Politique

RDC : Albert Yuma réhabilité à la tête du patronat sur décision judiciaire

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 31 décembre 2020 à 18:47

Albert Yuma à Paris, en 2011. © Vincent Fournier/JA

La justice a annulé l’élection de Dieudonné Kasembo Nyembo à tête de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), ordonnant la réhabilitation d’Albert Yuma, proche de Joseph Kabila, dont l’élection avait été contestée.

C’est un nouveau, et inattendu, rebondissement dans un bras de fer judiciaire qui dure depuis plusieurs semaines pour prendre la tête de la Fédération des entreprises du Congo (FEC). Le tribunal de grande instance de Kinshasa-Gombe a ordonné la suspension de l’élection de Dieudonné Kasembo Nyembo à la présidence de la FEC et, de fait, réhabilité Albert Yuma en tant que patron des patrons congolais.

Saisis par ce dernier, un proche de Joseph Kabila, les juges ont déclaré recevables les mesures conservatoires sollicitées par le patron de la Gécamines, qui contestait l’élection de Dieudonné Kasembo Nyembo à la présidence de la FEC, à l’issue d’un scrutin controversé organisé la semaine dernière.

« Le tribunal ordonne la suspension des délibérés et décisions de la séance électorale du conseil d’administration de la FEC du 23 décembre 2020 », précise l’arrêt , que Jeune Afrique a pu consulter.

Dieudonné Kasembo Nyembo avait alors été le seul candidat à se présenter lors d’un scrutin auquel ont participé seulement 14 administrateurs, sur les 130 que compte la FEC. Il avait été élu à l’unanimité des présents.

Une élection annulée par le Conseil d’État

Dans leur décision de ce jeudi, les juges ordonnent en conséquence que ce soit l’élection organisée le 26 novembre dernier – à l’issue de laquelle Albert Yuma avait été reconduit pour un sixième mandat de trois ans à la tête de la FEC – qui fasse foi.

Lors de ce scrutin, Albert Yuma avait été élu « à l’unanimité », mais « par acclamation », par les administrateurs présents… Cette élection avait, dès le lendemain,  été annulée par le Conseil d’État, qui a jugé qu’elle était entachée de plusieurs irrégularités. Le Conseil d’État avait alors exigé l’organisation d’un nouveau scrutin, dans les quinze jours, mais cette fois « à bulletin secret ».

Les avocats de Dieudonné Kasembo Nyembo ont annoncé leur intention de faire appel, dès que cette décision serait officiellement notifiée à leur client.

Me Georges Kapiamba, président de l’Association pour l’accès à la justice (ACAJ), estime pour sa part que le tribunal de Kinshasa-Gombe n’avait pas compétence pour se pencher sur ce dossier. « Albert Yuma aurait dû contester la décision du Conseil d’État en formulant un pourvoi pour violation de la loi relative à la compétence matérielle, et ensuite, seulement, revenir devant le tribunal de grande instance dans le cas où il obtiendrait gain de cause », juge l’activiste.

Au coeur du bras de fer Tshisekedi-Kabila

Élu pour la première fois à la tête de la FEC en 2005, Albert Yuma est une figure centrale du monde économique, mais aussi politique, congolais. Président de la Gécamines depuis 2010, il a un temps été pressenti pour devenir le Premier ministre de Félix Tshisekedi, avant que son nom ne soit écarté par le président au profit de Sylvestre Ilunga Ilunkamba.

Le bras de fer judiciaire au centre duquel se trouve ce proche de Joseph Kabila, qui vient de connaître un nouveau rebondissement ce jeudi, se joue dans un contexte politique tendu entre l’ancien président et son successeur, décidé à reprendre la main sur l’exécutif par le biais de l’ « union sacrée » qu’il s’emploie à mettre en place.