Santé

Faut-il craindre le variant sud-africain du Covid-19 ?

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Test covid à l’aéroport international OR Tambo de Johannesburg, le 30 décembre 2020.

Test covid à l'aéroport international OR Tambo de Johannesburg, le 30 décembre 2020. © LUCA SOLA/AFP

Comme le Royaume-Uni, l’Afrique du Sud fait face depuis quelques semaines à une version mutante du Covid-19. Celle-ci semble plus agressive et pourrait être résistante au vaccin.

L’information émane d’une source anonyme au sein du gouvernement britannique, qui dit relayer les propos du secrétaire d’État à la Santé, Matt Hancock. Elle a été révélée par la chaîne ITV et suscite depuis de vives inquiétudes. Selon l’informateur, M. Hancock considère le variant du Covid identifié le 18 décembre par les autorités sud-africaines comme « un problème très significatif » et se dit « incroyablement soucieux ».

Ce variant, tout comme celui qui sévit actuellement au Royaume-Uni, se caractérise par une mutation sur l’une des protéines constitutives du virus, la protéine Spike, ce qui lui permet de contaminer plus facilement d’autres cellules.

Les mutations font partie de l’évolution normale d’un virus, rappellent tous les experts, et dans le cas du Covid-19 ils en ont observé plusieurs milliers depuis le déclenchement de la pandémie. Mais si la plupart d’entre elles ont peu d’effet sur la dangerosité du virus, voire aucun, la mutation observée sur le variant baptisé « 501.V2 » semble s’accompagner dans un cas sur trois de charges virales plus élevées. Ce qui signifie qu’il devient plus facilement transmissible sous forme aérosol, par exemple lors d’une conversation sans masques.

Résistance au vaccin ?

Mais cette possible agressivité accrue du Covid « mutant » n’est pas la seule source d’inquiétude, comme l’a expliqué à Times Radio le professeur John Bell, qui enseigne la médecine à l’université d’Oxford. Pour le scientifique, il existe un « gros point d’interrogation » autour de l’efficacité des vaccins contre la forme mutante du Covid et s’il s’avère qu’il faut développer un nouvel antidote spécifique, cela demandera un nouveau délai « d’un mois à six semaines ».

Une information alarmante pour la population sud-africaine, qui attend toujours l’arrivée et la distribution des premiers vaccins. Critiques et accusations d’impréparation se multiplient, en particulier du côté du Congrès des syndicats sud-africains (Cosatu), qui accuse le gouvernement de s’être laissé « prendre au dépourvu » et de ne pas avoir été capable de mettre en place un programme de vaccination efficace.

L’Afrique du Sud est l’un des rares pays africains à participer à des essais. Mais aussi le plus touché.

« Une stratégie solide et convaincante d’achat et de distribution des vaccins aurait dû être décidée bien plus tôt et, aujourd’hui, les autorités devraient être en train de commencer la distribution au lieu de se contenter de vagues engagements, critique notamment un porte-parole de l’organisation syndicale. Le plan qui nous est présenté actuellement, avec appels téléphoniques, recherche et autorisations, aurait dû être mis en place en septembre dernier, lorsqu’il est devenu clair que les vaccins seraient probablement disponibles au premier trimestre 2021 ».

L’Afrique du Sud est pourtant l’un des très rares pays africains à participer à des essais cliniques sur les vaccins en cours d’homologation, en l’occurrence celui que co-développent le laboratoire AstraZeneca et l’université d’Oxford. Mais le pays est aussi, et de très loin, le plus touché par la pandémie, avec à ce jour plus de 1,1 million de cas détectés et près de 30 000 morts (soit presque la moitié des 67 000 décès enregistrés sur le continent).

Premières doses en février

Attaqué de toutes parts, le ministre de la Santé, Zweli Mhkize, a pris la parole le 3 janvier afin de rassurer ses concitoyens. Le gouvernement sud-africain, a-t-il rappelé, négocie actuellement l’achat de doses de vaccins auprès de plusieurs des principaux laboratoires capables d’en fournir – parmi lesquels Pfizer, AstraZeneca et Johnson & Johnson ainsi que les fournisseurs russes et chinois. Les discussions avec Moderna n’ont en revanche pas abouti, ce dernier refusant de soumettre son vaccin à l’autorité sud-africaine de régulation.

Le pays vient par ailleurs de verser 15,8 millions d’euros au dispositif Covax, mis en place sous l’égide de l’OMS pour garantir une distribution équitable des doses produites.

L’objectif des autorités est de commencer à vacciner la population en février. L’administration des produits doit se faire en trois étapes : elle concernera d’abord le personnel de santé, soit plus de 12,5 millions d’individus, ensuite les personnes exerçant des professions jugées « essentielles » (forces de l’ordre, mineurs, enseignants…), soit 8,6 millions supplémentaires, et enfin 8 autres millions identifiés comme souffrant de comorbidités.

À la fin 2021, ce sont en théorie 40 millions de Sud-Africains, soit 67 % de la population, qui devraient avoir été vaccinés dans le but d’atteindre ce que les médecins appellent l’ « immunité collective ».

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