Économie

Ces entrepreneurs du « made in Togo »

Réservé aux abonnés | | Par - à Lomé
Mis à jour le 31 décembre 2020 à 14h35
Vue de la ville de Lomé, au Togo.

Vue de la ville de Lomé, au Togo. © Jacques Torregano pour JA

Dans plusieurs secteurs d’activité au Togo, des sociétés 100 % togolaises réussissent à s’imposer. La volonté et la motivation de leurs fondateurs y sont pour beaucoup.

Ils sont des modèles pour tous ceux qui souhaitent entreprendre à un niveau national. Ces dernières années, plusieurs figures d’entrepreneurs ont émergé au Togo. Malgré un accès compliqué au financement, le poids de la concurrence internationale ou encore les difficultés de commercialisation sur le marché local, ils arrivent à créer leurs sociétés et devenir des références.

Jeune Afrique a sélectionné une liste de directeurs d’entreprises aux parcours inspirants. Tous ont un point commun, leur détermination à réussir, tout en utilisant les ressources du pays.

  • Aimée Abra Tenu-Lawani : des cosmétiques et une philosophie de vie
Aimée Abra Tenu-Lawani, fondatrice de Kari Kari

Aimée Abra Tenu-Lawani Kari Kari © Florent Banissah

C’est dans la ville de Kpalimé, à 120 km de Lomé, qu’Aimée Tenu-Lawani a installé la société SetP Cosmétiques naturels. Sa marque, Kari Kari, fondée en 2014, produit des savons équitables et biologiques, mais aussi des huiles anti-moustiques ou des baumes corporels. Le chiffre d’affaires de sa société s’élève à 18 millions de francs CFA (27 433 euros).

Aimée Abra Tenu-Lawani se dit « businesswoman. » Elle revendique aussi fièrement le « made in Togo »: « Je suis togolaise, l’entreprise est installée au Togo et emploie des Togolais, nous travaillons les matières premières locales, » énumère-t-elle. Seuls apports de l’étranger, ses formations en saponification et cosmétiques, effectuées en Suisse et en France, en 2012 et 2014.

La société se finance sur fonds propres à 90 %, et bénéficie pour le reste d’un appui des autorités togolaises, via le Fonds d’appui aux initiatives économiques des jeunes (FAIEJ).

En 2020, Kari Kari a fabriqué 20.000 produits, principalement des savons. La société compte 12 personnes et prévoit de lancer une ligne de cosmétiques purs avec distribution dans les pays de l’UEMOA.

Aux débuts de la crise sanitaire, Aimée Abra Tenu-Lawani s’est même adaptée en fabriquant des gels hydroalcooliques.

Pour cette femme d’affaires, Kari Kari est plus qu’une entreprise, c’est un idéal de vie. Depuis son plus jeune âge, elle est sensible au respect de la nature et prône les circuits courts.

Une philosophie qu’elle a plaisir à partager au plus grand nombre: « nous offrons des ateliers savons et cosmétiques aux amateurs du Do it yourself et des contrats de fabrication et de marque blanche, c’est-à-dire une sous-traitance de fabrication de produits cosmétiques pour des marques de tiers. »

  • Eric Agbokou rend hommage au chocolat togolais
Eric Agbokou, fondateur de Choco Togo

Eric Agbokou Choco Togo 2 © KidsHubs Media Togo

« Entreprendre en Afrique, en zone CFA n’est plus un mythe pour les jeunes Africains », clame Eric Agbokou, fondateur de Choco Togo. Comme son nom l’indique, l’entreprise est spécialisée dans la fabrication de chocolat 100 % naturel.

Fondée en 2013, la société compte aujourd’hui 14 employés permanents et 55 temporaires. Elle est basée à Lomé et Kpalimé et produit 1 tonne de chocolat par an. Le projet a été permis par le programme « Youth in action » financé par l’Union européenne, mais la société vit désormais de ses recettes.

Le chiffre d’affaires 2020 s’élèvera à environ 70 millions de F CFA (107 000 euros). Un chiffe en dessous de celui de l’année 2019, où le CA s’élevait à 140 373 118 FCFA (213 941 euros), du fait de pertes de plus de 100 millions de FCFA (152 408 euros) en cette « année coronavirus ».

Comme la marque Kari Kari, Choco Togo mise sur la qualité du produit. Eric Agbokou met aussi un point d’honneur à favoriser « une économie basée sur la transformation des matières locales et la consommations des produits locaux » comme solution pour « une croissance économique durable. Il veut aussi donner de « la dignité des cacaoculteurs voire de tous les paysans en tant qu’acteurs incontournables dans les chaînes de valeurs ».

L’entrepreneur reconnaît que le chemin n’est pas toujours facile. Par exemple, il a fallu mettre en place une méthode artisanale de fabrication, sans ajout de produits chimiques. Autre enjeu, créer un marché local pour la consommation du produit.

