlandais Dynamar, soit l’équivalent d’environ 3 750 à 4 000 dollars pour un conteneur de 40 pieds. Le taux actuel est de 5 000 dollars. Les cargos attendent souvent plus d’un mois au large des côtes avant de pouvoir décharger leurs marchandises dans le port, ce qui correspond à peu près au temps que certains passent en transit vers Lagos depuis la Chine.

L’augmentation des embouteillages en fin d’année dernière a fait grimper les prix du transport de marchandises vers le continent. Plutôt que de payer des tarifs plus bas pour un camion qui pourrait mettre plusieurs semaines à entrer dans le port, tout en accumulant des frais de stockage de conteneurs coûteux, la plupart des importateurs choisissent de payer des prix au comptant aux opérateurs de flottes, qui font payer 1,5 million de nairas (3 953 dollars) pour conduire un conteneur de 40 pieds de Tin Can jusqu’aux entrepôts de Lagos, selon des cadres supérieurs de sociétés de logistique. Apapa est moins cher actuellement, avec des tarifs actuels allant jusqu’à 700 000 nairas, en partie parce que l’on pense qu’il s’agit d’une meilleure exploitation.

Ce chiffre inclut les frais d’accès routier et les pots-de-vin, mais pas les frais de terminal ou de stockage au port, les frais généraux – qui peuvent atteindre des dizaines de milliers de dollars – liés aux navires stationnés en mer ou l’argent extorqué par les criminels et les fonctionnaires pendant que les camions attendent des jours dans les embouteillages.

Des infrastructures vieillissantes

L’encombrement des ports est dû à des infrastructures vieillissantes, à un transport ferroviaire maigre qui oblige 90 % des marchandises à passer par la route et à un manque presque total d’automatisation, ce qui signifie que chaque conteneur doit être physiquement inspecté par les douaniers. Il a été aggravé par l’augmentation du trafic maritime depuis la fermeture, l’année dernière, des frontières terrestres du pays pour lutter contre la contrebande .

Hadiza Bala Usman, responsable de l’Autorité portuaire nigériane (NPA), a déclaré que l’agence s’efforçait d’accélérer les choses. La NPA prévoit de numériser le traitement des conteneurs et a fait pression sur les opérateurs de terminaux pour qu’ils investissent davantage, notamment la société néerlandaise APM Terminals, qui a annoncé une modernisation de 80 millions de dollars de ses installations Apapa cette année.

Un tronçon de route de 35 km partant du port est en cours de rénovation par l’entreprise de construction du milliardaire nigérian Aliko Dangote, en échange d’un congé fiscal. D’autres entreprises utilisent également des barges pour transporter les conteneurs vers des entrepôts sous douane, où elles peuvent procéder au dédouanement en dehors du port.

Un nouveau port d’une valeur de 1,5 milliard de dollars en 2022

D’autres améliorations sont à l’horizon. À environ 60 km à l’est de Lagos, l’entreprise alimentaire singapourienne Tolaram et la China Harbour Engineering Company construisent un port maritime d’une valeur de 1,5 milliard de dollars. Mais il ne devrait pas être achevé avant 2022.

En attendant, le dysfonctionnement de Lagos permet à d’autres ports d’Afrique de l’Ouest, qui desservent des marchés beaucoup plus modestes, d’éclipser le Nigeria.

Le Nigeria est définitivement en retard

Lomé, au Togo, est désormais le port le plus actif de la région, et les cargaisons destinées au Nigeria sont de plus en plus souvent déchargées ou expédiées par des navires plus petits à partir de ports du Ghana, de  Côte d’Ivoire, du Cameroun et du Congo-Brazzaville.

« Le Nigeria est définitivement en retard », a déclaré Darron Wadey, analyste principal chez Dynamar. « Ce que vous voyez à Lagos. . . Je ne me souviens pas avoir vu quelque chose de semblable ailleurs dans le monde. »

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