Eric Agbokou le déclare sans ambages : au Togo, le manque de financement, les difficultés de commercialisation ou encore le manque de confiance de la population en les produits togolais restent des freins au développement de projets. Les produits locaux doivent aussi faire face à la concurrence des chocolats importés, et donc se démarquer – souvent par la qualité.

Son ambition est aujourd’hui de développer le e-commerce et la livraison à domicile – des projets tirés des leçons de la crise du coronavirus.

  • Kodjoakou Kodjovi dépasse son handicap visuel pour sa société de VTC
Kodjoakou Kodjovi, directeur général de Vacom

Kodjoakou Kdjovi, directeur général de Vacom © Leroy AGOUZE

C’est un homme qui ne veut pas laisser son handicap diriger sa vie. Malvoyant depuis l’âge de 25 ans, Kodjoakou Kodjovi est aujourd’hui à la tête de la société Vacom, une entreprise de taxi moto et voiture en VTC, de type Uber, lancée en octobre 2020.

Du haut de sa quarantaine, l’entrepreneur est un pur produit du « made in Togo », si ce n’est des études de comptabilité au Sénégal… qu’il a dû arrêter en fin de parcours au moment de l’apparition de son handicap visuel, survenu après une maladie.

Après être passé par la direction de Hit Radio, dont il est le cofondateur en Afrique subsaharienne, l’entrepreneur décide de s’intéresser au secteur du transport.

« C’est face à l’important développement du marché du VTC au Togo que notre initiative purement togolaise s’est lancée », avec l’idée de «  fournir au citoyen des moyens de déplacement sûrs, fiables et à moindre coût, » explique-t-il. Au quotidien, du fait de son état de santé, Kodjoakou Kodjovi doit nécessairement travailler en équipe, avec des personnes de confiance.

Vacom se finance sur fonds propres et souhaite attirer davantage d’investisseurs. Les chauffeurs privés qui y sont embauchés doivent reverser 15 % du montant de leur course à la société.

« Notre plan d’affaires prévoit un investissement de 500 000 euros sur les deux prochaines années pour un chiffre d’affaires de 150 000 euros sur l’exercice 2021. « 40 % de nos investissements iront dans l’amélioration de l’application en y intégrant un système innovant de boutique en ligne avec possibilité de se faire livrer ses courses », détaille Kodjoakou Kodjovi.

L’entrepreneur ambitionne de faire concurrence à Gozem, compagnie de VTC sur commande via une application, dont le siège est à Singapour. Implantée depuis 2018 au Togo, Gozem s’est taillé une bonne part dans le marché des taxi togolais.

  • Steven AF, le réalisateur qui rêve d’une industrie « à la Nollywood »
Steven AF, producteur et réalisateur autodidacte

Steven AF © Daayek production

Steven AF, de son vrai nom Folligan Amouzou, veut voir grand. Ce réalisateur de films de 40 ans est un pur autodidacte. Après deux années de psychologie à l’université de Lomé, ce passionné de production vidéo abandonne ses études pour se lancer dans la réalisation de clips vidéos.

Il devient une référence en la matière au début des années 2000 avec la réalisation de plus d’une centaine de clips pour des artistes comme Jimi Hope, Julie Akofa Akoussah ou les pionniers du rap togolais tels que Ali Jezz ou Eric MC. Aujourd’hui, Steven AF est devenu producteur de films pour le cinéma.

En presque vingt ans de métier, Steven AF a créé sa boîte de production, Sunlight Group, qui fait aussi des publicités pour entreprises comme les filiales togolaises de Total, Japan Motors, de l’entreprise d’ameublement Orca, ou encore du groupe panafricain Batimat.

Pour ses productions cinématographiques, le réalisateur togolais ne veut pas être tributaire de subventions ou d’aides extérieures. Ses yeux se tournent vers son rêve : l’industrie cinématographique de Nollywood.

Steven AF, endosse un maximum de costumes : producteur, réalisateur, scénariste… et businessman. Il prône donc un business model à la nigériane : financer le film via les bénéfices des productions publicitaires de sa boîte de production, ou encore développer des partenariats publicitaires à intégrer dans le film. Il attend aussi un fort retour sur investissement au moment de la diffusion de ses films.

Grâce à ce business model, Steven AF se sent libre et indépendant. Une indépendance qui lui permet de réaliser des films auxquels le public s’identifie. Celui qui a déjà projeté son film Solim devant plus de 4 000 personnes tourne en ce moment une fiction politique… inspirée de la vie politique africaine. Le budget de cette production en cours reste low cost, et tourne aujourd’hui autour de 100 millions de F CFA.

Avec des figures comme Steven AF, ou encore Angela Aquereburu – en tournage de la saison 2 de la série Oasis diffusée sur Canal plus – le cinéma togolais renaît et se professionnalise.

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